‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 205 sur 2407 · XXI. Martyre de saint Boniface · texte numérisé non relu

XXI. Martyre de saint Boniface

Enfin saint Boniface partit , et par le Rhin descendit en Frise , où il convertit et baptisa plusieurs milliers de païens , abattit des temples et éleva des églises (l). Il étoit aidé par Eoban, qu'il avoit ordonné évéque d'Utrecht après la mort de saint Yillebrod, et par dix autres compagnons, trois prêtres, trois diacres et quatre moines. Il avoit marqué un jour pour la confirmation de ceux qu'il venoit de baptiser apparemment à Pâques , et qui s'étoient retirés chacun chez eux. En les attendant il campoit avec sa suite sur la Bourde, rivière qui séparoit alors la Frise orientale de l'occidentale. Le jour venu , on vit paroitre dés le matin , non pas les néophytes que l'on attendoit , mais une troupe de païens furieux , armés d'écus et de lances , qui fondirent sur les tentes du saint évéque. Les serviteurs sortirent pour les repousser à main armée; mais saint Boniface, ayant oui le bruit, appela son clergé , et prenant les reliques qu'il portoit toujours avec lui , il sortit de sa tente et dit à ses gens : Mes enfants, cessez de combattre, l'Ecriture nous apprend de ne pas rendre le mal pour le mal. Le jour que j'attends depuis long-temps est arrivé, espérez en Dieu , et il sauvera vos âmes. Ensuite il exhorta les prêtres et ses autres compagnons à se préparer courageusement au martyre.

Aussitôt les païens les attaquèrent en furie, l'épée à la main, et les mirent tous à mort ; puis, joyeux de leur victoire, ils commencèrent à piller le camp. Ils emportèrent les coffres des livres et les châsses des reliques, croyant y trouver quantité d'or et d'argent. Ensuite ils allèrent piller les bateaux qui portoient les vivres , et en emportèrent le vin sans ouvrir les vaisseaux; mais, ayant reconnu ce que c'étoit, ils le burent avidement. Quand ce vint au partage du butin et des trésors qu'ils imaginoient dans ces coffres, ils prirent querelle, en vinrent aux mains, et plusieurs furent tués. Ceux qui restèrent coururent avec joie aux coffres, et les ayant rompus, ils furent bien surpris de n'y trouver que des livres. Be dépit ils les dispersèrent dans les campagnes , les jetèrent dans les roseaux des marais, et les cachèrent en divers lieux ; mais longtemps après ils furent trouvés entiers , ce que l'on regarda comme un miracle.

(1) ViUib. c. 11, n. 84. V. Mabill. t. 4, Act. p. 3.

Le martyre de saint Boniface arriva le cincpiième de juin , l'an sept cent cinquante-cinq , indiction huitième, quarante ans après qui! fut entré en Germanie, trente-six ans après son épiscopat, et la soixante-quinzième année de son âge. Les compagnons de son martyre furent jusqu'au nombre de cinquante-deux (1). Peu de temps après sa mort, Cuthbert, archevêque de Cantorbéry, ordonna en un concile de célébrer sa fête tous les ans, et il est encore honoré par l'Eglise universelle. Le bruit de sa mort s'étant répandu dans toute la province, les chrétiens rassemblèrent une grosse armée, et au bout de (rois jours attaquèrent les terres des païens, qui ne pouvant h'ur résister s'enfuirent, et il y eut un grand nombre de tués. Les chrétiens |)i lièrent leur pays, et emmenèrent leurs femmes, leurs enfants et leurs esclaves. Les païens, qui restèrent abattus de tant de maux, rentrèrent en eux-mêmes et se convertirent pour la plupart. Ainsi la mort de saint Boniface acheva louvrage qu il avoit commencé de son vivant.

Son corps fut porté d'abord à Utrecht , où on lenterra. Ensuite l'archevêqut* Lulle le fit transférer à Mayence , où le peuple voulut le retenir ; mais enfin la volonté du saint fut exécutée, et il fut enterré dans l'église de Fulde. On y rapporta aussi les livres que les païens avoient dispersés après sa mort, et on y en voit encore trois. Le premier contient les canons du nouveau Testament, c'est-à-dire l'ancienne concordance. Le second, teint du sang du martyr, contient la lettre de saint Léon à Théodore de Fréjus , le traité de saint Ambroise du Saint-Esprit, et plusieurs autres ouvrages (2). Le troisième est un fivredes évangiles, que l'on dit être écrit de la main de saint Boniface.

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