XXVI. Hérétiques de Cologne
Vers le même temps, saint Bernard reçut une .ettre d'Evervin, prévôt de Steinfeld en Westphalie, de Tordre de Prémonlré, par laquelle il l'a ver lissoitque l'on avoit découvert depuis peu , près de Cologne, certains hérétiques, dont deux, savoir, leur évéque et son compagnon , avoienl été brûlés par le peuple malgré le clergé , et avoient souffert le supplice avec une extrême fermeté (2). Voici , dit-il , quelle est leur hérésie. Ils disent que l'Eglise n'est que chez eux, parce qu'ils sont les seuls qui suivent les traces de Jésus-Christ, et qui mènent la vie apostolique, ne possédant rien en ce monde. Vous autres , disent-ils , vous êtes tellement attachés aux biens temporels, que ceux même qui passent parmi vous pour les plus parfaits, comme les moines el les chanoines réguliers, en possèdent en commun Nous sommes les pauvres de Jésus-Christ qui allons errants et fuyant de ville en ville, comme des brebis au milieu des loups, persécutés avec les apôtres et les martyrs; quoique nous vivions dans le jeune, l'abstinence , la prière , le travail , dont nous nous occupons jour et nuit, seulement pour gagner le nécessaire.
Evervin continue : Ils ne mangent aucune sorte de laitage, ni rien qui soit produit par génération. Ils cachent leur doctrine sur les sacrements ; toutefois ils nous ont confessé qu'en prenant leur nourriture ordinaire ils prétendent en faire le corps et le sang de Jésus-Christ, par l'oraison dominicale, pour s'en nourrir, <îux qui sont les membres et le corps de Jésus- Christ. Ils disent que nos sacrements ne sont <iu'une ombre et une tradition humaine. Ils nous ont avoué qu'outre le baptême d'eau ils prétendent baptiser par le feu et le Saint-Esprit, et que ce baptême se doit faire par l'imposition des mains. Par cette cérémonie, on passe chez eux du rang d'auditeurs à celui de croyants , puis à celui d'élus par leur baptême. Pour le nôtre, ils ne se mettent pas en peine. Ils condamnent le mariage ; mais je n'ai pu en apprendre d'eux la raison, soit qu'ils n'osent l'avouer, soit qu'ils l'ignorent.
Il y a d'autres hérétiques dans notre pays
f An de J.-C. iiil.
(l)Ep.2i2. ibi.
(2; Ana' et. toïJi. 3, p. 1487.
Ap. iJer. to. 1 , p*
qui no sont aucunement d'accord avec les premiers; et c'est leur division qui nous les a fait découvrir les uns et les autres. Ceux-ci prétendent qu'on ne fait point sur l'autel le corps de Jésus-Christ, parce qu'il n'y a point dans l'Eglise des prêtres consacrés. Car, disent-ils, les papes s'embarrassant d'affaires séculières ont perdu leur pouvoir , et n'ont pu le communiquer aux archevêques et aux évêques, qui, menant aussi une vie séculière , ne peuvent plus consacrer les autres. Ainsi ils anéantissent le sacerdoce de l'Eglise, le réduisant au seul ministère de la parole; ils rejettent les sacrements, hors le baptême seul , encore ne l'admettent-ils que pour les adultes. Ils condamnent le mariage , excepté celui qui est contracté entre deux personnes vierges. Ils n ont aucune contiance en l'intercession des saints, el disent que les jeûnes et les autres mortifications ne sont nécessaires ni aux justes ni aux pécheurs. Ils traitent de superstitions toutes les observances ecclésiastiques, que Jésus-Christ et les apôlres n'ont pas établies ; ils ne conviennent point du purgatoire, et anéantissent ainsi les prières et les oblations pour les morts.
Evervin exhorte saint Bernard à écrire contre ses erreurs, et ajoute : Ceux qui sont revenus à 1 Eglise nous ont dit qu ils ont une grande multitude répandue presque partout le monde, même plusieurs de nosclercSet de nos moines ; et ceux qui ont été brûlés nous ont dit pour leur défenses que cette hérésie est demeurée cachée en Grèce et en d'autres pays depuis le temps des martyrs. Les uns ont leur pape les autres ne reconnoissent , ni notre pape, ni aucun autre. Ils le nomment apostolique, et mènent avec eux des femmes qu'ils prétendent être continentes , à l'exemple , disent-ils, de celles qui sui voient les apôtres (1). On voit, par ce récit, que ces hérétiques de Cologne étoient des manichéens , aussi bien que ceuxd'Ivoiet ceux d'Anvers, dont j'ai parlé en leurs temps.
Pour satisfaire à la prière d'Evervin , saint Bernard fit deux sermons contre ces hérétiques, en continuant son application du cantique (2). Il relève d'abord le soin qu'ils avoient de se cacher, jusqu'à y employer le parjure, eux qui d'ailleurs condamnoient toute sorte de serment. Un faux catholique, dit-il, nuit beaucoup plus qu'un hérétique découvert; et, après avoir décrit l'hypocrisie de ceux-ci, qui à l'extérieur paroissoient irrépréhensibles dans la foi et dans les mœurs , il insiste sur ce qu'ils avoient tous avec eux des femmes qui n'étoient ni leurs épouses ni leurs proches parentes , et montre que, quand ils garderoient la continence comme ils prétendoient, ils prêcheroient toujours par le scandale. Au reste, dit-il, ce sont des gens rustiques et sans lettres, et qui ne persuadent que des femmes ignorantes comme eux. Je ne leur ai rien ouï-dire de nouveau , mais
(1} Sup liv. Lxvn, n. 20. (2; Smn. 05.
An (le J.-C. 1U7. J
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viirges, par I autorité desainl Paul, qui nerract aux veuves de se marier, et l'ordonne même en certains cas. Quant à l'abstinence des v.andes, il dit : Ils sont hérétiques nrm parce qu'ils s'en abstiennent , mais p^rce qu' Is ^...abstiennent par superstition. (Jar je m'en
Nul mH T'P'"'^'^ C^)- «liimons-nous saint i . ul qui clialie sou corps el Iiî réduit en servitude; et ensuite : Si cette abstinence v^enl des préceptes de la médecin,^ nous ne cLndauiiions point un soin raisonnable de la santé • se le vient des maximes de la vie spirituelle ; nous I approuvons, comme un moyen de dompter la chair; mais si elle vient Tpextravagancede Manôs, qui déclara immonde quel
?e dSé"'' ' "'*-'"' "'''' "" blasphcmc"que
trih„ën?"i''f *""'?"" ''"'' '^' hérétiques s'attribuât a f^^iux le nom d'apostoliques et de véritable egl.se ; parce qu'ils sont cachés e en peut nombre, au lieu que l'Eglise est répandu" partout le monde et toujours visible. II rélute le^urs autres erreurs, louchant le baptême des enfants, le purgatoire et le pouvo.V d™s pas eurs et des ministres de l'Eglise môme pécheurs II montre qu'il ne faut%as'sSner que lopiniàireté des hérétiques imiîe la constance des n.artyrs ; enfin, il réponde précseinen a tous les articles .le la lettre d'Éver-
côs lâuA ''*' ''''■■ ''"'"'*' " ^^^ ï"'=«'sion de ces (Jeux sermons.