LIVRE SOIXANTE-HUITIÈME
trouvoit enveloppé. Ils voulurent donc reprendre la procédure commencée sous le pape Urbain II , et continuée sous Pascal , pour le rétablissement de l'évêché de Tournay (1). Pour cet effet, ils députèrent à Rome llerman, abbé de Saint-Martin, qui, ayant expliqué l'affaire au pape Innocent, en obtint des lettres, par lesquelles il orJonnoit au clergé de Tournay d'élire un évêque, le présenter à l'archevêque de Reims pour être sacré; s'il le refusoit, l'amener au pape. En conséquence de cet ordre, Absalon, abbé de Saint-Amand, fut élu évêque de Tournay, et l'élection notihée à l'archevêque de Reims ; mais il dit qu'il n'osoit sacrer cet évêque par la crainte du roi et du comte de Vermandois. Ils furent donc obligés de renvoyer à Rome, mais l'évêque élu ne voulut pas y aller, craignant que la cour de Rome ne se laissât gagner pour changer de sentiment, et qu'il ne reçut un honteux refus. Les députés du clergé de Tournay, étant arrivés à Rome, montrèrent leur décret d'élection au pape , qui les reçut agréablement ; et ils attendoient de jour en jour sa réponse décisive, quand on apprit tout d'un coup que Simon, évêque de Noyon, les avoit suivis, et éloit à Rome. H se plaignit au pape de l'élection que les clercs de Tournay avoient faite au pr(?judiceduserment qu'ils lui avoient prêté, comme à leur évêque ; mais le pape répondit qu il les avoit absous de ce serment, et qu'ils n'avoient rien f[iit que par son ordre, llerman, qui étoit à la tête des députés de Tournay, repondit qu'ils n'avoient porté au pape aucune plainte contre l'évêque de Noyon ; et que l'élection d'un autre évêque ne venoit d'aucune mauvaise volonté contre lui , mais du besoin de leur église. Que le diocèse de Tournay conlenoit plus de neuf cent mille Ames ; et cpie l'évêque savoit bien lui-même, que depuis dix ans il en étoit mort plus de cent mille sans avoir reçu la coniirmation , et plus de dix mille pécheurs sans avoir la pénitence de la main de l'évêque. Le pape, étonné de ce discours, confirma publiquement l'élection delévêque de Tournay, et promit d'y mettre la dernière main. Les députés s'atlendoient à voir l'affaire incessamment terminée ; mais le pape les retint encore plus de quinze jours, pendant lesquels l'évêque de Noyon distribua cinq cents marcs d'argent dans la cour de Rome , et rentra ainsi dans les bonnes grâces du pape, qui lui fit embrasser les députés de Tournay , et promettre de ne garder aucun ressentiment contre eux pour cette élection , et lui donna des lettres, par lesquelles il déclaroit qu'il n'a voit
Le clergé de Tournay voulut proûter de la division excitée entre le pape et le roi pour l'affaire du comte de Vermandois (1) , dans laquelle Simon , son frère , évêque de Noyon , se
(l) Narr. 18, lom. Spicil. p. 480.
point changé de volonté, mais qu il en différeroit l'exécution , juscju'à ce qu il assemblât un concile d'évêques et de métropolitains i)our confirmer l'élection. Ainsi, les députés de Tournay se retirèrent confus.