XXXVI. Suite des différents entre le pape et l'empereur
Après la fête de Pâques, qui l'an mil cent cinquante-neuf fut le douzième d'avril, l'empereur Fridéric tint une assemblée en son camp, prés de Boulogne, pour juger les Milanois, qui s'étoient révoltés contre lui (3). A cette assemblée se trouvèrent quatre cardinaux-légats du pape Adrien, savoir: deux prêtres, Octavien du titre de Sainte-Cécile, et Henri de Saint-Nérée , et deux diacres , Guil laume, auparavant archidiacre de Pavie, et Guy de Crème. Il y avoit aussi des députés du sénat et du peuple romain. Les cardinaux dirent que le pape demandoit l'exécution du traité de paix fait avec le pape Eugène; puis ils firent les propositions suivantes : L'empe-
(1) n,C. 15, 19; 111, C. 4, 5, 15; VIU,C. 2f);lV, C. 3;
VU, C. lu.
2, 3, etc.; V,C. 13.
(4) Métal. I, c. 5.
(1) II, c. 6,7; llf, C. 1; II, C.19; m, C2: II, C 8K.1«.
(3 Kadev. il, c. 29, 30.
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reur n'enverra point de nonce à Rome à l'insu du pape, puisque toute la magistrature y appartient à saint Pierre avec toutes les régales ; il ne lèvera point de droit de fourrage sur les domaines du pape, sinon au temps de son couronnement; les évêques d'Italie ne lui feront qiK^ serment de fidélité sans hommage; ses non» es ne logeront point dans les palais des èvêques. De plus, le pape demandoit la restitution de plusieurs terres, et des tributs de Fcrrare, de Masse, de toutes les terres de la comtesse Mathilde, de tout le pays depuis Aquapendente jusqu'à Rome , du duché de Spolète , et des lies de Sardaigne et de Corse.
A ces propositions du pape, l'empereur dit : (^)uoique je ne doive pas répondre sur des articles si importants sans le conseil des seigneurs, je ne laisse pas de vous dire, dès à présent, que je ne demande point d'hommage aux èvêques d'Italie, s'ils veulent ne rien posséder de mes régales. Mais s'ils écoutent volontiers le pape quand il leur dit : Qu'avezvous affaire du roi? Je leur dirai aussi : Qu'avez-vous affaire de terres ? H dit que nos nonces ne doivent pas être reçus dans les palais des èvêques. J'en conviens, pourvu que ces palais soient bâtis sur le fonds des èvêques et non sur le nôtre, car la superficie cède au fonds. 11 dit que la m«igislrature et les régales de Rome appartiennent à saint Pierre. Cet article est important, et auroit besoin d'une plus mûre délibération; car, puisque je suis empereur romain par l'ordre de Hic^u , je ne porte qu'un vain titre si Rome n'est pas en ma puissance.
L'empereur offroit toutefois de rendre justice au pape sur tous les chefs dont il se plaignoit, pourvu que le pape la lui rendit aussi de son côté sur plusieurs griefs qu'il proposoit; mais les légats ne vouloient point mettre les droits du pape en compromis, prétendant qu'il ne se p<3uvoit soumettre au jugement de personne. Les griefs de l'empereur étoient, que le pape avoit manqué au traité par lequel il avoit promis de ne se réconcilier avec les Grecs , le roi de Si( ile et les Romains, que du consentement de l'empereur ; que les cardinaux passoient librement par son royaume sans sa permission; qu'ils entroiiMit dans les palais des èvêques, qui appartenoient au roi, et qu'ils étoient à charge aux églises. Enfin, il %v plaignoit des appellations injustes et de plusieurs autres désordres (1 ). Les légats dirent qu'ils ne pouvoient rien faire sans savoir la volonté du pape; ainsi on résolut qu'il c hoisiroit six cardinaux , et l'empereur six èvêques, pour examiner et terminer cette aftiiire. On en lit la proposition au pape; mais il la rejeta, disant toujours qu il ne vouloit point d'autre paix que celle qui avoit été faite avec le pape Eugène. L'empereur, de son côté , refusa de s'en tenir à ce traité , et prit à témoin tous les
èvêques et les seigneurs allemands et lombards , qu'il offroit de rendre en tout justice au pape, à condition que le pape aussi la lui rendroit. Les députés des Romains , qui étoient présents , demeuroient étonnés et indignés de ce qu'ils entendoient; et l'empereur résolut d'envoyer à Rome pour faire la paix , du moins avec eux , si le pape persistoit à la refuser.