LXVI. Lettre contre Arnauld de Bresse
Arnauld de Bresse, disciple d'Abailard, chassé d'Italie et de France, s'ètoit relire a Zurich , au diocèse de Constance , ce qui obligea saint Bernard d'écrire à l'évêque pour l'avertir de se garder do cet homme dangereux à qui sa vie très-austère donnoit du crédit pour insinuer ses erreurs , et soutenir celles l'Abailard (4). H étoit appuyé des nobles , et s'èlevoit contre tout 1 ordre ecclésiastique et contre les èvêques mêmes. C'est pourquoi saint Bernard conseille à l'évêque de l'arrêter, et enfermer comme le pape avoit déjà ordonne étant en France; parce que, si on secontentoit de le chasser, il contiimeroit de courir et nuiroit davantage. Et, comme on disoit qu Arnauld étoit auprès de Guy, légat du pape , saint Bernard lui écrivit aussi , et lui dit : Prenez garde que sous votre autorité il ne fasse plus de mal , ayant déjh l'art et la volonté de nuire (5). S'il est vrai que vous l ayez avec vous , je crois , de deux choses , l une que vous ne le connoissez pas assez, ou, ce qui est plus croyable , que vous vous promettez de le convertir. Et Dieu veuille que ce ne soit pas en vain. Mais si on le voit dans votre familiarité et
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même à votre table , il parlera plus hardiment, et persuadera ce qu'il voudra à l'ombre de votre protection. Ce n'est pas sans sujet que le pape l'a chassé d'Italie, avec défense d'y rentrer, quoique ce soit son pays : le favoriser, ces» contredire au pape et par conséquent à Dieu.
LXVll. Condamnation d'Abailard.
Le pape Innocent , ayant reçu les lettres des èvêques et de saint Bernard contre Abailard, rendit son jugement contre lui , par une lettre adressée à Henri, archevêque de Sens, a Samson de Reims, à leurs suPTragants et à saint Bernard (1), où, ayant marqué qu'il n'est plus permis de disputer de ce qui a été une fois iugé.dans les conciles , il ajoute : Après avoir pris le conseil de nos frères les èvêques et les cardinaux , nous avons condamne les articles que vous nous avez envoyés , et tous les dogmes pervers de Pierre Abailard, avec leur auteur ; et lui avons imposé un perpétuel silence, comme étant hérétique. Nous disons aussi que tous les sectateurs et les défenseurs de son erreur doivent être excommuniés. Donné à Lalran , le seizième de juillet. A cette lettre , le pape en joignit une autre datée du jour précèdent , et adressée aux mêmes archevêques en ces termes : Nous vous ordonnons, par ces présentes, de faire enfermer séparément en des monastères ou vous jugerez le plus à propos, Pierre Abailr.rd et Arnauld de Bresse , auteurs d'un dogme pervers et ennemi de la foi catholique, et de taire brûler les livres de leur erreur, quelque part qu'ils soient trouvés. Et au-dessous étoit écrit : [Ne montrez ces copies à personne, jusqu'à ce que les lettres aient été présentées aux archevêques dans la prochaine conférence de Paris.
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