‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1960 sur 2407 · LIVRE SOIXANTE-HUITIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SOIXANTE-HUITIEME

(1) Marlot. lib. n,c. U. (3) C.iO,p. 3t8,al. 389.

(2) G. 45. Ap. Marlot. Ep. îlO.

b II, c. 45. Sup. Uv. LXVl, (4) SuP- "• 5o. Ep. 195.

I {g .5; Ep. lOft.

LXVIll. Fin d'Abailard.

Après le concile de Sens , Abailard prit le chemin de Rome, voulant poursuivre son appel (2). 11 passa à Clugny , où l'abbé Pierre le vénérable lui demanda où il alloit. Abailard répondit : Je suis persécuté par des gens qui me traitent d'hérétique, nom qui me lait horreur , c'est pourquoi je veux avoir recours au saint-siége. L'abbé loua son dessein, et l'assura que le pape ne manqueroit pas de

ffny et avec Abailard de sa réconciliation avec saint Bernard. L'abbé de Clugny y trayai la de son côté , et conseilla à Abailard d aller avec l'abbé de Citeaux. Il l'exhorta de plus à rétracter et effacer ce qu'il pouvoit avoir dit ou écrit qui offensAt les oreilles catholiques. Abailard suivit ce conseil; et, étant rc-

(1) Ap. Bern. Ep. 194 , (â) Petr.Glun. iv, Ep. 4. toin.x,Gonc.p. t0i2.

venu à Clugny , il dit à Vabbé qu'il avoit fait sa paix avec l'abbé de Clairvaux par la médiation de celui de Cîleaux.

Cependant , sachant que le pape avoit con- Ormè la condamnation , il se désista de son appel; et, touché des avis salutaires de l'abbé de Clugny, il résolut de quitter le tumulte des écoles, et de passer dans ce monastère le reste de ses jours, et labbé y consentit avec joie , sous le bon plaisir du pape, croyant que celte résolution convenoit à la vieillesse d'Abailard et à son peu de santé , et que sa science pourroit être utile à une communauté si nombreuse. 11 en écrivit donc au pnpe, à la prière d'Abailard lui-même, demandant qu'il lui fût permis d achever en repos dans cette sainte maison une vie qu'on jugeoit ne devoir pas être longue. Le pape y consentit ; et Abailard vécut encore deux ans , édi liant toute la communauté de Clugny par son humilité et sa patience.

Pendant sa retraite , il écrivit une apologie (1) , où il désavoue en général tout ce qu'il peut avoir écrit de mauvais ; mais, venant ensuite au particulier dos artich'S condamnés, il soutient qu'ils lui ont été imputés par ignorance et par malice , quoique la plupart se trouvent encore dans ses ouvrages ; il est vrai qu'on y trouve aussi les propositions contraires, car il n'est pas toujours d'accord avec luimême. Quoi quil en soit, il donne dans son apologie une confession de la foi catholique sur tous les articles condamnés.

Nous apprenons les particularités de la pénitence et la mort d'Abailard , par une lettre de Pierre, abbé de Clugny, à Hèloise, où, après avoir beaucoup loué cette abbesse de sa piété et de son érudition, il vient à Abailard, et dit (2) : Je ne me souviens point d'avoir vu son semblable en humilité, tant pour l'habit que pour la contenance. Je l'obligeois à tenir le premier ran,' dans notre nombreuse communauté , mais il paroissoit le dernier par la pauvreté de son habit. Dans les processions , comme il marchoit devant moi selon sa coutume , j'admirois qu'un homme d'une si grande réputation put s'abaisser de la sorte. Il observoit dans la nourriture et dans tous les besoins du corps la même simplicité que dans les habits , etcondamnoit par ses discours et par son exemple, non-seulement le superflu , mais tout ce qui n'est pas absolument nécessaire. 11 lisoit continuellement, prioit souvent, gardoit un perpétuel silence, si ce n'est quand il étoit forcé à parler, ou dans les conférences , ou dans les sermons qu'il faisoit à la communauté. 11 offroit souvent le saint sacrifice , et même presq e tous les jours , depuis que par mes lettres et mes sullicitalions il eut été récon'jiliè au saint-siège. Entin il n'étoit occupé que de méditer ou d'enseigner les vérités de la religion ou de la philosophie.

Après qu'il eut ainsi vécu quelque temps à Clugny, voyant que ses infirmités augmentoient , je l'envoyai prendre l'air au prieuré de Saint-Marcel, près de Châlons-sur-Saône , qui est la plus agréable situation de toute la Bourgogne. Là , continuant ses lectures et ses exercices de piété , il fut attaqué d'une maladie qui le réduisit bientôt à l'extrémité. Tous les religieux de ce monastère sont témoins avec quelle dévotion il fit alors premièrement sa confession de foi , puis celle de ses péchés, et avec quelle sainte avidité il reçut le viatique. C'est ainsi que le dicteur Pierre a fini ses jours. L'abbé de Clugny joignit à cette lettre l'épi taphe d'Abailard , où il marque qu'il étoit mort le vin^t-unième d'avril. Son corps fut ensuite porté furtivement à l'abbaye du Paraclet (1) ; mais l'abbé Pitrre y alla luimême en faire don à cette communauté. 11 y célébra la messe le seizième de novembre , puis il fit un sermon aux religieuses en chapitre. C'est ce qui paroît par la lettre de remercîment qu'Héloise lui en écrivit, où elle lui recommande son fils Astrolabe, pour lui obtenir une prébende de l'évêque de Paris, ou de quelqu'autre. Pierre de Clugny, dans sa réponse , promet de faire tout son possible pour Astrolabe ; mais il ajoute que la chose est difficile , et que les èvêques ne manquent pas d'excuses pour se dispenser de ces sortes de présents. A cette lettre, il en joignit deux autres qu'Héloise lui avoit demandées, l'une pour lui promettre un trentain de messes dans Clugny lorsqu'elle mourroit; l'autre est une absolution pour Abailard, comme il étoit en usage d'en donner aux morts : j'en ai rapporté des exemples, mais ce n'étoient que des suffrages pour le repos de leurs âmes. Abailard mourut en mil cent quarante-deux , âgé de soixante-trois ans (2).

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