LIVRE QUARANTE-TROISIÈME
quéeparles Grecs (1). Constantin ayant pris Théodosiopole et Mèliline , en amena des Syriens et des Arméniens à qui il donna des habitations en Thrace, la quinzième année de son règne, qui éloit l'an sept cent cinquantecinq , ce qui augmenta le nombre des hérétiques pauliciens , espèce de manichéens , D ailleurs , en exécution de son concile (2) , il continuoit de briser ou d'effacer les images, et de persécuter les catholiques, surtout les moines contre lesquels il avoit une haine particulière. Alors les plus zélés d'entre eux s'assemblèrent , tant des environs de Constantinople que de la province de Bilhynie, et du voisinage de Prusiade, et s'en allèrent au mont Saint- Auxence , monastère fameux , près de Nicomédie , dont le saint fondateur avoit assisté au concile deChalcédoine(3). Etienne en étoit alors le sixième abbé, très-célèbre pour sa vertu et l'austérité de sa vie. Les moines choisis de ces divers monastères le trouvèrent accablé de douleur , à cause de cette hérésie, et lui dirent : Mon père , nous sommes dans un embarras extrême, craignant que l'amour de celte vie, si naturel à l'homme, ne nous fasse trahir la religion. Etienne leur répondit : Comme il ne reste que trois endroits qui ne participent point à cette détestable hérésie , je vous conseille de vous y retirer. Il y a le voisinage du Pont-Euxin, vers la Scythie, l'île de Chypre, la basse Lycie, Tripoli, et jusqu'à Tyr et à Joppé ; enfin, JSaples et l'ancienne Rome. Tous savez que les évêques de Rome, d'Antioche, de Jérusalem et d'Alexandrie, ont non-seulement analhématisé l'erreur des iconoclastes , mais encore n'ont point cessé de charger l'empereur de confusion , par des lettres véhémentes, le traitant d'apostat et d'hérésiarque. Le très-vénérable et très-sage prêtre Jean Damascène , que ce tyran , nommé Mansour , n'a point cessé de lui écrire , l'appelant hérétique découvert , ennemi des saints , et traitant les évêques qui lui sont soumis, de parasites , et de gens adonnés à la bonne chère et aux spectacles. Etienne ajouta plusieurs autres discours de consolation, après quoi les moines qui l'ètoient venus trouver , firent une triste prière, se dirent le dernier adieu, et se retirèrent suivant son conseil. Ainsi tous les moines abandonnèrent Constanlinople. Les uns allèrent vers le Ponl-Euxin, les autres en Chypre, les autres à Rome.