XXVII. Assemblée de Roncaille
L'empereur Fridéric avoit convoqué une assemblée générale à Roncaille, entre Plaisance et Crémone, pour la Saint Martin de 1 année mil cent cinquante-huit, et elle commença en otTet le vingt-troisième de novembre (1). il s'y trouva un grand nombre de prélats, savoir, Fridéric, archevêque de Cologne , et cinq évé^ ques allemands; des Italiens, Guy de Crème cardinal-diacre et légat du pape; Pélegrin, patriarche d'Aquiléc; Obert ou Hubert, archevêque de Milan, et vingt-deux évéques. Il y avoit aussi plusieurs seigneurs avec les consuls et les juges des villes de Lombardie , et quatre docteurs fameux qui enseignoient le droit romain à Boulogne, savoir, Rulj^are, Martin, Jacques et Hugues, disciples de Garnier, qui avoit renouvelé cette étude. L'empereur appela ces quatre docteurs , et leur ordonna de lui déclarer en vérité tous les droits régaliens qui lui appartenoient en Lombardie comme empereur. Ils s'excusèrent de le faire sans prendre le conseil des autres juges : ce que l'empereur leur ayant accordé, ils s'assemblèrent au nombre de trente-deux ; et, après avoir conféré ensemble, ils rapportèrent à l'empereur , en présence des seigneurs et des consuls des villes, ce qu'ils avoient trouvé et mis par écrit. C'est à savoir que les régales ou droits régaliens éloient les duchés, marquisats, comtés, consulats, monnoies; le fourrage ou substance des troupes mMwmdfodrum en latin du temps; letonlieu, péages et autres tributs, les moulins, pêcheries et tout revenu du cours des rivières, le cens réel et la capitation personnelle (:2). Obert, archevêque de Milan, avec les consuls de la ville et tous les autres évéques de Lombardie , qui étoient présents aussi bien que les seigneurs, renoncèrent publiquement entre les mains de l'empereur à tous ces droits qui avoient été déclarés régaliens ; mais l'empereur en confirma la possession à tous ceux qui en purent montrer des titres valables ; et toutefois il s en trouva d'usurpés pour trente mille marcs d'argent de revenu annuel. En cette assemblée de Roncaille, l'empereur Fridéric fit plusieurs lois, prin( ipalement pour établir la paix et la sûreté publique (3). Il en * fit une en particulier pour les étudiants , à l'occasion , siuis doute , de l'école de Boulogne qui étoit di'jà célèbre. Cette constitution porte que
fl) Ollo. Morona res.
Laud. p. 81S, cdit. Leib.
Kadev. n, c. 3.
.2) Radev. c. 5. V Cang.
Gloss. Ott. Mor.
(3 Rad. c. 7. Autheul.
ad lit. Ne fd. propat. iv, Cod. 13.
les écoliers ipii voyagent à cause de leurs études, et principalement les professeurs des I(âs divines et impériales, pourront venir et habiter sûrement , eux et leurs messagers , aux lieux où on exerce les études ; que p^Tsonne ne soit assez osé pour leur faire injure, ni user de représailles contre eux pour les crimes ou les dettes de quelqu'autre province ; de quoi les gouverneurs des lieux seront responsables. Si quelqu'un intente un procès contre eux , ils auront le choix de plaider devant leur seigneur ou leur professeur, ou l évêque de la ville, sous peine à celui qui voudroit les traduire devant un autre juge de perdre sa cause. C'est la première loi cjui» je trouve en ces derniers siècles pour établir les privilèges des étudiants.