XXXVIII. Lettres pour Alexandre
Cependant le pape Alexandre étoit à Terracine, d'où, par le conseil des évêques et des cardinaux, il envoya des nonces à l'empereur Fridéric, qui étoit en Lombardie, occupé au siège de Crème ; mais l'empereur , prévenu pour Octavien et irrité contre Alexandre depuis la légation de Besançon , reçut mal ses nonces, et ne fit point de réponse à sa lettre. Alexandre écrivit aussi une grande lettre à Gérard , évêque de Boulogne, aux chanoines de son église, et aux docteurs légistes et autres de la même ville : ce (jui marque en qiicUe considération étoit dès lors l'école de Boulogne (1). En cette lettre, Alexandre raconte tout ce qui s'éloit passé à son élection (ît à son ordination, connue je l'ai rapporté, ajoutant qii'Octavien, quoiqu il eut emf)loyé les menaces de l'empereur et la violence des laïques, n'ayoit encore pu trouver d'évêque qui lui voulût imposer les mains. Ce qui maniue que la lettre est écrite vers la fin de septembre , entre le sacre d'Alexandre et celui d Octavien. Après ce récit, Alexandre exhorte le clergé et les docteurs de Boulogne à demeurer fermes dans l unité de l'église romaine, et à rejeter les écrits (|ui leur pourroient venir de la part d Octavien. Il ajoute : Sachez aussi que, huit jours après notre sacre, (jui est le terme que nous lui avions donné pour se reconnoltre , nous l'avons exconnnunié solennellement avec 1( s cierges allumés, lui et tous ceux qui oseront lui imposer les mains pour lui donner une ordination sacrilège.
Les cardinaux , attachés au pape Alexandre, écrivirent aussi une lettre à l empereur Fridéric, dans le titre de laquelle ils se nonnnent au nombre de vingt-deux, savoir, cinq évêques (2) : Grégoire de Sabine, Ubalde d'Ostie, Jules de Préneste, Bernard de Porto, Gautier d'Albane, c'est-à-dire tous les cardinaux-évêques, excepté Imar de Tusculum , partisan d'Octavien. Ensuite sont les noms de huit cardinaux-prêtres et de neuf diacres. C'est tout ce qu'il y avoit alors de cardinaux, avec les cinq du parti d'Octavien, car il n'y en avoit point de neutres. Ceux d'Alexandre, après avoir représenté à IVmpereur l'obligation qu'il a de
secourir
l'église
romaine, racontent ce qui s'éloit passé dans l'élection , (employant les mêmes termes de la lettre d'Alexandre ; puis ils ajoutent : Votre majesté doit savoir de plus qu'Othon, comte palatin, prenant occasion de l'intrusion d'Octavien, nous a persécutés, le pape Alexandre et nous , et s'est efforcé de diviser l'Eglise. Car il est entré violemment avec Octavien dans la Campanie et le patrimoine de saint Pierre , et a fait tous ses efforts pour lui soumettre» ces provinces. C'est pourquoi nous vous supplions, comme défenseiir
spécial de l'église romaine, d'apporter le remèd(» convenable à ces maux , et ne donner aucune protection à l'usurpateur.