XVI. Siège de Rome
Cependant Astolfe faisoit avancer ses troupes , et le premier jour de janvier sept cent cinquante-cinq, elles parurent devant Rome qu'il tint assiégée trois mois, ravageant par le fer et par le feu tous les dehors, et donnant des assauts tous les jours. Il fit même fouiller en plusieurs cimetières, et enlever des corps saints (t). Sept semaines après ce commencement du siège, le pape envoya en France par mer, et avec grand peine l'évêque George et le comte de Tomaric avec l'abbé Vernier, que le roi avoit envoyé à Rome, et qui pendant le siège endossoit la cuirasse, et montoit la garde sur les murailles. Ils étoient chargés de deux lettres , l'une adressée au roi Pépin , l'autre aux princes ses enfants et à tous les François ecclésiastiques et laïques, en son nom et de tous les Romains, qui ne contiennent rien qui ne soit dans la première (2). Elles commencent ainsi : Nous sommes environnés d'une tristesse si amère, et pressés d'une angoisse si extrême ; la continuité de nos maux nous tire tant de larmes, qu'il nous semble que les éléments même doivent le raconter. Ensuite les Romains font ainsi parler Astolfe : Ouvrezmoi la ville et livrez-moi votre pape : sinon je renverserai vos murailles, et vous passerai tous au fil de l'épée, et je verrai qui pourra vous tirer de mes mains. Ensuite, parlant des Lombards : Ils ont brûlé les églises, brisé et brûlé les images ; ils ont mis dans leurs sacs impurs les dons sacrés, c'est-à-dire le corps de JNotre Seigneur, et les mangeoient après s'être remplis de viande. Ils ont emporté les voiles et les ornements des autels pour leur usage. Ils ont déchiré de coups les moines, et violé les religieuses, dont ils ont tué quelques-unes. Ils ont brûlé les fermes de Saint-Pierre, et de tous les Romains, emmené les bestiaux, coupé les vignes jusqu'à la racine, foulé les moissons, en sorte qu il ne nous reste plus de quoi vivre. Ils ont égorgé quantité de serfs de saint Pierre et des Romains , et emmené les autres en captivité, jusqu'à arracher du sein de leur mère les enfants à la mamelle pour les égorger. Les païens mêmes n'ont jamais fait tant de maux.