XVIII. Donation de Pépin
Pépin se rendit à des instances si pressantes : il marcha en Lombardie avec toutes ses troupes, et lorsqu'il étoit prêt à y entrer, arrivèrent à Rome des ambassadeurs de l'empereur Constantin, savoir, Grégoire, premier secrétaire , et Jean , silentiaire , envoyés par le roi Pépin (2). Le pape les avertit de sa marche qu'ils eurent peine à croire, et les envoya en France accompagnés d'un légat de sa part. Ils prirent la mer, et arrivèrent promptement à Marseille, où ils apprirent que Pépin étoit déjà sur les terres des Lombards. Affligés de cette nouvelle , ils s'efforcèrent de retenir par artifice le légat du pape à Marseille ; et l'empc^ cher d'aller trouver le roi de France, mais ils ne purent y réussir. Grégoire, l'un des ambassadeurs, prit donc lesdevants, et ayant joint Pépin près de Pavie , il le pria instamment avec de
[An de J.-C. 755.
(I) Steph. Ep. d^Cod.Car. 3. (3) Anast.
grandes promesses, de rendre à l'empereur Ravenne et les autres places de l'exarchat. Mais le roi, étant engagé par la donation qu'il a voit faite àQuiercy, répondit qu il ne souffriroit en aucune manière que ces places fussent aliénées de la puissance de saint Pierre et du droit de l'église romaine , assurant même avec serment que ce n'étoit pour la considération d'aucun homme qu'il s'étoit exposé à tant de combats , mais pour l'amour de saint Pierre et le pardon de ses péchés , et que quelques trésors qu'onlui put oflrir,onneluipersuaderoil jamais (i'ôler à saint Pierre ce qu'il lui a voit donné Après cette réponse, il envoya l'ambassadeur de l'empereur à Rome par un autre chemin , et pressa tellement le siège de Pavie, que le roi des Lombards lui demanda quartier, et promit d'exécuter le traité de l'année précédente, et de rendre toutes les places (1). Le roi en fit une donation à saint Pierre , à l'église romaine et à tous les papes à perpétuité ; et elle fut gardée dans les archives de cette église. Pour lui il retourna en France, laissant la commission de retirer les places à l'abbé Fulrad son conseiller, qui se rendit à Ravenne avec des députés du roi Astolfe, et ensuite dans toutes les villes de la Pentapole et de l'Emilie, dont il emporta les clefs à Rome , et les posa avec la donation du roi Pépin sur la confession de saint Pierre. 11 mit ainsi le pape en possession de toutes ces villes au nombre de vingtdeux, savoir, Ravenne, Rimini, Pésaro, Fano, Ceséne, Sinigaille, Jesi, Forlimpopoli , lorli, Castrocaro, Monte-Feltro, Acerragio, que l'on ne connoît plus, Mont-Lucari , que l'on croit être Nocéra, Serravale, San-Marigni, Bobio, Urbin, Caglio, Luccoli près de Candiano, Eugubio, Comacchio et Narni. C'est le dénombrement qu'en fait Anastase. Et voilà le premier fondement de la seigneurie temporelle de l'église romaine.