‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 1990 sur 2407 · LIVRE SOIXANTE-NEUVIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SOIXANTE-NEUVIEME

troisième dimanche d'après Pâques , vingtunième d'avril. Pierre, abbé de Ciugny, y fut invité , comme un de ceux dont le conseil étoit le plus nécessaire. Saint Rernard et l'abbé Suger lui en écrivirent ; et, par ses réponses, on voit combien il étoit touché du péril de l'église d Orient ; mais il s'excusa de se trouver à l'assemblée de Chartres , tant sur sa mauvaise santé que sur ce qu'il avoit convoqué un chapitre à Ciugny pour le mêmejimr Amédée, archevêque de Lyon , et Geoffroy, archevêque deRordeaux, s'en excusèrent aussi. Le premier principalement à cause du refus que faisoit l'archoêque de Sens de le reconnoître pour primat. L'assemblée de Chartres se tint, et tous, d'un consentement unanime, y voulurent élire saint Bernard pour chef de la croisade ; mais il le refusa constamment , comme il le manda au pape Eugène, dans une lettre où il l'exhorte à presser avec tout le zèle possible cette entreprise, et à employer à cette occasion les deux glaives de 1 Eglise (1).

C'est que sur le fondement de cette parole des apôtres à Jésus-Christ ('2) : Seigneur, voici deux glaives, onprétendoit quecesdeux glaives signifioient la puissance temporelle , qu'on appeloit le glaive matériel ; et la p issance ecclésiaslique, qu'on appeloit le glaive spirituel. Et c'est en ce sens que saint Bernard dit dans cette lettre : L'un et l'autre glaive appartient à Pierre ; l'un doit être tiré à sa sollicitation , l'autre de sa main, toutes les fois qu'il en est besoin. C'est de celui qui convenoit le moins à Pierre qu'il lui fut dit de le mettre dans le fourreau (3). 11 étoit donc aussi à lui , mais il ne le devoit pas tirer de sa main. Je crois qu'il est temps, et même nécessaire , de les tirer tous deux pour la défense de l'église d'Orient (4). Cette allégorie des deux glaives, si célèbre dans la suite , avoit déjà été marquée dans un écrit de Geoffroy, abbé de Vendôme. Saint Bernard l'étend ici davantage ; et il est clair que, dans l'affaire dont il s'agit , c'est-à-dire dans la croisade , c'étoit le pape qui excitoit les princes chrétiens à employer le glaive matériel contre les infidèles ; mais saint Bernard ne prètendoit pas pour cela qu'ils ne pussent entreprendre aucune guerre sans la permission du pape.

Il continue dans sa lettre : Vous aurez déjà appris, si je ne me trompe, comment, dans l'assemblée de Chartres, j'admire par quelle vue on m'a choisi pour chef et pour général d'armée ; mais soyez assuré que ce n'a été ni par mon conseil ni de mon consentement. 11 ne me seroit pas même possible, autant que je puis mesurer mes forces , d arriver jusque-là. Qui suis-je, pour ranger une armée en bataille et marcher à la tête des troupes?

(1) Lib. II, p. 147. Bern.

Ep. -iOi Pclr. M, Ep. 17, 18, l'j, 27. Duchesne, hisl.

to. 4, Ep. 134, 135, 258.

(2) Luc. X\II, 28.

(3) Jo. XVHI, 11.

(4) Geof. Opusc. 4. Sup liv. Lxvii, n. 23.

Qu'y a-t-il de plus éloigné de ma profession, quand j'en aurois la force et la capacité.? Je vous conjure , par la charité que vous me devez, de ne me pas exi)oser à la volonté des hommes , mais de consulter en tout celle de Dieu (1 ). Dans une autre lettre au pape, écrite la même année , il marque ainsi le succès de ses prédications pour la croisade : A'ous avez commandé , j'ai obéi , et votre autorité a rendu mon obéissance féconde ; les villes et les châteaux deviennent déserts, et on voit partout des veuves dont les maris sont vivants.

Saint Bernard écrivit aussi une lettre circulaire (2) pour exciter à la croisade, qui se trouve en différents exemplaires adressée diversement, pour l'Allemagne, pour l'Angleterre, pour la Lombardie; et il en fit écrire une à peu près pareille par JNicolas, son secrétaire , pour le comte et les seigneurs de Bretagne en particulier. Dans la grande lettre circulaire, il relève d'abord la dignité des lieux saints, et le péril où ils sont exposés, d'être profanés de nouveau par les infidèles ; puis il relève l'utilité de la croisade, en disant : Combien de pécheurs, confessant leurs fautes avec larmes , en ont obtenu le pardon en ces lieux, depuis que la valeur de nos pères en a banni l'impureté des païens? l'ennemi le voit et en frémit de rage. Et ensuite : JN 'est-ce pas une occasion précieuse de salut, et une invention digne des profondeurs de la bonté divine, que le tout -puissant daigne appeler à son service des homicides , des voleurs, des adultères, des parjures, des homm< s chargés de toutes sortes de crimes, comme si c'étoient des justes. Il veut être votre débiteur, afin de vous rendre pour récompense le pardon de vos péchés et la gloire éternelle. Le saint abbé les exhorte à ne plus tourner leurs armes les uns contre les autres , pour la perte de leurs âmes , ei à employer leur courage plus utilement. Il marque l'indulgence de la croisade qui fait obtenir le pardon de tous les péchés que l'on aura confessés d'un cœur contrit.

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