LIX. Malachie à Rome
Ce fut en ce temps-là qu'il résolut d'aller à
AndcJ.-C. 1139.]
Rome pour assurer sa conduite, en faisant confirmer ce qu'il avoit fait (1) ; et demander le pallium pour le siège d'Armac, qui ne Tavoit jamais eu; et pimr un autre siège métropolitain que Celse avoit établi de nouveau, mais avec dépendance d'Armac, comme du siège primitial. Tout le pays eut bien de la peine à laisser partir 3Ialachie ; mais enfin il se mit en chemin en mil cent trente-neuf , et , ayani passé en Ecosseet en Angleterre , il vint en France et séjourna à Clairvaux, où il lia une étroite amitié avec saint Bernard. Il fut reçu très-favorablement par le pape Innocent: premièrement, il lui demanda avec larmes ce qu il avoil le plus à cœur, savoir, la permission de se relirer et de mourir à Clairvaux; mais le pape ne le lui accorda pns, jugeant
3u'il étoit beaucoup plus utile en Irlande (2 . 11 emeura un mois entier à Rome, à visiter les saints lieux ; et, pendant ce temps, le pape s'informa soigneusement de lui et de ceux qui l'accompagnoient touch mt la qualité du pays, les mœirs de la natiim, létal des églises, et les grandes choses que Dieu y avoit faites i)ar son ministère. Quand il fut sur son départ, le pape lui d(mna ses pouvoirs, et le lit son légat par toute l'Irlande. Malachie demanda ensuite* la confirmation de la nouvelle niétro|K)le, dcuit le pape lui donna aussitôt la bulle ; niaisquant au pallium il lui dit . 11 faut y observer plus de cérémonie; (|uan(l vous serez en Irlande, vous assemblerez un concile général , et , d'un commun consentement , vous enverrez demander le pallium, qui vous sera accordé. Ensuite le pape ùta la mitre de sa tête , et la mit sur celle de Malachie; il lui donna aussi l'étole et la manipule dont il se servoit à l'autel ; et, l'ayant salué par \o baiser de la paix , il le renvoya avec sa bénédiction.
A son retour, il séjourna encore à Clairvaux, bien affligé de n'y pouvoir demeurer; mais il y laissa quatre de ses disciples pour apprendre l'institut de cette maison. On les éprouva , ils furent i ecus à la profession ; et le saint évêque, étant retourné en Irlande, en envoya d'autres qui furent reçus de même , et si bien instruils, que deux ans après, c'est-à-dire en mil cent quarante-un , saint Bernard les renvoya avec quelques-uns des siens, fonder, dans le diocèse d'Armac l abbaye de Mellifont, qui en produisit cinq autres dans la suite (3).
Malachie, étant arrivé en Irlande, commença à exercer sa légation ; et tint plusieurs conciles en divers lieux , pour ramener les anciennes traditions abolies par la négligence des évêques, et faire de nouveaux règlements. Tout ce qu'il ordonnoit étoit reçu comme venant du ciel , et on le mettoit par écrit pour en conserver la mémoire. C'est que ses paroles étoient soutenues de vertus et de miracles. Tout étoit édifiant dans sa personne; il étoit
sérieux sans austérité, gai sans dissinat-.on' tranquille sans être oisif, ne négligeant ri en quoiqu'il dissimulât plusieurs choses selon l,occasion. Il n'avoit rien en propre , et rien n'éloit assigné poursamenseépiscopale; il étoit presque toujours en visit^», et faisoit ses visites à pied, même étant légat; il logeoit tant qu'il pouvoit dans les monastères qu'il avoit établis, et y suivoii l'observance commune sans aucune distinction. C'est saint Bernard qui nous apprend ces particularités de la vie du saint prélat , son ami ; et il raconte aussi en délail grand nombre de ses miracles, des prophéties , des révélations, des punitions d'impies, des guérisons et des conversions miraculeuses; mais ilavoue qu'il s'arrête plus vul^nlierssur ce qui est imilablequesurce qui n'est qu'admirable(l).