‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 2033 sur 2407 · LVI. Mort de Conrad. Fridéric I", roi · texte numérisé non relu

LVI. Mort de Conrad. Fridéric I", roi

En Allemagne, le roi Conrad III, étant venu a liamberg tenir sa cour, mourut le premier vendredi après les cendres, quinzième de février mil cent cinquante-deux, après avoir règne près de treize ans, sans avoir été couronne empereur. Il fut enterré au même lieu, près Je tombeau de l'empereur saint Henri , qui venoit d'être canonisé par le pape Eugène a la prière de l'évèque et des chanoines de liamDerg, et, sur le rapport de deux légats , eiivoyes en Allema-ne pour d'autres affaires maischar-es d'aller sur les lieux, et s'infori nuT de la vie et des miracles du saint empereur ,l}. Le pape marque , dans sa bulle , que la canonisation ne so doit faire régulièrement que dans les conciles généraux. Le roi Conrad, voyant que son (ils Fridéric étoit en trop bas âge pour être elu roi , dési-na , pour son suc-

.««o K^ ^""^ ^ Francfort dans une très-grande assemblée , ou se trouvèrent même quelques seigneurs Italiens (2). Fridéric fut élu le quatrième jour de mars de la même année, qui etoit le mardi de la troisième semaine de carême; et, le dimanche suivant, il fut couronne a Aix-la-Chapelle, par Arnold, archevêque de Cologne. Ce prince étoit jeune, et rogna trente-sept ans. Il étoit brave, magnanime, juste et prudent, mais fier et colère. Il est connu sous le nom de Fridéric Barberousse.

Sitôt qu'il fut couronné, il tint conseil avec les principaux seigneurs, et de leur avis envoya a Rome Hilin, élu archevêque de Trêves, et Eberard , évêque de Bamb rg pour donner part de son élection au pape Eugène, aux Romains, et à toute l'Italie Incontinent après, le pape et le roi Fridéric tirent un traité par leurs députés, qui étoient de la part du pape : sept cardinaux, et Rrunon, abbé de Caravalle près Milan, de l'ordre de Citeaux; de la part du roi : Anselme, évêque d'ilavelsborg, Herman, évêque de Constance, et trois comtes (3). Le roi promit de ne faire m paix ni trêve avec les Romains, ni avec Roger, roi de Sicile, sans le ccmsentemenl des Romains et du pape; et de travailler de tout son pouvoir à rendre les Romains aussi soumis au pape qu'ils l'avoient été depuis cent ans. De défendre contre tous la dignité papale, et les régales de Saint-Pierre, comme avoues de l'église romaine , et l'aider à recouvrer ce qu'elle avoit perdu. De n'accorder aucune terre à Temperc^ur des Grecs i\cc'ii la mer; et, s'il en envahissoit quelqu'une ," l'en chasser au plus tôt, selon son pouvoir. Le pape promit de donner au roi la couronne impériale quand il viendroit la recevoir, de l'aider

(1) Otto. 1 , Frid. c. GO. Frid. 6, 1, 3.

Tnn!:- Il , r » ^'^ ^- ^' ^p. Baron. r^) Otto. II, de Gest. 1152.

[ AndeJ.-C.115S.

de tout son pouvoir à maintenir et augmenter sa dignité ; employant pour cet effet les censures ecclésiastiques; et d'empêcher l'empereur grec de faire aucune conquête deçà la mer. Ce traité est daté du vingt-troisième de mars, indiction quinzième, lan mil cent cinquante-deux.

LVIL Guicman transféré à Magdebourg.

Le siège de Magdebourg étoit vacant par le décès de l'archevêque Fridéric, arrivé le quinzième de janvier, et il y eut partage dans l'èlectiim : les uns élisoient le prévôt Gérard, les autres le doyen. Pour terminer le différent , ils allèrent trouver le roi qui étoit en Saxe, et qui, n'ayant pu les réunir, persuada au doyen et à son parti d'élire Guicman, évêque de Ceïls, encore jeune, mais noble; et 1 ayant fait venir il lui donna l'investiture de larchevêché de Magdebourg. Car la cour d'Allemagne prétendoil que depuis l'accord fait entre; le pape Pascal II et l'empereur Henri Y touchant les investitures, en cas de partage dans l'élection d'un évêque, le prince pouvoit choisir qui il lui plaisoit par le conseil des seigneurs (1). Le roi Fridéric, avant réglé les affaires de Saxe, passa en Bavière, et célébra la Saint-Pierre à Ratisbonne, où les deux évêques, qu'il avoit envoyés en Italie, revinrent, lui rapportant des nouvelles airréables.

Cependant Gérard, prévôt de Magdebourg, alla à Rome, et se plaignit au pape Eugène que Guicman avoit été intrus dans ce siège par l'autorité du prince (2). Le pape le trouva fort mauvais, comme il le témoigna par la réponse qu'il lit à quelques prélats d'Allemagne, qui lui avoient écrit sur ce sujet, par complaisance pour le roi.C'étoient trois archevêques, Eberard de Sallzbourg, Ilartvic de Brème et Ililin de Trêves; et huit évêques, du nombre desquels étoit Othon de Frisingue. En cette lettre, le pape reprend les évêques de leur peu de fermeté, et leur représente que la loi de Dieu ne permet point les translations dY»vêques sans une utilité manifeste et même sans nécessité (3). C'est pourquoi il leur ordonne de faire en sorte, par leurs exhortations, que le roi Fridéric se désiste de son entreprise, et qu il laisse à l'église de Magd(|bourg la liberté entière de l'élection. Car, ajoute- t-il , nous ne pouvons rien accorder contre Dieu et contre les canons. La lettre est du dix-septième d'août mil cent cinquantedeux.

LVIIL Troisième livre de la considération. Appellations.

Saint Bernard composa cette ann(H} le troisième livre de la considération, où il repré-

AndeJ.-C.ii52.] -y. LIVRE SOIXANTE-NEUVIEME. 601

sente au pape Eugène ce qui est au-dessous de timé. Saint Bernard se plaint que l'on apne-

lui (1). Lest dit-il, le monde entier, mais loit avant la sentence, mais sans grief pour

pour en prendre soin, non pour le posséder vexer sa partie ou gagner du temos- une

îlw rhr-^;"^'*'''' ^^•^'' .n'appartient qu^i l'on appeloit pour se mettre à couvert de la

Jesus-Christ. Il ny a m poison m 1er que je justice et vivre impunément dans le crime

craigne tant pour vous que la passion de do- comme l'inceste ou l'adultère. Les méchants

miner. Vous devez étendre vos soins sur tous: se servoient de l'appellation pour s'opposer

premièrement sur les inhdèles, pour procu- au bien ; et c'étoit in moyen pour arrêier les

rer leur conversion; car pourquoi mettre évêques qui vouloient dissoudre ou empêcher

des bornes a la prédication de l'Evangile? At- des mariages illicites, punir des violences et

tendons-nous que la foi les rencontre par des sacrilèges, éloigner des ordres et des bé-

hasard sans leur être annoncée. J'ajoute l'opi- néfices des personnes indignes et infâmes

matrete des Grecs qui sont avec nous et n'y Saint Bernard s'étoit dt^à plaint fortement au

sont pas; unis par la foi, divisés par le pape Innocent II de cet abus des appella-

scliisme, quoiquils ne marchent pas même lions, qui anéantissoient l'autorité des évô-

droit dans la foi. J ajoute l'hérésie, qui s'in- ques (1). Ceux qui étoient lésés aimoient

smue presque partout en cachette , et en quel- mieux souffrir la vexation qu- d'aller à

ques lieux nous attaquent ouvertement, prin- grands frais à Rome, où l'on favori soit les

cipalement vers le midi. 11 parle des nouveaux appelants et les appellations, et où l'on n'en

1 pl\Tuo?f ^ r""' '^^^'^^h^A'H^^^s mêmes, voyoit pas qui fussent condamnés aux dépens. lEglise est désolée par 1 ambition et l'intérêt. Saint Bernard conclut qu'il ne faut ni mé-

nnT.u- P'^^ fan^bition plus que la dévotion priser les appellations ni en abuser , mais que

qui attire a visiter les tombeaux des apôtres? l'abus est le pire , parce qu'il attire le mépris

^ est-ce pas de ces cris que retentit continuel- Il rapporte deux exemples notables de l'un et

lemen votre palais? Toute l'Italie n'est elle de l'autre arrivés à Paris. Un homme ^"oU

pas attentive a profiter de ses dépouilles avec fiancé ; le jour des noces tout étant prêt , et la

une avidité insatiable? compagnie assemblée , un autre , voulant lui

A 1 occasion de celle foule de solliciteurs qui ôter sa femme , interjette appel , disant qu'elle

accouroient a Rome de toutes parts, il parle de lui avoit été promise auparavant. Le fiancé et

is des appellations. C'étoit un elfet des *'^"^ ^'"^ acc:cio.^io ^«^.,^a » ,-.. 1^

ses décrélales , qui établissent comme une -ition aiX)stolique la liberté d'appeler des

evt^ues aux métropolitains et aux primats, et ce qu'on soit revenu de Rome.^Un aut'rlma-

de porter a Rome les affaires les plus difficiles riage , dont le jour étoit pris, fut arrêté par

ou les plus importantes. Une tous les évêques des gens qui prèlendoient qu'il ne pouvoit

vexes peuvent avoir recours au saint-siege, s'accomplir légitimement. La cause fut portée

^n^r^^^^A ^ ?"''' toutes les fois qu ils y sont au tribunal ecclésiastique; mais, sans attendre

T^i 1: ^"^ ^^ causes des évêques ne peu- la sentence, on appela seulement pour retar-

vent être jugées définitivement que par le der. Le fiancé méprisa cet appel, et ne laissa

^?t H • \ "^K? "^''""i qui se prétendent pas de se marier. Voyez donc , continue saint

\( xes doivent obtenir des délais toutes les Bernard , d'où vient que vous punissez pres-

lois qu lis appellent. Et comme l'autorité de que toujours le mépris des appellations et

ces décrétâtes étoit établie depuis près de que vous en dissimulez l'abus; Vous faites

irois cents ans, personne ne pensoit plus à ^-- -" ' ' -

S en délier ni à contester ces maximes (2). Saint Bernard suppose donc l'utilité et même la nécessité des appellations au saint-siége, il n'en attaque que les abus.

Ou appelle, dit il, à vous de tout le monde; c'est un témoignage de votre primauté; mais vous devez regarder l'utilité (3). Rien n'est

bien de renvoyer plusieurs causes sur les lieux à ceux qui peuvent en avoir une connoissance plus prompte el plus facile , et les décider plus sûrement ; mais prenez bien garde à qui vous les confiez.

Saint Bernard, parlant ensuite du désintéressement nécessaire à tout homme qui est audessus des autres, rend ce témoignage au pape

(1) Chr. Saxo, an- 1153. (2) Olto. c. Otto. c. 6. Sup. liv. Lxy\. (3; Ep. 8.

Il parle ensuite d un autre venu de delà les fl^ C 1 n Q 7 K . 17 . 1. '"^'''^ ' ^^ ^^^ extrémités du monde, pour ache-

(2) Anacl. Ep. , , c. 4 ; me 3^5^ Sup liv uv S' , ^^'^ ""^ ^^^""^« ^^»^ "« ^^êché , que l'on croit

n, c. i; in, c. i. Siit. 1, 2; \\y. L, n. 37, LI, n. 5! ' ' ■ __

tp. n,c. 2. Victor. Ep.i, (3; m, Cons. c. 2. l (1) Ep. 178. ^ (2) C. 3.

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

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An de J.-C. 1152 1

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