‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1966 sur 2407 · LXXIV. Raoul, patriarche d'Anlioche, déposé · texte numérisé non relu

LXXIV. Raoul, patriarche d'Anlioche, déposé

Amould , qui étoit allé une seconde fois à Rome solliciter l'envoi d'un nouveau légat pour juger Raoul, patriarche d'Antioche (2), obtint ce qu'il désiroit; et le pape envoya pour cet effet en Syrie Albéric, èvêque d'Ostie. Etant arrivé sur les lieux, il convoqua un concile à Antioche pour le dernier jour de novembre , apparemment de l'an mil cent quarante , où se trouvèrent de la province de Jérusalem le patriarche Guillaume , Gaudence , archevêque de Césarée, et Anselme, èvêque de Bethléem (3). De la province de Tyr, l'archevé-

(1) Leblanc. IMon. p. 163. (3) Tyr. xv, c. 11, 15, (S) Sup. liv.LXVUi, n.47. to. X, Conc. p. 1020, c. 10.

que Foucher , en qui le légat avoit sa principale espérance pour la conclusion de cette affaire, parce que c'étoit un prélat d'un grand courage et fort attaché à l'église romaine. II étoit accompagné de deux de ses suffragants , Bernard de Sidon et Baudouin de Béryte. Les prélats de la province d'Antioche qui assistèrent au concile étoient partagés de sentiments. Etienne, archevêque de Tarse, Gérare, èvêque de Laodicée , et Hugues de Cabales ^ étoient pour les chanoines contre le patriarche ; mais Francon d'Hiéraple , Gérare de Coryce et Serlon d' A pâmée, étoient revenus à son parti après lui avoir été contraires : les autres paroissoienl neutres.

Au jour marqué , les prélats, revêtus ponlificalement , étant assemblés dans Téglise de Saint-Pierre , et le légat présidant , on commença par lire sa commission , puis les deux accusateurs se présentèrent , savoir , Arnould et l'archidiacre Lambert , qui, nonobstant la restitution de sa dignité , s'éloit de nouveau déclaré contre le patriarche ; plusieurs autres se joignirent à eux , voyant que le temps ne lui étoit pas favorable. Les accusateurs présentèrent leurs libelles , se soumettant à la peine du talion s'ils n'en prouvoient le contenu, qui se réduisoit à trois chefs , l'entrée irrégulière de Raoul dans le patriarcat , son incontinence, ses actions simoniaques. Comme ils demandoient instamment qu'il comparût , on envoya l'inviter solennellement à venir au concile ; mais il le refusa , on ne passa pas outre ce premier jour.

Le second , Raoul , patriarche d'Antioche , fut encore cité et persista dans son refus. Serlon, èvêque d'Apamée, étoit à cette séance sans habits pontificaux ; de quoi le légat lui ayant demandé la raison et pourquoi il n'étoit pas , comme auparavant, avec les accusateurs, Serlon répondit : Ce que j'en ai fait ça été par une chaleur inconsidérée, je reconuois mon erreur , et ne veux plus acccuser ni juger mon père ; au contraire , je suis prêt à combattre pour lui jusqu'à la mort. On lui ordonna de sortir , et on porta contre lui une sentence d'excommunication et de déposition. Car la crainte du prince, qui appuyoit le légat, avoit tellement saisi tous les prélats , qu'il n'y avoit aucune liberté de la contredire; et le prince, déjà assez passionné par lui-même , étoit encore animé par Pierre Armoins, gouverneur dé la ciladelle , qui espéroit, en faisant déposer le patriarche , mettre à sa place son neveu Aimery, doyen de l'église d'Antioche. Serlon , ainsi déposé, retourna à son diocèse, et mourut peu après de chagrin.

Le troisième jour, on fit au patriarche la dernière citation; et, soit qu'il craignît le reproche de sa conscience ou la violence du prince , il refusa absolument de venir au concile (1). Il étoit dans son palais avec ses do-

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mestiques , environné d'un grand nombre de chevaliers et de bourgeois qui , n'eût été la crainte du prince , auroient chassé honteusement de la ville le légat et les prélats du concile. Le légat monta lui-même au palais, et, ayant prononcé au patriarche sa sentence de

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sonnier au monastère de Saint-Siméon, près de la mer, sur une haute montagne. Il y fut gardé long-temps ; mais enfin, s'étant sauvé, il alla encore à Rome , s'étant en quelque façon réconcilié avec le saint-siége; comme il se pressoit de revenir, il fut empoisonné et mourut (1). Dès qu'il fut chassé, le clergé d'Antioche, principalement ceux qui avoient conspiré pour sa déposition , élurent à sa place le doyen Aimery par les artifices et les libéralités du châtelain , son oncle. Aimery étoit Limousin , homme sans lettres et de mœurs peu édifiantes.

Après la déposition de Raoul , le légat Albéric, n'ayant plus affaire à Antioche, revint à Jérusalem , où il demeura jusqu'à Pâques , et le troisième jour après la fôte il dédia solen- i nellement l'église du Temple. Il s'y trouva quantité de noblesse , tant de deçà que de delà la mer, entre autres Josselin le jeune , comte d'Edesse. Ensuite le légat assembla les évoques et les autres prélats, et tint un concile dans léglise de Sion , regardée comme la mère de toutes les églises. Là se trouva le catholique d'Arménie, c'est-à-dire le premier des évoques de la nation , avec qui Ion traita des articles de foi , dans lesquels ils semblent s'éloigner des catholiques, et il promit en partie de se corriger (2). Ce concile fini , le légat retourna à Rome.

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