XLII. Jugement en faveur d Octavien
Après que Taffaire eut été examinée pendant sept jours, le concile prononça en faveur d'Octavien, qui étoit présent, et avoit des défenseurs de sa cause, et condamna Roland piir contumace, comme ayant refusé de se présenter au concile, où il avoit été cité légitimement (1). La sentence fut portée à l'empereur, qui la reçut avec respect , et lapprouva ; puis on appela Victor à l'église, où il lut reçu avec grande solennité , et recimnii pour pape. L empereur lui rendit à la porte le respect accoutumé, conuiie Conslanlin à saint Sylvestre, ce sont les paroles de Ihislorien; puis, le prenant par la main , le mena jusqu'à son siège, et l'intronisa.
On voit encore plus de détail dans la lettre circulaire des présidents du concile (2). Ils disent que la cause y a été traitée canoniquement, sans aucune intervealion de jugement séculier ; et , après avoir rapporté la substance de l'information, ils ajoutent, aux témoins qui y sont nommés, Pierre, préfet de Rome , quatre autres qu'ils nonunenl, et plusieurs qu'ils ne nomment pas , tous nobles romains, venus par ordre delempi reur. Ils ont voulu jurer , dit la lettre, mais nous avo:is cru devoir en dispenser les laïques, ayant ui\ (émoignage suftisaiit de plusieurs prêtres. Ensuite Ikrmann, évOquede Verdun, Daniel, évêque de Prague , Olhon , comte palatin , et le prévôt
(1) Rad. c. 05 68.
Hébert , que l'empereur avoit envoyés à Rome pour citer les parties, par le conseil de vingtdeux évêques et des abbés de Cîleaux et de Clairvaux, (mt rendu témoignage qu'ils avoient cité le chancelier Roland et son parti, par trois citations solennelles, pour venir à Pavie se présenter au jugement de l'Eglise , et que Roland et ses cardinaux ont répondu de vive voix qu'ils ne vouloient se soumettre ni au jugement ni à l'examen.
Ils ajoutent que l'élection de Victor, ayant été approuvée par le concile, l'a aussi été par l'empereur après tout le clergé, i)uis par tous les seigneurs, et par une multitude innombrable qui étoit présente. Ils continuent : Le lendemain , qui étoit le premier vendredi de carême, c étoit en mil cent soixante, le douzième (le février, le pa[)e Victor fut mené en procession de l'égliëe de Saint-Sauveur hors de la ville où il logeoil, à l'église cathédrale. L'empereur le reçut à la porte, lui tint l'étrier comme il descendoit de cheval, le prit piir la main, le conduisit jusqu à l'autel, et lui baisa les pieds ; nous les baisâmes tous aussi. L(î lendemain samedi, le pape, en plein concile, et iKius avec lui, tenant des cierges allumés, analhèmalisâmes le chanc(*lier Roland , scliismalique , et ses principaux fauteurs. j\ous vous prions donc et vous exhortons à tenir pour ferme et arrêté ce que l'Eglise assemblée a ordonné, et à prier pour la conservation du pap»? Victor. La lettre est souscrite premièrement par Péregrin , patriarche d'Aquilée, puis par Arnold, archevêque deMayence, Artvic de Rrême, Reinald de (^ologne, et Viéman de Magdebourg. Ces quatre archevêques étoient pré .ents , avec quelques-uns de leurs sufi'raganls ; les archevê [ues de Resanç(»n, d'Arles, de i.you, de Vienne, et Guy, évêque élu de Ravenne, consentirent seulement par leurs députés (1). On voit aussi les sous: riplions des évêque:- de Termo, de l'erenline, de Mantone, de lijT'.;anie et do l'aience. IMais il n'y a pas grande sûreté à ces souscriptions, connue il paroit par celle du roi d'Angleterre; (ar nous allons voir qji'il n'adhéra pas à ce concile , non plus que l'archevêciue d(» Trèvi»s . qui, elaiil d^'uieurè malade en chemin, envoya des leUr-AS d'excuse.
XLIil. Suite du concile de Pavie.
L'empereur Fridêric écrivit aussi à Eb.»rard, archevêque de Sallzbourg, et à s(»s suffraganls, où il insiste» princip:demen( sur la prétendue conjuralion faite contre lui, du vivant du pape Adrien , par le chancelier Roland, et en apporte celte pre:ive (2) : Comme nous délibérions sur ce (pi'ily avoit à faire touchant le schisme , l'archevêque dc^ Tarantaise , les abbés de (Clairvaux , de Morimond , et dix autres, survinrent, comme si Dieu les eût envoyés, demandant la paix pour les INlilanois.
Nous leur dîmes notre intention , et ils retournèrent à Milan pour savoir celle du peuple, qui leur répondit : Nous sommes engagés, par serment au pape et aux cardinaux , de ne point faire de paix avec l'empereur sans leur ajnsentement. Les abbés répliquèrent : VoXjs n'êtes plus engagés au pape , puisqu'il est mort. Mais, reprirent les Miîanois, nous sommes engagés aux cardinaux , et eux à nous. L'empereur avoue ensuite qu'on reprochoit au pape Victor d'avoir été élu par le moindre nombre des cardinaux. La lettre est du quinzième de février.
Eberard , évêque de Ramberg , qui étoit auprès de l'empereur, écrivit en son particulier à l'archevêque de Sallzbcmrg ce qui s'étoit passé à Pavie (1). D'abord, dit-il, presque tous étoient d'avis de dilîérer jusqu'à une plus grande connoissancede l'affaire , et un concile plus général ; toutefois, le parti du pape Victor l'a emporté, principalement à cause de la conjuration contre l'empire. Ainsi nous l'avons reçu par l'espérance de la paix et de l'union entnî le royaume et le sacerdoce. Et ensuite : L'envoyé du roi de France a promis que son maître ne reconnottra ni l'un ni l'autre jusqu'à ce qu'il ait reçu les envoyés de l'empereur-, l'envoyé du roi d'Angleterre a promis qu'il feroit la même chose. Les archevêques d'Arles, de Vienne, de Lyon et de Resancon ont consenti par leurs lettres et leurs députés. Celui de Trêves est le seul de cette partie d'Allemagne qui n'ait pas consenti , mais ses sulTragants l'ont tous fait , il ne reste que vous.
Henri, prévôt de Rerthesgade, écrivit aussi à l'archevêque de Saltzbourg sur le même sujet; et sa lettre contient plusieurs particularités remarquables du concile de Pavie. Le patriarche d Aquilée, dit-il, et quehiues autres ont obéi , à cause des besoins de l'empire, sauf la censure de l'église catholique. Les évêques de Ramberg, de Passau et de Ratisbonne ont imité le patriarche. Pour la confirmation de ce qui a été fait, on envoie des députés, savoir, l'archevêque de Cologne en France, l'évêque de Verdun en Espagne», et celui de l^rague en Hongrie. L'empereur Fridéric envoya aussi aux rois d'Angleterre, de Daneniarck et de Rohême , et à l'empereur Manuel (-2).
Toutes ces lettres furent écrites à Eberard, archevêque de Saltzlxmrg, parce que, s'étant inis en chemin pour venir au concile de Pavie, il tomba grièvement malade à Vienne , et fut obligé de s'y arrêter et de retourner chez ïui (3). Ici finit 1 histoire de l'empereur Fridéric, écrite par Radevic, chanoine de Frisingue, et imjmrtante par les pièces qu'il y a J'I^^'rées. Gunlher, qui a mis en vers la même histoire dans son poème intitulé Ligurùius , finit aussi au même endroit, c'est-à-dire au
yi) V. C.7i.
\:i) Kaclev. c. ou.
commencement du schisme d'Alexandre et d Octavien, et à l'entrée de l'empereur à Parie après la prise de Crème.
L'empereur Fridéric publia ensuite un édit par tous ses états, c'est-à-dire en Italie et en Allemagne, par lequel il ordonnoit à tous les évêques de reconnoître le pape Victor, sous peine de bannissement perpétuel. Plusieurs choisirent l'exil plutôt que d'entrer dans le schisme; et à leur place on mit par violence des partisans de l'antipape : ce qui causa un grand trouble dans l'Eglise. Alexandre, de son côté, après avoir plusieurs fois exhorté Fridéric à revenir de son erreur, l'excommunia solennellement à Anagni le jeudi-saint, vingt-quatrième de mars, mil cent soixante, étant assisté des évêques et des cardinaux ; et en même temps , suivant la coutume ancienne de ses prédécesseurs , il déclara tous ceux qui avoient juré fidélité à ce prince absous de leur serment. Ainsi parle l'auteur de la vie d'Alexandre; mais nous avons vu que cette coutume n'avoit commencé qu'à (irégoire VII , environ quatre-vingts ans auparavant; et il ne paroît pas que Fridéric ait été moins obéi ni moins reconnu emp(Teur après cette excommunication que devant (1). Alexandre renouvela aussi l'excommunication contre Octavien et ses complices ; et , pour dissiper les mensonges qu'ils avoient répandus de tous côtés, il envoya des légats en diverses provinces.