XLIII. Lettre de saint Bernard à l'abbé Suger
Au retour de la croisade, Robert, frère du roi Louis , et Henri, fils du comte de Champagne, prirent jour pour un tournoi où l'on devoit combattre à outrance après les fêtes de Pâques de l'année mil cent quarante -neuf. Saint Rernard en écrivit à l'abbé Suger (3) , qui, en l'absence du roi, avoit en France la principale autorité. Voyez , dit-il , avec quelles dispositions ces princes sont allés à Jérusalem, puisqu'ils reviennent avec une telle volonté. Opposez-vous au mal, soit par persuasion, soit par force : j'entends celle qui appartient à la discipline ecclésiastique, c'est-à-dire les censures. J'écris de même à l'archevêque de Reims , à celui de Sens , aux évêques de Soissons et d'Auxerre, au ^omte Thibaut et au comte Raoul. Opposez-vous à de si grands maux, à cause du roi et à cause du pape, à qui appartient la garde du royaume. (î'estque le pape ètoit le protecteur des croisés et de leurs biens. Au reste, Thibaut éloit le comte de Champagne, et Raoul^le comte deVermandois.
AndeJ.-C. liiO] LIVRE SOI X A IN TE- NEUVIÈME.
1) C. 3. Sup. liv. \vm, n.T; wviir, 30, :ii, 3j, c.
10, 11, tu, 30, 21,22.
(21 Vai^. Kp. 6, ex OU.
Fris l,Fiid. c. 61.
(3) Kpisi. 376.
du métropolitain et de ses suffragants; si comme j'ai appris, on vous a souvent prié de 1 approuver; si le pape a déclaré sa volonté en écrivant à l'archevêque de Reims, que restet-il, sinon de vous soumettre à la volonté de Dieu , qui se déclare par tant de signes^ et ne pas permettre que cette église souffre plus long-temps par les voyages et les dépenses. Si vous vous défiez de la science de Henri , Dieu qui lui a déjà fait de grandes grâces', peut lui en faire encore de plus grandes. C'est pourquoi il ne faut point différer davantage la conclusion de cette affaire. Le suffrage de Pierre de Clugny contribua beaucoup à la promotion de Henri , comme il paroît par une lettre du moine Nicolas, secrétaire de saintEernard (1).