‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 2096 sur 2407 · LXVII. Lettres de Jean de Sarisbéry · texte numérisé non relu

LXVII. Lettres de Jean de Sarisbéry

On voit encore mieux ce qui se passa en Angleterre sur l'affaire du schisme par les lettres de Sarisbéry, qui étoit alors ciiap»'lain et secrétaire de Thibaut , archevêque deCantorbéry (2). Ce prélat , ou plutôt Jean , sous son nom , écrivit donc au roi d'Angleterre en ces termes : Le schisme de l'église romaine excite ceux qui aiment la nouveauté et encourage les audacieux ; car, chez nous , les uns prétendent aller trouver Alexandre , les autres Victor. Pour nous , nous ne savons lequel des deux a la meilleure cause ; nous ne pouvons retenir ceux qui vont par légèreté vers l'un ou l'autre, et nous ne croyons pas permis do roconnoitre l'un des deux dans votre royaume sans votre conseil, tandis que la chose est en suspens. Que ferons-nous donc, nous qui sommes plus soumis à vos ordres que les autres, et plus engagés à l'église romaine, étant obligés par notre serment à la visiter en certains temps? C'est que l'on prenoit alors sérieusement la promesse que font les évêques d'aller à Rome tous les trois ans ou tous les cinq ans , suivant la distance des lieux , qui n'est plus regardée que comme de style. L'archevêque continue : Or, il seroit dangereux pour nous d être prévenus auprès du pape, qui l'emportera, par ceux qui ont reçu moins d'honneur que nous de l'église romaine. Nous attendons et désirons sur tout cela votre conseil et votre secours. En cette lettre, l'archevêque Thibaut témoigne qu'il n'a plus guère à vivre, à cause de son grand âge et de ses infirmités.

Le roi Henri étoit absent d'Angleterre, comme l'archevêque le dit expressément dans une autre lettre , c'est-à-dire qu'il étoit en Normandie, où il faisoit sa résidence ordinaire. Dans cette autre lettre, l'archevêque dit : Nous

(i: Sup n. 31. Matlh.

Paris, an. 1100.

(3) Ap. Jo. Sarisb. Ep.

avons apprir. certainement que l'église gallicane a reçu Alexandre et rej(»té Oclavien ; et, autant que l'on peut ronnoitre humainement, il semble qu'elle a pris le meilleur parti , car tout le monde convient qu'Alexandre a plus de réputation, de prudence, de lettres, d'éloquence; tous ceux qui viennent de là disent que sa cause est la plus juste, et, quoique nous n avons encore reçu ni nonce, ni lettres de l'un ni de l'autre , nous savons que tous les Anglais ont plus d'inclination pour Alexandre, si vous y joignez votre consentement. Or, nous avons ouï-dire que l'empereur s'efforce de vous attirer au parti d'Octavien. Mais à Dieu ne plaise que, dans un si grand péril de l'Eglise, vous fassiez par respect humain autre chose que ce qui lui doit être agréable, en soumettant toute l'église de votre royaume à un homme qui, comme on le dit publiquement, a envahi le saint-siège sans élection , sans vocation divine, par la faveur de l'empiTeur seul ; car presque toute l'église romaine est du cùté d'Alexandre. Or, nous avons appris par la lecture qu'en cas pareil ceux que l'église gallicane a reçus ont prévalu , comme de notre temps Innocent contre Pierre, Calliste contre Bourdin, LrbaincontreGuibert, Pascal contre trois antipapes, et plusieurs autres du temps de nos pères. Mais vous ne devez rien faire, en une afTiiire de cette importance, sans le conseil de votre clergé.

Quand on eut appris en Angleterre ce qui s'étoit passé à Pavie, Jean de Sarisbéry en écrivit ainsi à un docteur anglois de ses amis , nommé Raoul de Serre , qui , étant à Keims , lui avoit écrit au sujet du schisme (Ij: Nous craignons extrêmement, dit -il, que l'empereur d Allemagne ne surprenne notre prince par ses artifices ; mais il me s<'mble que le conventicule de Pavie, loin de toucher une personne raisonnable, affermit l'élection d'Alexandre par le témoignage de ses adversaires. Car, pour ne point parler de la témérité d'avoir osé juger l'église romaine réservée au jugement de Dieu seul, ni des autres nullités de la procédure, tout ce qui s'est fait à Pavie est contre l'équité , les lois et les canons. On a condamné des absents , sans avoir examiné la cause, qui devoit même Têtre ailleurs et par d autres. Mais, dira-t-on, ils ont affecté de s'absenter. C'est ignorer ou dissimuler le privilège de l'église romaine. Qui a soumis l'Eglise universelle au jugement d'une églises particulière? Qui a établi hs Allemands juges des autres nations? Qui a autorisé des hommes brutaux et impétueux |K)u.- donner à leur fantaisie un chef à tous les hommes? Mais je sais le dessein de l'empereur, car j'étois à Home, sous le pape Eugène , lorsqu'à la première ambassade que ce prince envoya au commencement de son règne il découvrit sa pensée. II promettoit de rétablir la grandeur de l'empire ,

(1^ Fp.50.

AndcJ.-C.lloO.

et (le soumettre facilement à Rome toute la terre, pourvu que le pap(; lui aidât, en excommuniant ceux à qui l'empereur déclareroit la g-uerre. Il ne trouva pas alors un pape disposé à une telle iniquité ; c'est pourquoi il en a voulu faire un qui lui fût dévoué. Et ensuite :

Tous les jugements doivent être libres , mais surtout les jugements ecclésiastiques, au lieu qu'en celui-ci ce n'a été que violence d une part, et artifice de l'autre: les juges assemblés en présence d'une armée, menacés, intimidés, ont précipité leur sentence. On prétend avoir prouvé que 1 élection de Victor a été la première et la plus canonique ; mais comment l'at-on prouvé? Le doyen de Saint-Pierre et deux chanoines au nom de tout le chapitre, et les recteurs du clergé de Rome l'ont affirmé avec serment; le préfet de Rome el d'autres citoyens ont offert dejurer de mênjc; mais on n'a reçu que le serment des ecclésiastiques, parce que l'alfaire a passé par leurs mains. Qui est assez aveugle pour ne pas voir un arti(ic(^si grossier? Tout le monde sait de quelle considération sont, principalement dans l'élection du jiape ces recteurs que l'on fait tant valoir. Personne ne croira qu'ils y aient eu part comme ils se vantent ; mais je veux qu'ils aient été présents au commencement de la querelle.- ont-ils suivi Roland jusqu'à son sacre pendant douze jours^ Le chapitre de Saint-Pierre Ta-t-ii vu, et le préfet qui est exilé et à qui il n'est pas permis d entrer dans Rome, lui et It^ autres citoyens (uit-ils approché des terres du roi de Sicile et du lieu où s'est fait ce sacre? On les a donc dispensés exprès du serment, parce qu'ils ne lauroient pas fait, pour ne pas blesser leur conscience, ou du moins leur réputation.

Au reste, qu'est devenu ce grand nombre de la plus saine partie des cardinaux? Ont-ils été corrompus par l'argent que les sénateurs ont confessé avoir reçu pour promettre avec serment la promotion d'Octavien, et qui a été destiné par le peuple à la réparation des murailles? De ce grand nombre il n'est n sté que trois cardinaux dignes d être juges par \os Allemands dans leur camp. Guillaume de Pavie, cardinal de S;iint-Pierre-aux-Liens, a été informé de tout : pourquoi ne la-t-on pas interrogé au concile de Pavie? C'est qu'il n'auroit pas parlé en faveur de Victor; et il a exprès gardé le silence dans ce tumulte où il ne voyoit que de l'emfwrtement , sachant que ce que ion y faisoit ne pouvoit préjudicier à la liberté de 1 Eglise. Mais si l'élection de \ iclor a été si canonique, pourquoi tous lesévêques-cardinaux, hors ces trois, n'ont-ils point assisté à son sacre?Elqui ena empêché les évêques deToscane qui y étoient appelés, sinon la crainte de commeltreunsacrilège? J'admire que toutle monde suitle pauvre Alexandre, et qu'on aime mieux souffrir l'exil avec lui que régner en s'altaciuinl à son adversaire. Tous k»s ordres des cardinaux, toute li cour romaine est avec lui.

Page 1