‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 2029 sur 2407 · LIVRE SOIXANTE-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SOIXANTE-NEUVIÈME

(1) C. 7. iCor. IV, 5. 2 Til», U, 4. Luc. MI, 14.

(3} Sup. liv. XXXV, c. 10.

ternelle. Liilin, ceux qui revenoieni nous oni voué qu'ils avoient vu plusieurs croisés qui is(.!ent qu ils y mouroient avec joie, et qu'ils

n'auroient pas voulu revenir, craignant de retomber dans leurs péchés. Othon de Frisingue explique de même le mauvais succès de la croisade, et ne nie pas que saint Bernard ne Feùt prêchée par l'esprit de Dieu , quoique d'ailleurs il semble quelquefois prévenu contre lui (1).

XLVU. Second livre de la considération.

Le saint abbé commence donc le second livre de la considération par son apologie sur ce sujet. Il s'excuse d'avoir tant différé à continuer cet ouvrage , par la douleur que lui avoit causée ce mauvais succès, qui à peine lui permelloit de vivre , loin de pouvoir s'appliquer à l'étude. On nous accuse, dit-il , d'avoir fait de belles promesses sans effet, comme si nous nous étions conduit en cette affaire avec témérité ou légèreté. Nous n'avons fait qu exécuter vos ordres, ou plutôt ceux que Dieu nous donnoit par vous. Il apporte ensuite

I exemple de Moïse, qui, ayant tiréd'Egypteles Israélites , ne les fit point entrer dans la terre fertile qu'il leur avoit promise, quoiqu'il n'agît que suivant l'ordre de Dieu , confirmé par des miracles , et soutient que les croisés n'ont pas ete moins incrédules, ni moins rebelles

II apporte l'exemple de la guerre des autres tribus pour punir le crime de la tribu de Henjamin; ou, quoique l'entreprise fût juste et approuvée de Dieu, ils furent défaits jusqu'à deux fois, et n'ayant point perdu courage vainquirent à la troisième (2). Puis il ajoute • Un dira peut-être : D'où savons-nous que cette entreprise est venue de Dieu? Quels miracles laites- vous pour mériter notre créance ? Ce n'est pas a moi à répondre à cette objection, Il laut épargner ma pudeur. Répondez pour moi et pour vous-même , selon ce que vous avez oui et vu , ou plutôt selon ce que Dieu vous inspirera. Ce peu suffira pour mon apologie. La meilleure excuse est à chacun le témoignage de sa conscience. Je me mets peu en peine du jugement de ceux qui appellent le bien mal et le mal bien ; e( , s'il est^cessaire que 1 un des deux arrive , j'aime mieux qu'on murmure contre moi que contre Dieu, et je ne refuse pas de perdre ma gloire, pourvu qu on n'attaque pas la sienne.

Revenant à son sujet, il définit la considéralion une recherche attentive de la vérité la distinguant par-là de la contemplation , qui suppose une vérité déjà connue. Il divise en quatre l'objet de la considération , et dit : Vous devez premièrement vous considérer vous-même , puis , ce qui est au-dessus de vous, ce qui vous environne, et ce qui est auaessus. Quant au premier point, il s'étend sur es devoirs du prélat, qui consistent à arracher Y détruire . édifier et planter, comme il est dit "dns la mission du prophète (3) : Il n'y a rien

la, dit-il , qui sente le faste, mais le travail ; c est un ministère et non une domination et vous n'êtes pas plus qu'un prophète. Vous êtes sur une chaire élevée , mais c'est pour voir de plus loin ; et il ne vous est pas permis d'être oisif, étant chargé du soin de toutes les églises. Yoilà ce que les apôtres vous ont laisse , non pas de l'or et de l'argent ; si vous en avez , ce n'est pas comme leur successeur • mais à quelqu'autre titre , et vous devez en user comme n'en usant point. Si vous vous glorifiez , ce doit être comme saint Paul dans les travaux et les souffrances (1). Vous devez dompter les loups, et non pas dominer sur les brebis. Votre noblesse consiste dans la pureté des mœurs, dans la fermeté de la foi, dans

I humilité , qui est le plus bel ornement des prélats.

Et ensuite : C'est une chose monstrueuse qu un courage bas dans un rang élevé , une vie méprisable sur le premier siège, un visage grave et une conduite légère , une grande autorité sans fermeté. Vous n êtes pas de ceux qui prennent les dignités pour des vertus, vous avez connula vertu par expérience avant la dignité

II relevé ensuite la dignité du pape, successeur de saint Pierre, au-dessus des évêques , pasteur, non-seulement des brebis, mais des pasteurs , avec la plénitude de puissance , vi(^ire de Jésus-Christ pour gouverner , non un seul peuple, mais tous. Saint Bernard, toutefois appelle aussi ailleurs les évêques vicaires de Jésus-Christ , parce qu'ils tiennent de lui immédiatement leur puissance, quoique plus bornée. Il exhorte ensuite le pape Eugène à examiner le progrès qu'il a fait dans la vertu depuis qu'il est en place. S'il est plus patient plus doux, plus humble, plus affable, plus courageux , plus sérieux, plus défiant de luimême , ou s'il n'a point donné dans des délauts contraires. Quel est son zèle, son indulgence, sa discrétion, pour régler l'un et l'autre (2). S'il est égal dans l'adversité et dans la prospérité ; si dans le repos il ne se laisse point aller à des railleries indécentes : Car dit-il, ce qui est badinerie entre séculiers ' est un blasphème dans la bouche d'un prêtre • Il vous est honteux d'éclater de rire, et encore plus d'y exciter les autres (3). Quant à l'avance , ajoute-t-il , je n'ai rien à vous faire considérer ; car on dit que vous regardez l'argent comme de la paille , mais donnez-vous de garde de l'acception des personnes, et de la lacilité a croire les mauvais rapports qui est le vice le plus ordinaire de ceux qui 'sont en grande place. Tel est le second livre de la considération.

(2} Yila lib. in, c, 4,

(3) Ap. Dcrn.Ki>isl38ô,

W G. 1. JuUIc.xx.

(3; C. 2, 3, 6 Jcrem. 1.

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