‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1957 sur 2407 · LXIV. Traité de saint Bernard contre Abailard · texte numérisé non relu

LXIV. Traité de saint Bernard contre Abailard

La grande lettre de saint Bernard au pape Innocent est plutôt un traité où il réfute les principales erreurs d'Abailard Ce docteur definissoit la foi : L'estimation des choses qui ne paroissent point, et disoit qu'il falloit examiner avant que de croire. A quoi il appliquoit ce passage de l'Ecclésiastique : Celui qui croit promplement est léger de cœur. Mais saint Bernard répond que Salomon ne parle pas de la foi divine, mais de la créance que nous avons les uns aux autres, que Jésus-Christ repro( ha à ses disciples qu'ils étoient tardifs à croire, et (|ue saint Paul définit la foi : Le fondement des choses (lu'on doit espérer, marquant ainsi la solidité. Abailard, voulant expliquer le mystère de la trinité, disoit : Le père est la pleine puissance, le fils une certaine puissance, le Saint-Esprit n'est aucune puissance (3). C'est qu il disoit que toute la puissance étoit propre au père, que le propre du fils étoit la sagesse, qui est seulement la puissance de discerner le bien et le mal; et le propre duSaint- Esprit, la bonté qui n'enferme point lidée de puissance. Et conséquemment il disoit qu'encore que le Saint- Esprit procédât du père et du fils, et leur fût consubtanliel, il n'étoit pas de la substance du père (i).

Saint Bernard répond : D'où vient donc le Saint-Esprit * Est-il tiré du néant comme les créatures? Et comment est-il consubstantiel au père? Enfin , s'il n'y a que le père et le fils de même substance, ce n'est plus trinité, mais dualité. S il y a quelqu inégalité entre les personnes divines, il ny a que la plus grande qui soit Dieu, puistiue Dieu est l'être souverainement parfait. Le fond de cette erreur est de chercher la distinction des personnes divines

(1) Ep. 188. 338. p 1000. Ecd. xi\, i Brrn.

(2) Ep. 192, 393, 331, c 1,4. Luc XXIV, 25. Heb. 33î, 333, 33i, 335. Xi, 1. Abttil. p. 991.

(3) Episl. 190, alOpusc. (4) P. 1085, 1080. Abail. 1, Theil. init. Ib.

dans les attributs essentiels communs à toutes les trois; au lieu qu'il n'y a que les propriétés personneHes et relatives qui les distinguent (1). Abailard disoit : Il faut savoir que tous nos docteurs, depuis les apùlres, conviennent en ce point, que le diable avoit puissance sur l'homme, et en éloit en possession depuis que l'homme s'étoit laissé vaincre par lui ; et c'est pour cela , disent-ils , que le fils de Dieu s'est incarné , parce que l'homme ne pouvoit autrement être délivré de la servitude du démon. Pour moi, il me semble que le diable n'a jamais eu sur l'homme aucun pouvoir, si ce n'est par la permission de Dieu comme un geôlier; et que le fils de Dieu ne s'est pas incarné [)our délivrer l'homme. Saint Bernard reprend premièrement sa témérité, de s'opposer seul à tous les docteurs de l'Eglise ; puis il montre par saint Paul (2) que les méchants sont retenus captifs dans les filets du démon que Dieu nous a délivrés de la puissance des ténèbres; et qu'encore que la délivrance de l'homme soit l'ouvrage de la miséricorde, la jusiice ne laisse pas d'y reluire ; en ce que le Sauveur innocent, ayant soulTert la mort par l'injustice du démon , lui a injusiement ôté les coupables qui lui appartenoient (3). C est ainsi que la justice de Jésus-Christ est devenue la nôtre.

Enfin Abailard disoit que le but de l'incar nati(m de Jésus-Christ n'etoit que de nous instruire par sa parole et par son exemple. Saint Bernard répond : On dira donc aussi qu'Adam ne nous a nui que par son exemple , puisqu'il est écrit que, comme tous meurent en Adam tous recevront la vie en Jésus-Christ ? C'est rét blir 1 hérésie de Pelage. Il n'y a donc point de rédemption pour les petits enfants , qui ne peuvent profiter des instructions ni des exemples de Jésus-Christ, afin d'être excités à l'aimer et à l'imiter (4)? Il y a trois choses à considérer dans l'ouvrage de notre salut, l'humilité , la charité du sauveur et la rédemption qu il nous a acquise par sa mort; les deux premières nous seroient inutiles sans la troisième, qui, en nous jusiifiant, nous a mis en état d'en profiter. Saint Bernard déclare qu'il laisse plusieurs autres erreurs d'Abailard pour s attacher à celles-ci , comme aux plus importantes : il en envoie toutefois quelques-unes au pape , comprises en quatorze ar ticles.

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