X. Le pape à Viterbe
Le pape Eugène après son sacre passa dans les places fortes pour éviter la fureur du peuple romain, puis il vint à Viterbe, où il fit quelque séjour (2). Cependant Arnaud de Bresse vint à Rome et échauffa la révolte, qui n'étoit déjà que trop allumée. 11 proposoit au peuple les exemples des anciens Romains , qui , par les conseils du sénat , la valeur et la discipline de leurs armées, avoient soumis toute la terre à leur domination. Il disoit qu'il falloit rebâtir le Capitole, et rétablir la dignité du sénat et l'ordre des chevaliers ; que le gouvernement de Rome ne regardoit point le pape , et qu'il devoit se contenter de la juridiction ecclésiastique. Les Romains, avec Jourdain leur patrice, excités par ces discours , abolirent la dignité du préfet de Rome, et contraignirent tous les principaux des nobles et des citoyens de se soumettre au patrice. Ils abattirent non-seulement les tours de quelques laïques les plus distingués, mais encore les maisons des cardinaux et des ecclésiastiques , et firent un butin immense. Ils fortifièrent l'église de Saint-Pierre, où ils contraignoient à force de coups les pèlerins de liùre des offrandes pour en profiter, et en tuèrent quelques-uns jusque dans le vestibule
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r2 Ottfî. Fris. VII, Chr.
c 31. Id. Il, Fris. r.iiO.
de l'église , parce qu'ils le refusoient (1).
Pendant que le pape Eugène étoit à Viterbe, il lui vint des députés des évéques d'Arménie, et de leur catholique, ou patriarche, qui avoit selon eux , sous sa juridiction, plus de mille évéques. Ils avoient été dix- huit mois à leur voyage; et, étant arrivés à Viterbe, ils saluèrent le pape, lui offrant de la part de leur église touie sorte de soumission. Ils venoient consulter féglise romaine, vi se rapporter à son jugement toi chant les différents qu'ils avoient avec les (ire<s , car ils ne mettent point d eau dans le Nin pour le saint sacrifice, comme font les Grecs et les Latins , quoiqu'ils y emploient du pain levé comme les Grecs, et ils ne font qu une fête de Noël et de l'Epiphanie. Le pape les reçut agréablement , et les fit assister à la messe , où même il voulut qu'ils vissent de près ce que le saint sacrifice a de plus secret, afin d'observer tout exactement. Ln de ces députes rapporta d(v puis, qu'assistant ainsi à la messe le dix-huitième de novembre , jour de la dédicace de Saint-Pierre de Rome, il avoit vu sur la tétc du pape officiant un rayon de soleil et deux colombes, qui montoient et descendoient , sans qu'il put découvrir par où entroient ces colombes ou cette lumière. C est ce que cet évéque arménien témoigna devant toute la cour romaine, et que cette merveille fexciloit d'autant plus à rendre obéissance au saint siège (2).
Othon, évéque de Frisingue, qui rapporte ce fait , étoit alors à Vilerbe , où il dit avoir vu aussi Hugues, évéque de Gabale en Syrie, qui avoit le plus travaillé à soumettre Anlioche au saint-siège. Il se plaignoit de son patriarche et de la mère du prince d'Antioche ^ et prétendoit la dîme des dépouilles prise iur les Sarrasins, à l'exemple de ]Vl'*lcnia<'dech, qui 1 avoit reçue d'Abrahiv»^. ^S). 11 demandoit sur ce sujet la »voirc(ion du pape. L'évéque de Gabal»' >arioit d'un prince chrétien , mais nestoricn , nommé le prélie Jean, qui régnoit à l'extrémité de l'Orient , et qui avoit remporté des victoires considérables sur les Persans; on disoit qu'il vouloit venir au secours de Féglise de Jérusalenj. C'est la première fois que je trouve dans nos auteurs ce nom de prêtre Jean pour marquer un prince.