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LXVI. Saint Bernard à Metz

Saint Bernard se sentoit défaillir de jour en jour, et ses confrères necroyoient pas qu1l put passer l'hiver où commença l'année mil cent cinquante-trois, mais il les assura qu il iroit jusqu'à l'été suivant. En cet état, quoique obligé à garder le lit, et souffrant de grandes douleurs , il ne laissoit pas de méditer les choses saintes , de dicter, de prier, d exhorter ses frères. H ne manqua presque jamais à célébrer la messe, jusqu'à ce qu il vint à la dernière défaillance. Il étoit ainsi malade quand il écrivit à son oncle André, chevalier du Temple, et un des principaux appuis du royaume de Jérusalem, qui lui avoit mandé le désir qu'il avoit de le venir voir. Si vous venez , dit-il , hâtez- vous , car je ne crois pas être long-temps sur la terre. Et, parlant des princes qui avoient été à la terre suinte : Ils n'y ont, dit il, rien fait de bon, et sont revenus promptement chez eux, où ils ont fait des maux incroyables. 11 écrivit en même temps, comme son oncle l'en avoit prié, à Mélisende, reine de Jérusalem , pour l'instruire de ses devoirs de veuve et de reine (1).

Cependant le peuple de Metz , ne pouvant souffrir les insultes des seigneurs voisins, sortit contre eux en grand nombre; mais il fut battu, el il en périt environ deux mille, tant tués que noyés dans la Moselle. Cette grande ville se préparoit à la vengeance, et leurs ennemis, enrichis par le butin, et encourages par la victoire, vouloient continuer la guerre qui avoit ruiné toute la province. Alors Hillin, archevêque de Trêves et métropolitain de Metz, crut que saint Bernard étoit le seul qui pût remédier à ces maux. Il vint à Clairvaux ; et , se jetant aux pieds du saint abbé et de tous les moines, il le conjuroit de venir au secours de ce peuple affligé. Il se trouva, par une providence singulière, que saint Bernard, après avoir été à .a mort, se portoit un peu mieux depuis quelques jours. 11 suivit l'archevêque ; et, quand ils fun»nt arrivés snr les lieux, on tint une conférence au bord de la Moselle , où, comme le saint abbé exhorloit les dtux partis à la paix , les soigneurs la refusèrent obstinément, et se levant en furie se retirèrent sans lui dire adieu. Ce n'étoit pas par mépris ,

(1) Vlla lib. v,C. 1. Kp.2.j:p. 289.

au contraire , c'étoit pas respect , n'ayant pas le front de lui résister en présence.

La conférence alloil se séparer en trouble, et on ne pensoil de part el d autre qu'à reprendre les armes , quand le saint abbé dit aux frères qui l'avoient suivi : Ne vous troublez point; la paix se fera, quoique avec beaucoup de difficulté. En effet, la nuit étant à moitié passée, il reçut une députation des seigneurs qui se repentoient de leur retraite; on se rassembla et on traita de la paix pendant quelques jours. Les difficultés furent grandes, on désespéra souvent de la conclusion; mais ce délai fut utile à plusieurs malades, auxquels le saint homme rendit la santé, et ces miracles ne contribuèrent pas peu à la conclusion de la paix, quoique d'ailleurs ils la retardassent, à cause du grand concours et de l'importunitè de la multitude. Pour s'en garantir, il fallut chercher une ile au milieu de la rivière, où les principaux des deux partis passoient en bateau : la se terminèrent les conférences. Entre les malades guéris en celte occasion, il y eut une femme qui, depuis dix-huit ans, étoit tourmentée d'un tremblement violent de tous les membres ; elle se vint présenter au saint dans le temps où l'on désespéroit presque delà paix, et la vue de sa misère attira tous les assistants. Ils virent tous, pendant que le serviteur de Dieu prioit pour elle, son tremblement cesser peu à peu, et enfin elle fut parfaitement guérie. Les plus durs en furent tellement touchés, qu'ils frappoient leur poitrine, et leurs acclamations durèrent près dune demi-heure. La foule du peuple, qui s'empressoit à baiser les pieds du saint, obligea à le mettre dans un bateau, et l'éloigner de terre; el comme il exhorloit ensuite les seigneurs à la paix, ils disoienlen soupirant : Il faut bien que nous écoulions celui que Dieu exauce si visiblement, el pour qui il lait de si grands miracles à nos yeux. Ce n'est pas pour moi qu'il les fait , dit saint Bernard, c'est pour vous. Le même jour, étant entré dans Metz pour presser Tévêque el le peuple de cons(»ntir à la paix, il guérit une femme paralytique de la ville, en sorte qu'ayant été apportée sur un lit, elle s'en retourna à pied. Enfin la paix fut conclue, les deux partis se réconcilièrent, se louchèrent la main et s'embrassèrent.

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