‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1951 sur 2407 · LIVRE SOIXANTE-HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SOIXANTE-HUITIÈME

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Winchester. Il étoit fort âgé, et célèbre, nonseulement par sa doclrini; et sa verlii , mais encore par ses miracles. Malachie demeura quelques années auprès de lui ; puis, ayant élé rappelé en Lltonie, il rétablit le fameux nionastèrejde Bencor ou Bancor, où avoil vécu saint Colomban cinq cents ans auparavant ; et qui, avant été depuis ruiné par des pirates, étoit demeuré long- temps désert (1). Le siège épiscopal de Conner ou Conneret , dans la même province d'Ultonie, étant venu à vaquer, Malachie fut élu malgré lui pour le remplir ; et, obligé de l'accepter par l'ordre d(» son maître Imarius et de Celse, son métropolilain,|il avoit environ trente ans quand il fut sacré é>éque , et ce fut par conséquent vers 1 an mil cent vingt-cinq; mais, quand il voulut commencer l'exercice de ses fonctions, il trouva des barbares plus semblables à des bétes qu à des hommes. Ils n'étoient chrétiens que de nom , ne donnaient ni dîmes, ni prémices à l'église, ne contractoient point de mariages légitimes, ne se confessoient point et ne demandoient point de pénitence. Aussi personne ne songeoit à leur en donner; les ministres de l'autel étoient en petit nombre, et vivoienl parmi des laïques dans l'oisiveté; on n'enlcndoit ni prêcher, ni chanter dans les églises. Le saint évéque ne perdit point courage ; il exhorta en public, en particulier; il visita le diocèse, il souffrit la fatigue, les mépris et 1rs mauvais traitements, il passa des nuits en prières devant Dieu. Enfin , il vainquit la dureté de ce peuple , il y établit la discipline, la fréquentation des églises, l'usage des sacrements, les mariages légitimes. Quelques années après, Celse, archevêque d'Armac, étant tombé malade, et se voyant près de sa fin, ordonna que lévêque Malachie fût son successeur, ne connoissant personne qui en fût plus digne; et il l'ordonna par l'autorité de saint Patrice , à laquelle personne en Irlande n'osoit résister (-2). Or il s'etoitétabli une mauvaise coutume , que le siège d'Annac étoit héréditaire; et qu'on n'y souffroit point d'archevêque que d'une certaine famille, qui en étoit en possession depuis près de deux cents ans. S il ne se trouvoit point de clercs de cette race , on y metloit des laïques ; et il y en avoit eu déjà huit avant Celse , qui étoient mariés et sans ordres, quoique lettrés. Delà venoit ce relâchement de la discipline, cet oubli de la religion, cette barbarie dans toute llrlande , où les évêchés étoient changés et multipliés sans règle et sans raison, suivant la fantaisie du métropolitain , en sorte que l'on mettoit des évêques presque en chaque église. C'est afin de remédier à ces maux que Celse voulut avoir Malachie [Kmr successeur.

Il fut élu , en effet , après la mort de Celse ; mais un nommé Maurice, de la famille qui étoit en possession de ce siège, s'en empara et

' s'y maintint par force pendant cinq ans. Malachie ne manqua pas d'embrasser l'occasion de refuser cette dignité, représentant qu'il étoit trop foible pour abolir un abus si invétéré, que l'usurpateur ne pourroit être chassé sans effusion de sang ; enfin, qu'il étoit lié à une autre église. Toutefois, après que l'usurpation de Maurice eut duré trois ans , Malachie fut tellement pressé par tous les gens de bien, qu il accepta, disant qu'on le menoit à la mort, et qu'il n'obéissoit que dans lespéranct» du martyre ; mais à condition que, quand l église d'Armacseroit délivrée des usurpateurs et que la paix y seroit affermie , on lui permeltroit de retourner à son premier siège. Toutefois, pendant les deux années que Maurice vécut encore, il nenira point dans la ville, de peur de donner occasion à la mort de quelqu'un. Maurice eut soin de laisser pour successeur un de ses parents, nomme iNigel ; mais le roi, les évêques et tout le peuple fidèle établirent Malachie; et iNigel, obligé à s'enfuir, emporta les marques de la dignité , savoir, l'évangile de saint Patrice et le bâton de Jésus : ainsi nommoicnt-ils un bàlon revêtu dor et de pierreries, qu ils croyoient que iNotre Seigneur avoit tenu enlre ses mains. Avec ces reliques, INigel se faisoit respecter du peuple ignorant partout où il alloit.

Malachie avoit (rente-huit ans quand il prit possession du siège d'Armac , par cons(»quent c'étoil en mil cent trente-trois ; et , pendant les premières années, il eut beaucoup à souffrir de la vi(»lence et des calomnies de ses ennemis ; mais il les surmonta par son courage et sa patience (I). Au bout de trois ans, ayant rétabli la paix et la liberté de l'église, chassé la barbarie et ramené les mœurs chrétiennes, il quitta suivant la condilion sous laquelle il avoit accepte , et mit à sa place , dans le siège d'Armac, Cïèlase, homme de mérite et digne de le remplir, du consen!ement du clergé et du peuple , qui n'osa s'y opposcT à cause de la convention. Malachie, l'avant sacré et recommandé au roi et aux seigneurs, retourna à son ancien diocèse , non pas toutefois à Conneret , mais à Donne. C'est que ce diocèse avoit été autrefois partagé en deux, ce qu'il jugea à propos de rétablir; et, comme il avoit ordonné un évêque à Conneret, il s'établit à Donne, qui , par la suite, est devenu le principal siège. H y forma une communauté de chanoines réguliers, avec lesquels il pensoit vivre en retraite ; mais il lui fut impossible. Tout le monde venoit en foule le consulter, même les plus puissants : on le regardoit comme un apôtre , et ses décisions étoient des oracles.

(1) G. 6. Sup. liy. XXXV, (â) G. 10. n. a, c. 8.

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