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XV. Saint Bernard empêche de tuer les juifs

Au reste, ajoule-t-il , je vous avertis de ne pas croire à tous les esprits , et de régler votre zèle selon la science. Il ne faut point persécuter les juifs, il ne faut point les tuer, ni même les chasser. Ce sont comme des lettres vivantes qui nous représentent la passion de INotre Seigneur C'est pour cela qu ils sont dispersés dans tous les pays du monde, afin que, souffrant la juste peine d'un si grand crime, ils rendent témoignage à notre rédemption (3). Toutefois, ils se convertiront à la fin, après que la multitude des gentils sera entrée dans l'Eglise. Si nous en attendions autant des

« (2) Ep. 305, al. 322.

(3) r»ora. II, 25,

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

[AndeJ.-C. lliO.

I)aïens, il faudroit les souffrir plutôt que de eur faire la guerre ; mais , puisqu'ils ont commencé à nous attaquer , il faut que ceux qui ont droit d'user du glaive repoussent la force par la force. Or , il est de la piété chrétienne d'épargner ceux qui sont soumis , comme de dompter les superbes. EnGn, saint Bernard avertit les croisés de ne choisir pour chefs que des guerriers , et les plus expérimentés , et de marcher tous ensemble , en corps d'armée, pour éviter l'inconvénient de ceux qui suivirent témérairement Pierre l'ermite à la ! première croisade ( 1 ) .

Ce que le saint abbé dit ici des juifs regarde le zèle indiscret d'un moine, nommé Rodolphe, qui prêchoit en même temps la croisade à Cologne, à Mayence, à Wormes, et aux autres villes proche du Rhin. Il faisoit profession d'une grande sévérité , mais il étoit peu instruit , et , dans ses prédications , il disoit qu'il falloit tuer les juifs , comme les ennemis de la religion chrétienne ; et ses discours séditieux firent un tel effet, qu'en plusieurs villes de Gaule et de Germanie il y eut grand nombre de juifs massacrés. Henri, archevêque de Mayence , en ayant écrit à saint Bernard , il lui répondit (2) : Cet homme n'a aucune mission, ni des hommes ni de Dieu. Que, s'il se vante d'être moine ou ermite , et prétend par-là s'attribuer la liberté de prêcher, il doit savoir que le devoir d'un moine n'est pas d'enseigner, mais de pleurer; et que la ville doit être pour lui une prison, et la solitude un paradis. Il y a en celui-ci trois choses trèsdignes de répréhension, l'usurpation du ministère de la parole , le mépris des évêques , l'approbation de l'homicide. L'Eglise triomphe plus glorieusement des juifs, les convaincant ou les convertissant de jour en jour , que si elle les faisoit passer une fois au fil de l'épée ; et ce n'est pas en vain qu'elle fait pour eux cette prière , où elle demande à Dieu doter le voile de leurs cœurs. C'est l'oraison du vendredi-saint. Saint Bernard conclut que Rodolphe est plein de l'esprit d'arrogance, et cherche à se faire un grand nom.

Pierre, abbé de Clugny , étoit dans le même sentiment au sujet des juifs, comme il paroît par la lettre qu'il écrivit au roi Louis vers le même temps, pour lui souhaiter un heureux succès dans sa croisade (3). Il convient que les juifs sont les plus grands ennemis des chrétiens, et pires que les Sarrasins ; toutefois, il ne veut pas qu'on les fasse mourir, mais qu'on les réserve à un plus grand supplice , qui est dêtre toujours esclaves, timides et fugitifs. Ce qu'il demande au roi , c'est de les punir en ce qu'ils ont de plus cher, qui est leur argent, leur ôtant les gains illicites qu'ils font sur les chrétiens , non-seulement par les usures , mais par les larcins dont ils sont complices et re-

(1) Sup. liv. rxiv, n. 40. Epist. 303, al. 323.

(2) Otto. 1 , Frid. c. 37. (3) iv, Ep. 30.

celeurs, principalement de l'argenterie des églises Car les voleurs, ne trouvant point de chrétiens qui voulussent acheter des vases sacrés, les vendoient à des juifs, qui les fondoient ou les employoient à des usages profanes. L'abbé de Clugny exhorte le roi à punir ces sacrilèges , et à prendre sur les juifs de quoi faire la guerre aux Sarrasins.

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