XLII. Conférences d'Anselme d'Avelberg avec les Grecs
Anselme , évoque d'Avelberg en basse Saxe , étant auprès du pape Eugène à Tusculum, au mois de mars mil cent quarante-neuf, le pape lui dit entre autres choses : Il m'est venu depuis peu un évêque en qualité d'ambassadeur de l'empereur de Constantinople , dont il m'a apporté une lettre écrite en grec. Cet évêque , bien instruit dans les livres des Grecs, parlant bien et se confiant en son éloquence , nous a proposé plusieurs objections touchant la doctrine et le rit des Grecs, prétendant soutenir tout ce qu'ils ont de différent de l'église romaine, entre autres louchant la procession du Saint-Esprit et les azymes. C'est pourquoi, sachant que vous avez autrefois été ambassadeur de l'empereur Lothaire à Constantinople, et que, pendant le séjour que vous y avez fait , vous avez eu sur ce sujet plusieurs conférences tant publiques que particulières, je vous prie d'en composer un traité en forme de dialogue, qui cx)ntienne ce qui a été dit de part et d'autre (2). Nous avons vu que l'empereur Lothaire reçut une ambassade de l'empereur Jean Comnéne en rail cent trente-sept, et ce fut apparemment à cette occasion qu'il lui envoya Lévêque Anselme.
En exécution de Tordre du pape, Anselme lui envoya un traité intitulé Anticiménon, c'est-à-dire recueil d'objections, où il rapporta, autant que sa mémoire lui put fournir, les conférences qu'il avoit eues avec les Grecs, mais sans leur imposer, comme quelques-uns qui, ne les ayant ouïs qu'en passant, leur faisoient dire ce qu'ils ne disoient point A la tête de cet ouvrage, Anselme mit un petit traité de la perpétuité et de luniformité de l'Eglise, pour répondre à ceux qui étoient scandalisés de la multitude des ordres religieux et de la diver»ité de leurs observances. Entrant en matière sur les différents des Grecs avec les Latins, il dit :
Lorsque j'éiois à Constantinople , comme les Grecs me faisoient souvent des questions, et que je leur en faisois de mon côté, l'empereur Calojean et le patriarche furent d'avis d'une
Cl) De S. Mal. Serni. 1.
Rob. de Moule. Vul^'. ann.
US. Sup. liv. LWiii.
(2) Prolog, t. 13. Spicil.
p 88. Slip. liv. Lxviii, n,
conférence pu blique, qui se tint dans le quartier des Pisaiis, près de l'église de Sainte- Irène (1). On établit des silentiaires , c'est-àdire des huissiers pour faire silence; des arbitres et des notaires pour rédiger fidèlement tout ce qui auroit été dit de part et d'autre. Outre la multitude des Grecs, il y avoit plusieurs Latins, entre autres Jacques , Vénitien un Pisan, noramé Bourguignon, et Moyse de Bergame, qui servoit d'interprète. On avoit choisi pour di fauter avec moi JNéchités archevêque de NwDmédie, le principal des douze didascales , ou docteurs qui gouvernoient les études , et étc»ient consultés sur les questions difficiles.
On traita la question du Saint-Esprit; et Néchités repj.'ocha aux Latins d'admettre en Dieu pluralité de principes, en disant que le Saint-Esprit procède du père et du fils; mais Anselme réf)ondit qu'il n'en procède que comme d'un seul principe. Néchités, pressé par les autorités de l'Evangile, convint que le Saint-Esprit est du fils, quil est envoyé par lui , qu'il reçoit de lui , qu'il tient de lui ce qu'il dit, mais il ne vouloit pas dire qu'il procède du fils, parce que 1 Evangile ne le dit pas formellement {2). Mais, répondoit Anselme, l'Evcingile ne dit pas non plus expressément le contraire ; et vous croyez , comme les conciles l'ont décidé, que le fils est consubstantiel au père , que Marie est mère de Dieu, et qu'il faut adorer le Saint-Esprit quoique ce^ expressions ne soient pas dans l'Ecriture, parce qu'on y trouve la doctrine qu'elles expliquent plus précisément à cause des hérétiques qui l ont contesté (3). 11 réfuta ensuite ceux qui disoienl que le Saint-Esprit procédoit <ju père par le fils. Enfin Néchités témoigna <être persuadé; mais il représenta que ces paroles : Le Saint-Esprit procède du fils, ne pourroient être avancées sans grand scandale dans les églises grecques. C'est pourquoi , dit il , il faudroit assembler un concile général de l'église d'Occident et d'Orient par l'autorité du pape et du consentement des empereurs, oii cette question et les autres fussent décid«3es. Anselme fit le même souhait, qui fut approuvé par les acclamations de toute TassembUée.
La semaine suivante, on tint une autre conférence ( lans l'église de Sainte-Sophie (4) , où , comme on parloit de la primauté de l'église romaine , l'archevêque Néchités dit entre autres cho ses : Nous ne lui refusons pas le premier rang entre ses sœurs, c'est-à-dire les églises patriarcales, et nous reconnoissons qu'elle préside au concile général ; mais elle s'est se parée de nous par sa hauteur , quand , excédant son pouvoir, elle a divisé l'empire et en même temps les églises d'Occident et d'O-
Gang.
(1) Lib. H, c. 1.