‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 2069 sur 2407 · LIVRE SOIXANTE-DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SOIXANTE-DIXIÈME

savez comment notre vénérable frère Esquil , archevêque de Lunden , revenant de Rome, a été pris par quelques impies, qui le retiennent encore en prison; et comment, en le prenant, ces scélérats se sont jetés sur lui et les siens , l'épée à la main, et les ont traités indignement après leur avoir tout ôlé. Le bruit de cet attentat s'est étendu jusqu'aux nations les plus éloignées; cependant on dit que vous l'avez dissimulé, au lieu d'employer contre les coupables le glaive que vous lavez reçu de Dieu pour la punition des méchants (1 ."Nous n'en comprenons pas la raison , puisque notre conscience ne nous reproche point de vous avoir offensé en rien; et qu'au contraire nous vous avons toujours aimé comme notre cher fils et comme prince très-chrélien. Vous devez vous renaettre devant les yeux combien la. sainte église romaine , votre mère, vous reçut agréablement l'autre année, et comme elle vous conféra de bon cœur la couronne impériale. Ce n'est pas que nous nous repentions d'avoir en tout rempli vos désirs ; au contraire , si vous aviez reçu de notre main de plus grands bénéfices , nous nous en réjouirions, en considération des biens que vous pouvez procurer à l'Eglise et à nous. Nous craignons donc que quelques gens mal intentionnés ne vous aient inspiré de l'aversion contre nous. Il conclut en lui recommandant les légats.

Cette lettre ayant été lue et fidèlement expliquée par Reinald, chancelier de l'empereur, en faveur de ceux qui n'entendoient pas le latin ; les seigneursqui éloient présents en lurent violemment indignés , parce qu'elle paroissoit pleine d'aigreur, et menacer de quelque grand mal. Mais ils furent principalement choqués de ce que le pape disoit qu'il avoit conféré à l'empereur la couronne impériale, et qu'il ne se repentiroit pas de lui avoir donné de plus grands bénéfices. Ce qui les portoit à prendre ces expressions à la rigueur , c'est qu'ils savoient que quelques Romains soutenoient que les rois d'Allemagne n'a voient possédé jusque-là l'empire de Rome et le royaume d'Italie , que par la donation des papes; et qu'ils vouloient transmettre à la postérité cette créance , non-seulement par les paroles et les écrits, mais encore par les peintures. Comme ils avoient fait à l'égard del'empereur Lothaire, le représentant dans le palais de Latran , qui recevoit à genoux la couronne de la main du pape , avec une inscription en ces termes : Le roi s'arrête à la porte, et, après avoir juré les droits de Rome , il devint vassal du pape , de qui il recevoit la couronne.

Quand l'empereur Fridéric vint à Rome en mil cent cinquante-cinq , il se plaignit de cette peinture et de cette inscription, et le pape Adrien lui avoit promis de la faire effacer : ce qui n'avoit pas été exécuté. Tout cela donc , joint à la lecture de la lettre , avant excité un

(l; Rom. XIII, 4.

grand bruit parmi les seigneurs allemands , on dit qu'un des légats les irrita encore plus en disant : De qui donc tient-il l'empire s'il ne le lient pas du pape.' Et qu'Olhon, comte palatin de Bavière , tira presque son épée , menaçant de lui couper la télé. L'empereur arrêta le tumulte par son autorité , mais il fit mener les légats à leur logis avec escorte , et leur ordonna de partir le lendemain de grand matin et de retourner droit à Rome , sans s'arrêter nulle part dans les terres des évêques ou desabbés. Cependant, il envoya une lettre par tous ses états , où il .se plaignoit que le pape vouloit altérer l'unicm entre l'empire et le sacerdoce ; et, après avoir raconté ce qui s'étoit passé à Besançon, il ajoutoit, parlant des légats : On les a trouvés saisis de plusieurs lettres scellées en blanc , pour y écrire ce qu'ils voudroient , et s'en servir, suivant leur coutume, à dépouiller les églises d'Allemagne, et en emporter les vases sacrés ; c'est pourquoi nous les avons renvoyés à RouKi par le même cliemin par lequel ils sont venus. Or, comme par l'élection des seigneurs nous tenons l'empire de Dieu seul , qui , lors de la passion de son fils , a soumis le monde au gouvernement des deux glaives; et comme l'ai)ôtre saint Pierre a dit (1) : Craignez Dieu , honorez le roi ; quiconque dira que nous avons reçu du pape la couronne impériale comme un bénéfice , s'oppose à l'institution divine et est coupable de mensonge. Nous vous exhortons donc à soutenir la dignité de l'empire , déclarant que nous sommes résolus à exposer notre; vie plutôt que d'en souffrir la diminution. 11 est remarquable que l'allégorie des deux glaives fut reçue comme une doctrine constante par ceux-mêmes qui combattoient les prétentions de la cour de Rome (-2).

Les deux légats , Roland et Bernard , étant retournés, racontèrent les mauvais traitements qu'ils avoient souffe: ts, elle péril qu'ils avoient couru, exagérant même la chose pour exciter d'autant plus le pape à en tirer vengeance. Sur quoi le clergé de Rome se trouva partagé : les uns étoient pour l'empereur, et accusoienl les légats d'imprudence ou d'ignorance ; d'autres étoient pour le pape. H écrivit sur ce sujet aux évêques d'Allemagne une lettre où , après avoir rapporté la manière dont ses légats avoient été traités, il ajoute (.i) : Comme ils sortoient de la présence de l'empereur, on dit qu'il avoit fiiit un édit pour défendre que personne ne vienne à Roukî de chez vous , et qu'il a mis des gardes à toutes les frontières du royaume. 11 exhorte ensuite les évêques à ramener l'empereur au droit chemin , et surtout à lui persuader de faire faire satisfaction par son chancelier Reinald et le comte palatin, qui avoient dit des paroles

(1) 2Pri. ir, 17.

(2) Sup. liv. L.xix, n. U.

(3) Radcv. C. 15. Ep. 3.

très injurieuses aux légats et à l'église romaine.

XXrV. Lellrc des évoques allemands au pape.

Les prélats d'Allemagne, après avoir concerté ensemble ce qu'ils dévoient répondre au pape Adrien , lui écrivirent une lettre où ils disoient : Les paroles de votre lettre ont tellement choqué l'empereur et tous les seigneurs , que nous ne pouvons les approuver ; mais, ayant reçu avec le respect convenable celle que vous nous avez écrite , nous avons averti l'empereur suivant votre ordre , et il nous a ainsi répfmdu en prince catholique : Il y a deux règles par lesquelles notre empire doit être conduit , les lois des empereurs, nos prédécesseurs, et le bon usage qu'ils ont suivi ; nous ne pouvons excéder les bornes. Nous n ndons volontairement au pape le respect qui lui est dû, mais nous ne reconnoissons tenir notre couronne que de la grâce de Dieu. L'archevêque de Mayence a la première voix dans l'élection, les autres seigneurs ensuite, selon leur rang ; nous recevons l'onction royale de l'archevêque de Cologne , l'impériale du pape , le surplus vient du mauvais (1). Nous n'avons point contraint, au mépris du pape, les cardinaux à sortir de nos terres ; mais nous ne leur avons pas permis de passer plus avant avec les écrits injurieux à notre dignité dont ils étoient porteurs. Nous n'avons point fait dédit pour fermer l'entrée et la sortie d'Italie; et nous ne prétendons point la fermer aux pèlerins ni aux autres qui vont à Rome pour des causes raisonnables, avec le témoignage de leurs évêques ou de leurs supérieurs. Mais nous prétendons nous opposer aux abus , par lesquels toutes les églises de notre royaume sont surchargées et atténuées, et la discipline des cloîtres presque détruite. Dieu s'est servi de l'empire pour mettre l'Eglise à la tête de l'univers; et l'Eglise veut à présent détruire l'empire : ce que nous ne croyons pas qui vienne de Dieu. On a commencé par une peinture , on y ajoute l'Ecriture : nous ne le souffrirons pas, nous quitterons plutôt la couronne. Qu'on efface les peintures et qu'on rétracte les écrits, afin qu'il ne reste pas de monumentséternelsd inimitié entre le royaume et le sacerdoce.

Après ce discours del'empereur, les évêques viennent à la satisfaction que le pape demandoit du comte palatin de Bavière , et du chancelier Reinald, et ils disent: Le comte palatin est absent , et le chancelier ne nous a rien dit qui ne tende à la paix , soutenant qu'il a défendu de tout son pouvoir les légats contre le peuple, qui en vouloit à leur vie, et tous ceux qui étoient présents en rendent témoignage. Au reste , nous supplions votre sainteté d'apaiser

. (1) Radev. c 10. Mallh. v, 37.

l'empereur par des écrits qui adoucissent les premiers , afin que l'Eglise soit tranquille sans que l'empire perde rien de sa dignité.

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