XL. Dôpulalion de rempcrcur à Ali'\andre
L'empereur Fridéric, ayant reçu les lettres des deux partis, résolut, par le conseil des sel-
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HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[ An dcJ.-C. 1159.
gneurs, d'assembler un concile (1), croyant en avoir l'autorité, à Texeraple des anciens empereurs, comme Juslinien, Théodose et Charlemagne ; et pour cet effet il envoya citer les deux prétendus papes par deux évéques, Daniel de Prague et Hermann de Verdun. La lettre de l'empereur au pape Alexandre le nommoit seulement Roland chancelier , et étoit aussi adressée aux cardinaux qui l'avoient élu. 11 y disoit que pour remédier au schisme il avoit résolu de tenir à Pavie une cour ou assemblée générale dans l'octave de l'Epiphanie, où il avoit appelé tous les évéques de Tempire et des autres royaumes, savoir: d'Angleterre, de France, de Hongrie, de Danemarck , afin que celte grande affaire fut terminée par un jugement ecclésiastique, sans que les séculiers en prissent connoissance. Il ordonnoit donc à Roland et aux cardinaux de son parti , de la part de Dieu et de toute l'Eglise, de venir à cette assemblée, offrant de les y faire conduire en sûreté par les deux évéques députés et par le comte palatin (2). Dans la lettre circulaire aux évéques pour les appeler au concile, l'empereur disoit: Ayant assemblé les évéques italiens et allemands avec les seigneurs et des personnes pieuses et zélées pour l'Eglise, nous avons trouvé, suivant les décrets des papes et les régies ecclésiastiques, que, lorsqu'il s'élève un schisme dans l'église romaine, nous devons appeler les deux prétendus papes et décider la contestation suivant le conseil des orthodoxes. La lettre finit par une défense à l'évéque à qui elle s'adresse de prendre un parti en Ire les deux papes. Elle est datée de Crème , le vingt-troisième d'octobre.
Les deux évéques de Prague et de A'erden , députés de l'empereur, étant arrivés à Anagni', où étoit le pape Alexandre, entrèrent dans son palais, et s'assirent devant lui avec les cardinaux et plusieurs autres , tant clercs que laïques , sans lui rendre le respect convenable à sa dignité, parce qu ils ne le reconnoissoient pas pour pape (3). Ils dirent leur charge, et présentèrent la lettre dercmpereur,scellée d'or, à la lecture de laquelle les cardinaux furent troublés, craignant d'une part la violenced'un prince si puissant, et de lautre la diminution de la liberté de l'Eglise. Après une longue délibératioM, ils résolurent de demeurer fermes dans l'obéissance d'Alexandre, à quelques périls qu'ils se dussent exposer. Et, comme les envoyés du roi pressoient pour avoir réponse, le pape Alexandre répondit ainsi devant tout le monde : Nous reconnoissons l'empereur pour a voué et défenseur de l'église romaine, et nous prétendons l'honorer au-dessus de tous les princes de la terre, pourvu que l'honneur du roi des rois n'y soit point intéressé. C'est pourquoi nous sommes surpris de la manière dont
Cl) Radev. ii, c. 5i.
(3) Acla ap. Bar.
il nous traite contre la coutume de ses prédécesseurs , en convoquant un concile sans notre participation , et nous ordonnant de nous trouver en sa présence, comme s'il avoit puissance sur nous. Or, Jésus-Christ a donné à saint Pierre , et par lui à l'église romaine, ce privilège, qui s'est conservé jusqu'à présent, qu'elle juge les causes de toutes les églises sans avoir jamais été soumise au jugement de personne. JNous ne pouvons donc assez nous étonner que ce privilège soit attaqué par celui qui devroit le défendre contre les autres; la tradition canonique et l'autorité des pères ne nous permet pasd'aller à sa cour et de subir son jugement; les avoués des moindres églises et les seigneurs particuliers ne s'attribuent pas la décision de ces sortes de» causes , mais ils attendent le jugement de leurs métropolitains ou du saint-siège. C'est pourquoi nous serions très-coupable devant Dieu si , par notre ignorance ou notre foiblesse, nous laissions réduire l'Eglise en servitude. Nous sommes prêt à nous exposer plutôt aux derniers périls, à l'exemple de nos pères. Telle fut la réponse du pape Alexandre.
Nous avons vu, toutefois, qu'en l'année quatre cent dix-huit, lorsque l'antipape Eulalius fut élu contre le pape Honiface , l'empereur Honorius prit connoissance de l'afliiire , fit tenir un concile à Ravenne,où il faisoit sa résidence , commit un èv(kjue pour officier à Rome pendant le schisme, et ayant reconnu la vérité, fit chasser Eulalius et maintint Roniface dans le saint-siège. Les actes en sont conservés à Rome, et le cardinal IJaronius les a insérés en ses annales (1). Nous avons vu encore que, quatre-vingts ans après, le schisme de Symmaque et de Laurent fut terminé de la même manière. On convint que les deux contendants iroient à Ravenne subir le jugement du roi Théodoric , tout arien qu'il étoit : et ce fut luiqui décida enfaveur du pape Symmaque. Mais apparemment le pape Alexandre III n'étoit pas instruit de ces laits. Or, suivant sa prétention, il seroit impossible de finir un schisme , puisque chacun des contendants , se disant pape légitime, prétendroil également ne pouvoir être jugé sur la terre.
Les deux évéques, envoyés par l'empereur Eridéric, étant indignés delà réponse du pape Alexandre, allèrent à Segni trouver l'antipape Octavien , et lui baisèrent les pieds (:>). Ollion, comte palatin, qui étoit à Home avec des Allemands, en fit autant, ce qui haussa beaucoup le courage à l'antipape. Mais l'empereur , s'étant ainsi déclaré pour lui , donna juste sujet à Alexandre de ne pas aller à l'assemblée de Pavie, et ne se pas mettre entre ses mains. Cependant il envoya des légats de tous côtés, en France et en Espagne, trois cardinaux, deux prêtres : Antoine, du titre de
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