Tome IV
(2) Melrop. Rom. iib. m, c. 1. Vita S. Bern. Iib. iv, c. 3, n. 5.
fetdela coutume, qui endurcit et rend insensible aux plus grands maux. Et après avoir décrit les funestes effets de la dureté de cœur • Yoila, dit-il, où vous entraîneront ces maudites occupations , si vous continuez à vous v donner tout entier. Et ensuite : Je vous prie quel est cet état, d'entendre des plaideurs de^ puis le matin jusqu'au soir? encore les nuits ne sont pas libres; à peine laisse-t-on au corps le repos nécessaire , vous n'avez pas le temns de respirer (3). ^
Et ensuite : Ne me répondez pas que l'apôtre dit qu'étant libre il s'est fait esclave de tous (4). Votre servitude est bien différente Voyoït-on venir à lui de toute la terre des ambitieux, des avares, des simoniaques, des sacrilèges, des concubinaires, des incestueux et d'autres tels monstres, pour obtenir ou conserver par son autorité les dignités ecclésiatiques? Il se faisoit esclave de tous pour les gagner à Jésus-Christ, non pour contenter leur avarice. Qu'y a-t-il de plus servile et de plus indigne d'un souverain pontife, que de travailler continuellement à de telles affaires et pour de telles gens.? Quand prions-nous^ quand instruisons -nous les peuples? quand meditons-nous la loi de Dieu ? car les lois dont retentit votre palais sont celles de Justinien
Il l'exhorte donc à se moins livrer à ses oc-
ri) Rob. de M. Vulg. v, Epist. 8. Ap. Pelr. vi, Epist. 7.
(2) Prolog.
(4) 1 Cor. IX, 19.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
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cupations, et à les interrompre pour donner du temps à la considération , c'est-à-dire aux réflexions et à la méditation des vérilés utiles à son salut, afin de ne pas s'abandonner luimôme, sous prétexte de la charité du prochain. Il montre ensuite combien il est indif^ne d'un pape de juger des affaires temporelles par l'autorité de saint Paul, qui renvoie ces jugements aux plus méprisables entre les chrétiens , qui dit : Que celui qui est au service de Dieu ne s'embarrasse point d'affaires séculières, par l'exemple de Jésus-Christ môme, qui refusa d'être arbitre entre deux frères (1). Saint Bernard convient toutefois que son temps ne pouvoit porter cette perfection ; et que, si le pape Eugène refusoit de juger ces sortes d'affaires, on le traileroit de rustique et d'ignorant, qui déshonoreroit sa dignité. Cependant, ajoulc-l-il, je vois bien que les apôtres ont été présentés pour être juges, mais je ne vois point qu'ils se soient assis comme juges, le temps Il en est pas encore venu. Le serviteur diminue t-il donc sa dignité, s'il ne veut pas être plus grand que son maître? C'est pour juger les péchés et non pas les biens que vous avez reçu les clefs du royaume des cieux ; ces ( hoses basses et terrestres ont leurs juges, qui sont les rois et les princes de la terre. Pourquoi entreprenez-vous sur le partage d'aulrui ? Ce n'est pas que vous soyez indigne de ces occupations, c'est qu'elles sont indignes de vous, parce que vous en avez de meilleures.
Ensuite il ajoute (-2) : Si tout d'un coup vous vous donniez tout entier à cette philosophie , on vous accuseroit d'ôtre singulier et de blâmer vos prédécesseurs en vous éloignant de leur conduite; et toutefois, si nous prenons les exemples des bons papes plutôt que des nouveaux , nous en trouverons qui se faisoient du loisir au milieu des plus grandes affaires, comme saint Grégoire, quiexphquoit la partie la plus obscure d'Ezéehiel pendant le siège de Rome. Enfin, si le malheur des temps, la calomnie, la violence, l'oppression des pauvres, vous oblige à juger des causes , qu on les plaida au moins comme il convient, car la manière présente est exécrable et indigne , je ne dis pas de l'Eglise, mais d'un tribunal séculier (3). J'admire comment des oreilles pieuses peuvent souffrir ces disputes d'avocats et ces combats de paroles, plus propres à détruire la vérité qu'à la tiouver. Rien ne la découvre si facilement qu'une courte et simple narration. Je souhaite donc que vous décidiez promptement les causes que vous ne pouvez éviter de juger par vous-même ; que vous retranchiez les délais frustratoires et captieux ; que vous admettiez les causes de ceux qui n'ont rien à donner j vousen pourrez commettre plusieursà d'autres, et vous en trouverez plusieurs indignes de votre audience ; car à quoi bon écouler ceux dont les
péchés sont manifestes? L'impudence des méchants est devenue extrême, faute d'avoir été réprimée , et leur grand nombre emjxVhe d'en avoir horreur. Faites-vous craindre de ceux qui se fient à leur argent ; qu'ils soient réduits à vous le cacher, sachant que vous êtes plus disposé à le réprndre qu'à le recevoir. Si vous êtes f(Tme dans cette conduite , vous en gagnerez plusieurs , et les obligerez à s'appliquer à des occupations plus honnêtes ; vous en préserverez même plusieurs de la tentation (1). Ajoutez, qu'en vous déchargeant ainsi, vous gagnerez du temps pour le loisir que je vous conseille de prendre. Ainsi finit le premier livre de la considération-
XLVL Défense de sainl Bernard sur la croisade.
Le second fut écrit l'année suivante, mil cent cinquante, et commence par l'apologie de saint Rernard , au sujet de la <Toisade dont on lui iinputoil le mauvais succès, parce que c'étoit lui principalement qui l'a voi t prê< liée, quoiqu'il ne l'eut lait que sur les instances réilèrèes du roi de France, et par ordre exprès du pape, et que sa mission eût été assez prouvée par les miracles qui ac coiiipagnèrent sa prédication {2). lien lit même un ensuite pour sii justification; car, quand la première nouvelle vint en France de la défaite; de Tarmée chrétienne, un père lui présenta son lils aveugle pour lui rendre la vue ; et, comme il s'en excusoit, il pressa tant, qu'il vainquit sa résistance. Alors le saint abbé, imposant les mains à l'enfant, pria Dieu que, s il èloit l'auleur de cette prédication, et si son esprit l'a voit assisté en la faisant, il lui plut de le montrer en guérissant cet aveugle. El, comme après la prière, il en attendait l'effet: Que ferai-je? dit l'enfant, je voisclair. Il s'éleva aussitôt un grand cri des assistants, qui étoienl en grand nombre, tant des moines que des séculiers.
Saint Rernard reçut, au sujet de la croisade, une lettre de consolation de Jean , abbé de Casemario , près de Vèrule en Italie, qui , dès l'an mil cent quarante, avoit uni son monastère à la congrégation de Citoaux (3). Il me semble , dit-il, que Dieu a tiré un grand fruit de ce voyage, quoique d'une autre manière que ne pensoient les pèlerins. S'ils avoient poursuivi leur entreprise, comme il convient à des chrétiens, avec justice et piété. Dieu auroit été avec eux , et auroit fait piir eux un grand fruit ; mais, comme ils sont tombés en plusieurs désordres , il a tiré de leur malice une matière à sa misi^Ticorde , et leur a envoyé des a(lli( lions pour les purifier et les faire arriver à la vie éternelle. Enfin, ceux qui revenoient nous ont a' di
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