‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1986 sur 2407 · XI. Seconde croisade publiée · texte numérisé non relu

XI. Seconde croisade publiée

Mais le sujet le plus important du voyage de févéque de Gabale étoit de demander du secours pour l'église d'Orient, consternée par la perte d'Edesse. Car cette ville n'étant point secourue contre Zengui, qui Fassiégeoit depuis deux ans , il la prit enfin le jour de Nm'l , mil cent quarante-quatre , et fit un grand massacre des habitants , qui étoient tous chrétiens ,

parce qu'elle n'étoît jamais tombée au pouvoir des infidèles (1). L'archevêque, nomme Hugues, voulant en sortir lors de la prise, fut étouffé dans la foule , ce qui fut regarde comme une punition de son avarice. Car il avoit amassé de grands trésors, qui auroient pu sauver la ville s'il les avoit employés a payer les troupes. Edesse étant prise , les églises furent profanées , principalement celle de la Sainte-Vierge , et celle où étoient les reliques de saint Thomas. L'évéque de Gabale racontoit avec larmes ces tristes nouvelles, résolu de passer les Alpes, et d'aller demander du secours au roi des Romains et au roi de France pour hrs chrétiens d'outre-mer.

Nous avons les lettres que le pape Eugène écrivit à ce sujet au roi Louis le jeune , datées du premier jour de décembre, à Vétralle, près de Viterbe. Il y exhorte tous les François , principalement les puissants et les nobles, et même leur enjoint pour la rènnssion de leurs péchés de prendre les armes pour la défense de l'église orientale, que leurs pères ont délivrée aux dépens de leur sang. 11 accorde à ceux qui s'engageront à cette sainte entreprise la même indulgence que donna le pape Urbain II à la première croisade (2). Il met leurs femmes , leurs enfants et leurs biens sous la protection de 1 Eglise , défend d'intenter aucune action contre eux pour ce qu'ils possèdent paisiblement , décharge les croises des usures qu ils doivent pour le passe, et leur permet d'(Migager leurs fiefs à des églises ou à des particuliers, en casque leurs seign(;urs no veuillent ou ne puissent leur prêter de l'argent. Au reste, il exhorte les croisés à ne point porter d'habits précieux, et ne point mener des chiens ou d oiseaux pour la chasse , ni tout ce qui ne sert qu'au plaisir.

Avant que cette lettre fût apportée en France, le roi avoit déjà résolu de se croiser, pour accomplir le vœu qu'avoit fait Phili|)pe , s(m frère aîné, et que sa mort imprévue 1 avoit (^mpêché d'acccmiplir (3). Il déclara ce dessein à queUiues-uns des seigneurs de sa cour, qui lui conseillèrent d'appeler saint Bernard , et le consulter. Le saint abbé répondit qu'il ne falloit rien résoudre sur une affaire de cette importance sans avoir consulté le pape. Le roi déclara encore son dessein aux évéques et aux seigneurs , dans la cour qu il tint à Bourges , à la fête de Noël mil centquarante- (inq. Geoffroy, évéque de Langres, y parla avec tant de force sur la prise d'Edesse, qu il lira les larmes des assistants, et les exhorta a se croiser avec le roi , qui les y excitoit assez par son exemple. Pour cet effet, on indiqua une autre assi^mblèe à Vézelai pour la fête de Pâques prochaine , afin d'y résoudre la croi-

sade plus solennellement; cependant le roi envoya au pape pour l'instruire de ce qui s'étoit passé. En cette assemblée de Bourges , Samson, archevêque de Reims, donna la couronne au roi , suivant la coutume des grandes fêtes ; de quoi Pierre , archevêque de Bourges , se plaignit au pape , comme d'une entreprise sur ses droits (1).

Xll. Le pape à Rome.

Cependant le pape Eugène , pour réduire les Romains rebelles , commença par excommunier Jourdain , leur prétendu patrice (2) , avec quelques-uns de ses partisans. Ensuite il se servit des troupes des Tiburtins, anciens enn( mis des Romains , qu'il réduisit ainsi à lui demander la paix. Mais il ne la leur accorda qu'à condition d'abolir le patriciat , de rétablir le préfet en sa première dignité , et de reconnoître que les sénateurs ne tenoit t leur autorité que du pape. Il entra ainsi à Rome , où il fut reçu avec une joie singulière , parce qu'on ne s aitendoit pas à l'y voir sitôt. Le peuple vint en foule au devant de lui avec des rameaux à la main , et se prosternoit à ses pieds ; toutes les compagnies marchoient avec leurs bannières , les juifs mêmes y vinrent avec le livre de la loi porté sur les épaules. Le pape, étant ainsi rentré dans Rome, y célébra la fête de Noël , mil cent quarantecinq, et logeoit au palais de Latran. Mais il n'y demeura pas long-temps , car, comme les Romains le sollicitoient de jour en jour de ruiner Tibur, il fut obligé, pour éviter leurs importunités , de passer au delà du Tibre, c'est-à-dire, comme l'on croit, au château Saint-Ange. Saint Bernard , connu et respecté à Rome par les grandes choses qu'il y afoit faites pour le pape Innocent, écrivit aux Romains pour les ramener à l'obéissance du pape Eugène (3). Il s'excuse d'abord de ce qu'étant si peu considérable par luimême , il s'adresse à un peuple si illustre et sublime; mais, dit-il, c'est la cause commune ; et quand le chef est attaqué la douleur s'étend à tous les membies. Il leur reproche ensuite d'agir contre leurs propres intérêts, en s'élevant contre le saint-siége, dont la prééminence fait leur gloire et les fait souvenir des désordres arrivés chez eux par le schisme d'Anaclet , lorsque les églises de Rome furent dépouillées de leurs ornements et de leurs trésors , et leurs revenus dissipes. Il leur représente les maux de la division entre les citoyens, les parents et les proches , et finit en les exhortant à se réconcilier à Dieu , aux apôtres et à leurs autres saints protecteurs. Cette lettre est toute pathétique; et saint

(i) Chr. c. 31; VII, Chr.

(3) Ceu.XlV,23.

(1) Otto, vu, Chr ibid.

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