‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1972 sur 2407 · LXXXI. Ecrits de Pierre de Clugny · texte numérisé non relu

LXXXI. Ecrits de Pierre de Clugny

Pierre de Clugny écrivit alors à saint Bernard une grande lettre, où il traite encore des différents entre Clugny et Cîteaux , mais avec plus de douceur qu'il n'avoit fait dans sa première défense. En celle-ci , il marque avec les expressions les plus fortes son alïeclion pour saint Bernard et pour tout l'ordre de Citeaux ; et il ajoute : 11 faut que celte charité soit bien ardente, puisqu'elle n'a pu être éteinte ni par faffaire des dîmes ni par celle de Langres (1). J'ai parlé de l'une et de l'autre en leur temps. L'abbé vient ensuite à la première source de leur division, qui est la diversité des coutumes entre ceux qui font profession d'observer la même règle de saint Benoit. A quoi il répond par l'exemple de l'Eglise, où les diverses nations et même les églises particulières gardent leurs usages différents en tout ce qui n'est point contraire à la foi , sans altérer lunion et la charité. Entrant dans le détail , il prétend montrer de même que les dilTérentes pratiques de (Clugny et de Citeaux dans la réception des novices ou des fugitifs , dans la quantité et la qualité des habits, dans les jeunes, le travail des mains et tout le reste ; que ces différentes pratiques ont été introduites à bonne intention et par principe de charité, qui est l'essentiel de la règle de saint Benoît.

La seconde source de division étoit la couleur des habits, qu'il tient indilTérenle dans le fond, puisque la régie n'en parle point; mais il montre que le noir convient mieux aux moines par l'exemple des anciens, particulièrement de saint Martin (i). 11 marque, en passant , qu'en Espagne on portoit le deuil en noir : ce qui étoit alors singulier à ce pays. Enlin, il découvre la principale source de division, qui est lorgueil et l'envie. Les moines noirs ne peuvent souffrir qu'on leur préfère de nouveaux venus, et les blancs se félicitent d'être plus parfaits et plus estimés que les autres, comme les restaurateurs de l'observance régulière. Ces pensées font perdre le fruit de faustérité et de la réforme, faisant perdre l'humilité, et par conséquent la charité. A la fin de cette lettre, Pierre de (Mugny marque à saint Bernard qu'il lui envoie la version de l'Alcoran de Mahomet, et lui demande son traité du précepte et de la dispense.

Or , encore que l'abbé Pierre défendît , autant qu'il lui étoit possible, les pratiques de son ordre, il ne laissa pas de s'appliquer sérieusement à en corriger les abus (3). Dés l'année mil cent trente-deux, il tint un chapitre général à Clugny, où se trouvèrent deux cents {)rieurs et douze cents moines. Il y augmenta es jeûnes , ôta les conversations et quelques

(t) Sup. liv. Lxiv, n. ï5.

(1) Petr. IV, Ep. 17.

Bern. 329. Sup. ii.au, 17.

(3) Oder. lib. xili, p. 896.

soulagements du corps accordés par ses prédécesseurs , imitant les cisterciens. Toutefois, cédant aux remontrances des frères , il adoucit en plusieurs points la rigueur de cette réforme. C'est ainsi qu'en parle le moine Odéric Vital, qui avoit assisté à ce chapitre.

Quatorze ans après, c'est-à-dire en mil cent quarante-six , l'abbé Pierre recueillit les statuts qu'il avoit faits depuis vingt-quatre ans qu'il éloit abbé, et les rédigea en soixanteseize articles, où l'on voit la correction de plusieurs des abus que l'on reprochoit aux moines de Clugny, et sur chaque article il rend raison du changement. Défense de manger de la graisse les vendredis, nonobstant l'ancien usage. Défense d'user Id'hypocrat, c'est-à-dire du vin mêlé de miel et d' épiées (1). Défense de manger de la viande, sinon en maladie. C'est que les moines de Clugny se donnoient sur ce point autant ou plus de liberté que les séculiers , comme on voit par une lettre véhémente du même abbé à tous les prieurs de l'ordre. Défense de se dispenser du jeûne, prescrit par la règle, depuis la mi -septembre jusqu'au carême, excepté pour certaines fêtes en petit nombre, au lieu qu'on les avoit multipliées pour diminuer les jeûnes. Défense de porter des étoffes et des fourrures précieuses, qui sont spécifiées en particulier. Ordonné de garder le silence à l'infirmerie , dans la cham^ bre des novices , au réfectoire , et toujours pendant le carême. On retranche plusieurs menues pratiques qui n'éloient plus sérieuses , parce que les raisons en avoient cessé. Défense de recevoir aucun moine dans l'ordre sans la permission de l'abbé de Clugny , parce qu'on remplissoit les maisons de personnes inutiles. On ne donnera l'habit monastique à personne avant l'ûge de vingt ans. On éprouvera les novices au moins pendant un mois (1). On rétablira le travail des mains autant qu'il sera possible. On, voit par les raisons qui sont rapportées de ces règlements, le relâchement qui s'étoit déjà introduit dans l'ordre de Clugny.

Quant à la version de l'Alcoran , l'abbé Pierre la fit faire en Espagne, où il étoit allé visiter les maisons de son ordre (2). Il fit premièrement traduire en latin une réfutation des erreurs de Mahomet , composée en arabe , et , parce que Pierre de Tolède, qu'il employa à faire cette traduction, savoit mieux l'arabe que le latin , il le fit aider par le moine Pierre, son secrétaire. L'abbé de Clugny fit ensuite traduire l'Alcoran même par un Anglois, nommé Robert, archidiacre de Pampelune, et un autre savant, nommé Herman de Dalmatie, qu'il trouva l'un et l'autre en Espagne , où ils étu-

(1) Bibl. Clun. pag.132t. (2) Art. 16, 17, 18, 19,

art. 10. Sup. liv. LXIII, n. 20, 21, 22, 26, 27, 28, 35,

61, art. 11, 12; IV, Ep. 15, 36, 37.

art. U. (3) Bibl. Clim. p. 1109,

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

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dioicnt l'astronomie, et les engagea à ce travail en les payanllargement. L'intention de l'abbé de Ciugny fut de suivre l'exemple des pères, qui ne laissoient de leur temps aucune hérésie sans la combattre de tout leur pouvoir , et la réfuter par leurs discours et par leurs écrits. Il voulut combattre de même celte secte,. qui occupoit alors près de la moitié du monde connu. H exhorta premièrement saint Bernard à écrire sur ce sujet , comme

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An de J-C.IUS. ]

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