‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 2011 sur 2407 · XXXII. Erreurs de Gilbert condamnées · texte numérisé non relu

XXXII. Erreurs de Gilbert condamnées

A la fin du concile de Reims, les canons étant publiés, le pape termina la cause de Gilbert de la Poirée, évêque de Poitiers, commencée 1 année précédente au concile de Paris (1). Pour cet effet, il assembla premièrehient les prélats les plus habiles et les plus voisins , entre autres Geoffroy de Loroux , archevêque de Rordeaux , métropolitain de Poitiers, Milon, évêque de Térouane , et Josselin, évêque de Soissons, tous trois renommés pour leur doctrine; , l'abbé Suger et saint Rernard. C'étoit au temps de la passion, et la séance se tenoit dans la chambre du pape. Le premier jour, Gilbert fit lire quantité de passages des pèn s, dont il avoit fait apporter les volumes entiers , se plaignant que ses adversaires ne produisoient que des extraits, où les passa;zes étoient tronqués. Le pape, ennuyé de ces lonçuc^s lectures , le pressa de dire nettement s'il froyoït que l'essence divine fût Dieu. Gilbert répondit que non. Alors saint Rernard dit : Nous tenons ce que nous cherchions-, qu'on écrive cette confession. Le pape l'ordonna , et Henri de Pise, alors sous-diacre de l'église romaine, et depuis cardinal , apporta du papier, une plume et de l'encre ; et, comme il écrivoit, Gilbert dit à saint Rernard : Ecrivez aussi , vous, que la divinité est Dieu. Saint Rernard répondit sans s'émouvoir : Qu'on écrive avec le fer et le diamant que l'essence divine , sa forme, sa nature , sa bonté , sa sagesse, sa puissance est vraiment Dieu. Et , comme on disputa longtemps sur cet article, saint Rernard ajouta : Si celte forme n'est pas Dieu , cRe est meilleure que Dieu , puisque Dieu tient son être d'elle.

On disputa de même sur les autres articles que l'on reprenoil dans les écrits de Gilbert de la Poirée, et, comme on seséparoil, les cardinaux dirent : JNous avons ouï ce qui a été proposé , c'est pourquoi nous allons juger comment ces questions doivent être décidées. Plusieurs des assistants furent choqués de ce discours, en sorte que le lendemain dix archevêques, avec grand nombre d'évêques, d'abbés et de docteurs, c'est-à-dire tous ceux de l'église gallicane , s'assemblèrent chez saint Rernard. Ils représentèrent que les Ccirdinaux, qui sembloient s'être réservé à eux seuls le jugement de cette affaire , étoient presque tous favorables à Gilbert , quoiqu'ils n'approuvassent pas ses erreurs; et par conséquent, disoientils, il faut, avec les articles de Gilbert, leur envo}ner un symbole de foi, afin qu'ils puissent

(I) Otto. 1, Frid. c. 5ft. et lib. m, Vita. S. Bern. c. Gauf. Lpist. ad. Card. Alt>. 5. Sup. n. 29.

juger avec plus de connoissance. Ils écrivirent donc quatre articles opposés aux quatre de Gilbert, se servant, autant qu'il étoit possible , dcS mêmes termes pour exprimer leur confession de foi opposée à ses erreurs ; et ce symbole , composé avec une grande délibération, fut souscrit par tous les évêques et les autres qui avoient assisté à cette assemblée particulière. En voici la substance :

1 . Nous croyons que la nature simple de la divinité est Dieu, et que Dieu est la divinité ; qu'il est sage par la sagesse qui est lui-même , grand par la grandeur qui est lui- même , t ainsi du reste. 2. Quand nous parlons des trois personnes divines , nous disons qu'elles sont un Dieu et Une substance divine; et au contraire, quand nous parlons de la substance divine, nous disons qu'elle est en trois personnes. 3. Nous disons que Dieu seul est éternel, et qu'il n'y a aucune autre chose, soit qu'on là nomme relation , propriété ou autrement , qui soit éternelle sans être Dieu. 4. Nous croyons que la divinité même et la nature divine s'est incarnée dans le fils. Ceux qui composèrent ce symbole ne craignoient pas que les cardinaux jugeassent autrement; mais ils craignoient que quelques-uns d'entre eux n'eussent intention de dissoudre le concile sans rien décider. Pour présenter cet écrit au pape et aux cardinaux, on choisit trois députes, Hugues, évêque d'Auxerre, Milon, évêque de Térouane, et l'abbé Suger, el on les chargea de dire : Nous avons souffert , par respect pour vous, des discours que nous ne devions pas entendre, jusqu'à ce que nous avons appris que vous vouli z juger cette affaire. Vous avez par écrit la confession de Gilbert , nous avons aussi la nôtre, afin cjue vous ne jugiez pas sans ouïr les deux parties. Mais il y a cette différence , qu'en présentant sa confession il a déclaré qu'il étoit prêt à corriger ce qui ne seroit pas conforme à vos sentiments ; au lieu que nous excluons expressément cette condition , et nous vous d clarons que nous persévérerons dans cette confession sans en rien changer.

Le pape , sans hésiter, répondit aux députés , et leur ordonna de le dire à ceux qui les avoient envoyés, que l'église romaine ne s'élôignoit en rien de leur confession de foi , et que , si quelques-uns avoient paru soutenir la personne de Gilbert , ils ne soutenoient en rien sa doctrine. Tout le concile s'assembla donc à Reims au palais , nommé Tau à cause de sa figure à double potence ; Gilbert , évêque de Poitiers , fut interrogé sur chacun des articles de ses erreurs , et renonça librement en disant : Si vous croyez autrement et moi aussi , si vous parlez ou écrivez autrement et moi aussi. Alors le pape , du consentement de tout le concile , condamna ces articles, défendant étroitement de lire ou de transcrire le livre d'où ils étoient tirés , si l'église romaine ne l'avoit corrigé auparavant. Gilbert répondit : Je le corrigerai cx)mme il vous plaira. Mais le pape lui dit : On ne

ai

vous confiera pas cette correction. On déchira publiquement des écrits contenant quelques autres erreurs qu'il avoit enseignées, suivant le témoignage de ses écoliers. J'ai suivi , sur cette affaire de Gilbert de la Poirée, le récit du moine Geoffroy, depuis abbé de Clairvaux qui etoit présent au concile de Reims, plutôt que celui d'Othon de Frisingue, qui étoit alors en Syrie et qui paroit prévenu en faveur de Gilbert (1).

Quelque temps après, Bernard, continuant son explication du cantique, comballit fortement les nouveaux dialecticiens , ou plutôt des hérétiques , comme il les nomme, qui prétendoient que les attributs divins, la grandeur la bonté, la sagesse, la justice, ne sont pas'de iJieu , et en disoient autant de la divinité même. Si elle n'est pas Dieu, dit-il, elle est donc quelqu'autre chose, ou n'est rien. Si elle est quelqu'autre chose, elle est moindre ou plus grande, ou égale à Dieu ; et il montre 1 inconvénient de toutes ces suppositions Ensuite, parlant de la grandeur de Dieu, il dit- Dieu n est grand que par la grandeur, qui est la même chose que lui ; autrement cette candeur seroit plus grande que Dieu. Je le dis après saint Augustin , le plus terrible marteau des hérétiques (2). Il marque ensuite la condanination des erreurs de Gilbert au coik ile de Reims; mais il déclare qu'il ne parle point contre sa personne, parce qu'il a humblement acquiesce au jugement des évéques.

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