‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 2034 sur 2407 · LIX. Exemptions · texte numérisé non relu

LIX. Exemptions

Passant aux exemptions : C'est , dit-il, une plainte générale des églises, qu'elles sont tronquées et démembrées (1). On soustrait les abbés aux évéques, les évéquesaux archevêques, les archevêques aux primats. Vous montrez par-là quevousavez la plénitude de la puissance, mais peut-être aux dépens de la justice. 11 ne faut pas seulement regarder ee qui est permis, mais ce qui est bienséant, ce qui est expédient. N'est-il pas indécent de prendre votre volonté pour loi , et de négliger la raison pour n'exercer que votre puissance, parce que vous n'avez point de supérieur à qui on puisse appeler ? Il y a autant de bassesse que de hauteur à ne suivre que sa fantaisie : c'est vivre en bête. N'est-il pas indigne de vous de n'être pas content du total, si vous ne vous attribuez encore je ne sais connnent quelques petites portions ? Et ne m'alléguez point le fruit de ces exemptions. Les évêques en deviennent plus insolents , les moines plus relâchés , et même plus pauvres. Ils pèchent avec plus de licence, n'ayant personne pour les corriger ; et on les pille plus librement, parce qu ils n'ont personne pour les défendre. A qui auront-ils recours, aux évêques irrités du tort qu'on leur fait ? Ils regardent en riant les maux que font ou que souffrent ces malheureux moines. Vous serez coupable de tous ces maux , du scandale qui en résulte, des inimitiés, des discordes éternelles entre les églises.

Je doute même que vous ayez le pouvoir de consentir à ce qui produit tantde maux. Croyezvous qu'il vous soitpermisde confondre l'ordre et d'arracher les bornes posées par vos pères ? Vous vous trompez si vous croyezque votre puissance est la seule établie d^eDieu; comme elle est la première ; il y en a de moyennes, il y en a d'inférieures. Vous faites un monstre, si détachant un doigt de la main vous le joignez à la tête , au dessus de la main , à côté du bras; en un mot, si dans le corps de Jésus-Christ vous rangez les membres autrement qu il ne les a placés lui-même. L'ordre de la hiérarchie a Dieu pour auteur , et tire son origine du ciel; mais si un évéque dit : Je ne veux pas être soumis à un archevêque ou un abbé , je ne veux pas obéir à un évéque, cela ne vient pas du ciel. Je sais que vous avez le pouvoir de dispenser, mais pour l'édification seulement. Quand la nécessité presse , la dispense est excusable ; quand l'utilité le demande , elle est louable, je dis l'utilité commune , non celle du particulier. Il convient toutefois qu'il

y a quelques monastères exempts , suivant 1 intention des fondateurs, qui les ont donnés au saint-siège par une fondation particulière.

Enfin, dit-il, vous devez étendre vos réflexions sur toute l'Eglise pour voir si chacun y fait son devoir , mais particulièrement pour savoir comment vos ordonnances sont observées. Sans aller plus loin, je puis vous montrer qu'on n'observe point les règlements que vous avez publiés de votre bouche au concile de Reims , touchant la modestie des habits dans le clergé, et les ordres que doivent avoir les dignités des chapitres (1). Si vous croyez qu'on les observe, vous vous trompez ; si vous ne le croyez pas , vous avez eu tort ou d'ordonner des choses impraticables , ou de dissimuler l'inobservation de vos règlements. 11 y a déjà quatre ans qu'ils sont faits, et nous n'avons vu encore pour ce sujet aucun clerc privé de son bénétice , ni aucun évéque suspendu de ses fonctions ; ainsi , la négligence a produit 1 impunité, mère de Timpudence et du mépris des lois. On dit que Dieu ne se met pas en peine des habits, mais des mœurs; l'indécence lies iiabits est la marque du dérèglement des esprits et des mœurs.

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