XXV. Le pape apaise l'empereur
Cependant l'empereur Fridéric , résolu de retourner en Italie, campa près d'Augsbourg, où ses troupes s'assembloiont (1), et envoya devant Reinald son chanceiii r et Othon, comte palatin de Bavière , qui s'avancèrent en Lombardie, faisant partout reconnoître l'empereur. Ce que le pape ayant appris, il envoya à ce prince deux nouveaux légats, Henri, prêtrecardinal du titre deSaint-Nérée, et Hyacinthe, diacre-cardinal de Sainte-Marie en l'école grecque, hommes prudents et plus propres que les premiers au maniement des affaires. Ils vinrent trouver à Modène les envoyés del'empereur , auxquels ils se présentèrent avec humilité ; et après qu'ils eurent exposé le sujet de leur légation , qui étoit de procurer la paix et l'honneur de l'empire, on les laissa passer (2). Etant arrivés à Trente, ils prirent avec eux l'évêque pour plus grande sûreté ; car , comme on sa voit que l'empereur n'étoit pas content du pape , plusieurs vouloient prendre ce prétexte pour piller les légats au passage des montagnes. En effet , deux comtes puissants en ces quartiers-là prirent les cardinaux et l'évêque, les dépouillèrent et les mirent aux fers , jusqu'à ce qu'un noble romain, fr 'îre du cardinal Hyacinthe, les délivra en se rendant en otage. Mais Henri, duc de Bavière et de Saxe , vengea peu de temps après celte violence.
Les légats, étant donc arrivés au camp de l'empereur près d'Augsbourg (3), furent admis à son audience ; et, après l'avoir salué respectueusement de la part du pape et des cardinaux, comme seigneur et empereur de Rome et du monde , ils lui témoignèrent le déplaisir que sentoit le pape d'avoir encouru son indignation, quoiqu'il ne crût pas l'avoir méritée; et présentèrent une lettre qui fut lue et interprétée par Othon, évêque de Frisingue, à qui cette division entre 1 empire et le sacerdoce, causoit une douleur singulière, comme témoigne Radevic, son disciple. La lettre portoit en substance (4), que l'empereur n'avoit pas dû être choqué du mot du bénéfice, beneficium ^ employé dans la première lettre du pape, parce qu'il ne l'avoit point employé pour signifier un fief, comme il étoit ordinaire en ce tempslà , et n'avoit point voulu dire que l'empereur fût son vassal ; mais il avoit employé ce mot selon l'usage commun de la langue latine, pour signifier un bienfait, comme il se trouve dans les saintes Ecritures. Il explique de mêmecette expression : Nous vous avons conféré la couronne,
ni
(4) Ep.i,
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
contulimus , et déclare qu'il n'a voulu dire autre chose, sinon: Nous vous l'avons imposée. Il attribue à des ^ens mal intenti(»nnés ces mauvaises interprétations, cl linit en recommandant à l'empereur ses nouveaux légats , Henri et Hyacinthe, qu'il dit avoir envoyés par le conseil de Henri , duc de Bavière et de Saxe. L'empereur fut content de cette lettre ( 1 ) ; mais il expliqua aux légats quelques autres articles, qui pourroient causer de la discorde si on n'y meltoit ordre , sur quoi les légats lui répondirent suivant son d.'sir, et promirent que le pape conserveroit en tout les droits et la dignité de l'empire. Alors l'empereur déclara qu'il rendroit son amitié au pape et au clergé de Rome, en signe de quoi il donna aux légats le baiser de paix, tant pour eux que pour les absents. Il leur fit des présents , et les renvoya pleins de joie.
AndeJ.-C 1159. ]