‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 2019 sur 2407 · XXXIX. Saint Gilbert de Sempringham · texte numérisé non relu

XXXIX. Saint Gilbert de Sempringham

Gilbert de Sempringham vint à ce chapitre, offrit à l'ordre de Cîteaux la congrégation qu'il venoit de former (4). Il étoit Anglois, né dans la province de Lincoln en mil qua- Ire-vingt-lrois; et, après qu'il eut fait ses études , son i)ère lui donna les deux cures de Sempringham et de Tirington , dont il étoit patron ; mais il ne tiroit sa subsistance que de la première, et donnoil aux pauvres tout le revenu de la seconde. Il n'éloit pas encore dans les ordres , et ne possédoit ces cures qu'en personat, comme onlenommoit, les faisant servir par des vicaires, suivant l'abus qui régnoit alors , de séparer le revenu et les fonc^ lions; et c'est cet abus qui fut condamné, comme j'ai dit, au concile de Reims, par le pape Eugène. Gilbert s'attacha ensuite à la cour d'Alexandre, évêque de Lincoln, qui l'ordonna prêtre malgré lui , et le voulut faire son archidiacre; mais Gilbert le refusa , disant qu'il ne voyoit point de chemin plus court

2} Ep. 300.

(T, lîoll. to. t'f, p. .503.

Trich. Clir. Spaii. anti.

i'i] Vita S. Bern.l, u, c.

(.3; Lib. iv , c. 7. n. 40.

[i) \ila Monasl. Angl.

tom. 2, p. OOy. Boll. 4 fcbr. tom. 3, p. 507. V, Cang. GIoss. Persona.

HISTOIRE DU CHKISTIANl SME.

[ AndeJ.-C. 1148

pour se perdre. C'est que les archidiacres exerçoient la juridiction ecclésiaslique, qui éloit une grande tentation d'avarice.

Voulant donc donner son bien au\ pauvres et faire une fondation, et ne trouvant point d hommes qui voulussent vivre aussi régulièrement qu'il souhaitoit, il assembla, dans sa paroisse de Sempringham, sept filles vertueuses qu'il enferma près de l'église de Saint- André , par le conseil et le secours de l'évéque Alexandre, pour vivre en clôture perpétuelle, en sorte qu'elles recevoient par une fenêtre les choses nécessaires à la vie. Pour les leur apporter et servir au dehors , elles avoient de pauvres ûlles en habit séculier ; mais depuis, par le conseil de personnes sages, il lit aussi prendre un habit régulier et faire des vœux à ces filles du dehors ,' après les avoir bien instruites et bien éprouvées. Il y joignit des hommes pour l'agriculture et les autres travaux les plus rudes, et leur prescrivit une manière de vie dure , et un habit qui marquoit rhumilité et la renonciation au monde. Cet institut fut tellement approuvé, que plusieurs seigneurs d'Angleterre offrirent à Oilbert des terres et des revenus pour fonder des monastères semblables : l'évéque Alexandre commença et le roi Henri acheva; mais Gilbert ne recevoit ces biens qu'avec crainte et comme par force , et en refusoit même plusieurs, tant il aimoit la pauvreté, et craignoit la vanité de voir un grand peuple sous sa conduite.

Ce fut dans cette pensée qu'il vint au chapitre de Cîteaux où étoit le pape Eugène, voulant se décharger du soin de tant de maisons dont il se croyoit incapable, et les remettre à ces religieux, qu'il connoissoit par l'exercice fréquent de l'hospitalité, et qu il jugeoit les plus exacts de tous dans l'observance de la règle, comme étant en leur première ferveur. Mais le pape et les abbés de Citeaux lui dirent qu'il ne leur étoit pas permis de gouverner d'autres religieux , et encore moins des religieuses, et, par leur conseil, le pape lui ordonna de continuer avec la gràc(* de Dieu l'œuvre qu'il avoit commencée. 11 voulut s'excuser sur son âge de soixante -cinq ans et sur son incapacité ; mais le pape le jugea d autant plus propre à la conduite des ànjes qu il la désiroit moins. Il eut regret de ne Tavoir pas connu plus tôt, et déclara qu'il lui auroit donné l'archevêché d'York. En ce voyage, Gilbert lia une étroite amitié avec saint Malachie d'Irlande et saint 13ernard ; il se trouvoit souvent en tiers quand ils étoient seuls. Ils lui donnèrent chacun leur crosse, et saint Bernard y ajouta une étole et un manipule. i Gilbert, étant de retour en AngUterre, appela à son secours des ecclésiastiques pour la conduite de ses religieuses, et forma ainsi une double congrégation de filles sous la règle de saint Benoit, et de chanoines réguliers sous la règle de saint Augustin, et leur donna des constitutions écrites, qui furent confirmées

par le pape Eugène et par ses successeurs. Dieu bénit tellement son travail, qu'il fonda treize monastères , quatre de chanoines et neuf de religieuses , contenant plus de deux mille personnes. Il fonda d'ailleurs plusieurs hôpitaux , de malades , de lépreux , de veuves et d'orphelins. Sa vie étoit austère; il ne mangeoit point de viande, et s'abstenoit même de poisson pendant l'avent et le carême. 11 ne se servoit que de vaisselle de bois ou de terre et de cuillers de corne. Il ne portoit point de fourrures, et toujours les mêmes habits hiver et été. Il étoit vêtu de gris , et fut long-temps sans prendre l'habit ni la règle de chanoine régulier ; mais ses disciples lui représentèrent qu'il étoit à craindre que sous ce prétexte on ne leur donnât après sa mort un supérieur étranger. 11 prit donc l'habit de chanoine des mains de celui de sa congrégation qui étoit le plus distingué pour son mérite; il lui promit obéissance en faisant ses vœux , et le regarda toujours depuis comme son supérieur.

Page 1