XV. Guerre en Lombardie
Quoique la guerre de Lombardie fût résolue, le roi Pépin par le conseil dn pape envoya jusqu'à trois fois des ambassadeurs au roi Astolfe, pour lui offrir la paix, s'il vouloit rendre à l'Eglise et à l'empire ce qu'il avoit usurpé, lui promettant même de grands présents (5) : comme il persista dans son refus. Pépin marcha contre lui ; mais quand ses troupes furent à moitié chemin , il envoya encore vers le roi des Lombards , à la prière du pape, qui vouloit éviter l'elYusion du sang des chrétiens ; et qui de son côté lui écrivit , le conjurant par tous les mystères , et par le jour du jugement, de faire justice à l'Eglise et à l'empire. Astolfe ne répondit au roi que par des menaces. Pépin fil donc avancer ses troupes , força les passages des Alpes, et réduisit Astolfe à s'enfermer dans Pavie,où il l'assiégea. Alors le pape le pria encore d'épargner le sang chrétien : on fit un traité entre les Romains, les François et les Lombards ^ par lequel Astolfe et tous les seigneurs de sa nation promirent
sous de grands serments , et par écrit , de rendre incessamment Ravenne et plusieurs autres villes. Après quoi Pépin se retira, emmenant les otages des Lombards , nonobstant les remontrances du pajKî , qui le conjuroit de ne se point fier à leurs paroles, et de faire exécuter le traité en sa présence.
Le pape Etienne retourna à Rome, accompagné du prince Jérôme, frère de Pépin, de 1 abbé Fulrad , et d'autres seigneurs , que Pépin lui avoit donnés pour le conduire (1). Quand il arriva au champ de Néron auprès le Vatican, il trouva des evêques et des clercs qui venoient au devant de lui en chantant et portant des croix , suivis d'une grande multitude de peuple, criant : Dieu soit loué, notre Easleur est venu : c'est notre salut après lieu (2). Le pape ap|M)rta de France des reliqu(»s de saint Denis pour lesquelles il fonda un monastère de moines grecs.
Ce qu'il avoit prévu arriva, et, quand Pépin fut repassé en France, Astolfe, bien loin de rendre les places qu'il avoit promises, recommença à maltraiter les Romains (3). Le pape en avertit le roi Pépin par une lettre dont il chargea l'abbé Fulrad, et il y parle ainsi (4) : Je vous conjure par le Seigneur notre Dieu, sa glorieuse mère, toutes les vertus célestes , et saint Pierre oui vous a sacrés rois (caria lettre est aussi adressée aux princes ses enfants) de faire tout rendre à la sainte Eglise de Dieu, suivant la donation que vous avez olîerte 6 saint Pierre votre protecteur ; et de ne vous plus fier aux paroles trompeuses de ce roi et de ses grands. Car nous avons remis entre vos mains les intérêts de la sainte Eglise; et vous rendref compte à Dieu et à saint Pierre au jour du terrible jugement comment vous les aurez défendus. C'est à vous que cette bonne œuvre a été réservée depuis tant de temps t aucun de vos pères n'a été honoré d'Une telle grâce. C'est vous que Dieu a choisi pour cet effet, par sa prescience, de toute éternité. Car ceux qu'il a prédestinés, il les a appelés, et ceux qu'il a appelés, jl les a justiliés (5). C'est ainsi que le pape Etienne applique les paroles de saint Paul à des affaires temporelles. Il se remet à Fulrad, et ceux qui l'accompagnoient , pour raconter au roi le détail de ce que souffroienl les Romains.
Quelque temps après, le pape envoya au roi Pépin Vilcaire, éfèque de JNomente, avec une autre lettre, où il ajoute de nouveaux tours d'éloquence, pour le presser, en disant (6) : C'est pour cela que le roi des rois vous a soumis tant de peuples, afin que vous releviez la sainte Eglise. Car il pouvoit la défendre d'une autre manière, s'il lui eût plu -, mais il a voulu éprouver votre cœur. C'est pourquoi il nous a
(t) Frag. ap. Gr.Tur. p.
9dl.
(2) Coint an. 754, n. 38.
(3) Ibid.n. 57.
(4) Sleph. 3, Ep. 3, t. 6, Conc. p. 178. B.Hild.Areo.
Valif. r. 2.%.
(5) Août.
(1) Anait. ap. Coint. an.
(g) Hlld. Areopà, (3) Anast.
(4) Ep. 7, Cod. Carol.
(5) Rom. vin, 50.
(6) Episl. 9, Cod. Carol.
commandé d'aller vers vous, et de faire un si grand voyage au travers de tant de fatigues et de périls. Et ensuite. Sachez que le prince des apôtres garde votre promesse; et si vous ne l'accomplissez , il la représentera au jour du jugement. lit seront inutiles les excuses les plus ingénieuses.