‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 2020 sur 2407 · XL. Etienne d'Obasine · texte numérisé non relu

XL. Etienne d'Obasine

Etienne, abbé d'Obasine, vint aussi trouver le pape Eugène à Clairvaux , et pour le même sujet (1). 11 étoit né en Limousin de parents médiocres, et, après avoir étudié la science ecclésiastique, il ne laissa pas de demeurer dans le monde, prenant soin de sa famille et des pauvres ; mais, ayant été ordonné prêtre, il résolut de se donner entièrement à Dieu , et commença à mener une vie austère et à prêcher avec beaucoup de force et d'onction. Les lectures qu'il faisoit pour instruire les autres lui firent na (re le dessein de renoncer à tout, et suivre Jesus-Christ dans une parfaite pauvreté. Il consulta sur ce sujet Etienne de iVIercœur, qui avoit été disciple de saint Robert de la Chaise-Dieu, et ce saint homme lui conseilla d'exécuter au plus tôt son pieux dessein. Etienne avoit déj< pour compagnon un autre prêtre , nommé Pinre, homme d'une grande simplicité, qui etoit dans la même résolution. Donc ]e jeudi , après le jour des cendres , ils assemblèrent leurs parents j)our leur dire le dernier adieu , leur donnèrent un grand repas, et distribuèrent aux pauvres tout ce qui leur resloit de bien.

Ils passèrent la nuit suivante en prières, pour demander à Dieu la grâce d'accomplir ce qu'il leur avoit inspiré; puis, s'étant revêtus d'un habit de religieux, cl marchant nupieds, ils partirent avant le jour pour quitter leur pays et se bannir volontairement. 11 y avoit dans le voisinage un ermite, nommé Bertrand, qui avoit quelques disciples ; ils demeurèrent avec lui dix mois, mais sans engagement, et le quittèrent par le désir d'une plus grande perfection. Après avoir visité toutes les

(1) Vilai,Miscell.BaIuz. p. 800, c i. p. Oy. 13oll. ». Mart. to. 0,

An de J.-C. 1118] ' '"

maisons religieuses d'alentour, sans y trouver ce qu'ils cherchoient, ils s'arrêtèrent à Obasine, lieu désert, environné de 1)ois et de rochers, et arrosé d'une pelile rivière. Ils y arrivèrent le vendredi-saint , et passèrent ce jour et le suivant sans manger. L" jour de Pâques , ils allèrent à une église voisine , où , ayant emprunté des souliers, l'un d eux dit la messe, et l'autre y communia ; et, personne ne les ayant invités à dîner, ils revinrent assez tristes dans leur désert ; mais une» lemme du voisinage leur apporta la moitié d'un pain et un pot de lait, dont ils firent le plus agréable repas de leur vie. Ils passèrent plusieurs jours sans autre nourriture que les racines, et les autres choses qu'ils pouvoient trouver dans ce désert ; mais ils furent secourus par des personnes charitables, particulièrement des patres, qu'ils récompensoient en les instruisant.

Quelque temps après , Pierre , de l'avis d'Etienne (1), alla à Limoges avec un clerc, nommé Bernard, qui s'étoit joint à eux. Ils parlèrent à l'évéque Eustorge, et lui expliquèrent leur dessein, qu'il approuva, et, ayant béni une croix qu'ils lui avoient apportée , il leur permit de dire la messe et de bâtir un monastère, à la charge de suivre en tout la tradition des pères. Ils commencèrent donc à bâtir des lieux réguliers, car ils avoient déjà quelques disciples, mais en petit nombre, à cause de l'extrême austérité de leur vie. Ils suivoient la règle des chanoines , en ce qui regarde l'ofiice divin, et celle des ermites, en leur manière de vivre. Car, ajoute l'auteur de cette histoire , qui est du temps même , encore que les chanoines chantent régulièrement, leur nourriture est abondante et délicate ; ils ont beaucoup de repos , et peu ou point de travail des mains. De quoi le saint homme ayant une grande aversion, il avoit ordonné que tout le temps de la journée fût employé au travail , excepté ce qu'emportoit la lecture ou l'offîce divin (2). Ilsyemployoient même pendant Ihiver une partie de la nuit, et durant ce travail on recitoit des psaumes.

Etienne voulut persuader à Pierre, son premier compagnon , d'aller chez les Sarrasins dans l'espcTance d'en convertir quelques-uns , ou de souffrir le martyre. Mais Pierre l'en détourna, en lui 'disant qu'il valoit mieux s'appliquer à la conversion des mœurs de ceux qui avoient déjà la foi , que de travailler inutilement chez les infidèles , qui peut-être n'étoient pas prédestinés. Après qu'ils eurent bâti le monastère d Obasine, il y eut une dispute entre eux deux , à qui le gouverneroit , ch icun voulant déférer à l'autre cet honneur. Pour terminer ce différent , on les mena devant le légat Geoffroy, évêque de Chartres , qui se trouvoit alors dans le pays, et qui, après les avoir bien examinés, donna la supériorité à Etienne. Sur la réputation des chTi -e .x , qui

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