LIVRE SOIXANTE-DIXIÈME
entre le roi de France et le nôtre, on a résolu de différer un peu à publier l'édit de la réception d'Alexandre, jusqu'à ce que notre roi puisse consulter l'église de son royaume, et confirmer par votre consentement ce qu'il a dans l'esprit. Car il ne convenoit ni à sa prudence ni au respect qui vous est dû de rien faire sans vous consulter en une affaire de celte importance. Il s'est toutefois, dès le commencement, assez déclaré sur ce sujet; il a toujours reçu les nonces elles lettres du pape Alexandre avec respect et agrément, et a souvent déclaré en public qu il n'en recevroit point d'autre. Au contraire , quand la lettre d'Octavien lui fut présentée, il ne voulut pas la toucher de sa main, la regardant comme quelque chose d'immonde; il la reçut sur un morceau de bois qu'il ramassa dans la poussière , et la jeta derrière son dos, le plus haut qu'il pût, en présence du nonce, ce qui fit rire tous les assistants.
Arnoul de Lisieux écrivit aussi aux cardinaux qui étoient avec le pape Alexandre, leur marquant les diligences qu'il avoit faites pour le faire reconnoître par le roi d'Angleterre. Il dit qu'il est toujours avec les légats , pour procurer avec eux ravanlagederégliseromaine(t]. C'éloit Henri de Pise et Guillaume de Pavie, prêtres-cardinaux. Il rend témoignage à leur vertu , à leur doctrine et à la douceur avec laquelle ils trailoient les affaires. Ensuite il ajoute : Quant au fait pour lequel le roi de lYance a été scandalisé contre eux, ne doutez point qu'ils ne soient excusables ; car jamais on ne les auroit fait consentir à cette dispense , s'ils n'y avoient été engagés par une nécessité invincible et par l'espérance de procurer un bien inestimable. On s'étoit assemblé par ordre du roi pour traiter de la réception du pape, dont on n'avoit encore rien ordonné publiquement. Les légats voyoient l'affaire de l'Eglise en grand péril, parce que plusieurs, n'osant ouvertement combattre la vérité, disoient, par une politique humaine, qu'il falloit différer et attendre l'événement plutôt que d'exposer la réputation de deux si grands princes ; que l'église romaine avoit toujours été à charge aux souverains, et qu'il falloit profiter de l'occasion de secouer ce joug ; que la question seroit décidée par la mort de l'un ou de l'autre, et que l'autorité des évêques pouvoit cependant suffire en chaque royaume. Les envoyés de l'empereur insisloient sur ces raisons avec les deux cardinaux Jean et Guy, légats d'Octavien , et ils auroient triomphé du moindre délai , d'autant plus que tout le monde croyoit que les deux rois étoient favorables à Alexandre. D'ailleurs le roi de France se rapportoit au roi d'Angleterre de la décision de l'affaire, et avoit déclaré publiquement qu'il suivroit son avis. Ainsi il fal-
(I) Mabill. ad. Ep. 348, S. Bern. Arn. KpL^. 10.
(1) Alex. Ep. 2, to.x.Conc. p.! '97, ap.Arnulf. 20.Sup. ri) Ep 23, p. 38. Mallh. Paris, an. 1160.
HISTOIÎIK DU CHRISTIANISME.
[Ande.I.-C. 1100.
loi! pliilùt arronliT lu (lîsp?nsr» au roi d'An^loterre que l'éloij^nor pir la sévérilé d'un relus, puisque, dès qu'il s'est déclaré pour vous, vous avez ^as^nô Ja France, l'Angleterre, l'Espagne, l'Irlande, et en dernier lieu la Norwège.
Je ne vois point quelle pouvoit être cette dispense , sinon pour le mariage qui avoit été résolu entre Henri, (ils du roi d'Angleterre, et Marguerite, fille du roi de France, encore enfants (1); car il fut confirmé par l'autorité des légats du pape Alexandre, et il ne pouvoit l'être sans dispense, tant à cause du bas âge des parties que parce que le prince étoit fils d'Aliénor, qui avoit long-temps passé pour la femme légitime de Louis, et dont il avoit eu des enfants. Or, encore que ce prince souhaitAt ce mariage, il pouvoit être scandalisé delà facilité des légats à accorder la dispense.