‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 2100 sur 2407 · L. Alexandre reconnu en Palestine · texte numérisé non relu

L. Alexandre reconnu en Palestine

En Orient, le légat du pape Innocent, nommé Jean, prêtre-cardinal du titre de Saint-

Jean et Saint-Paul arriva à Biblus, ou Giblet, avec quelques Génois, vers la fin de l'an mil cent cinquante-neuf (1). Pour avoir la permission d'entrer dans le royaume de Jérusalem en qualité de légat , il fit sonder auparavant l'espritduroi Baudouin et des autres seigneurs tant ecclésiastiques que séculiers. Après une' grande délibération, on lui demanda de demeurer, et ne pas entreprendre d'entrer dans le ! royaume, jusqu'à ce qu'on lui fit savoir, par l'avis commun des prélats et des seigneurs , ce qu'il devroit faire. Cependant on convoqua'uu concile à Nazareth, où se trouvèrent Amaury, patriarche de Jérusalem , avec les autres prélats, et le roi avec quelques seigneurs. Les avis furent partagés ; car, quoique les prélats latins d'Orient ne se fussent encore déclarés pour aucun des deux papes, ils ne laissoient pas en secret de favoriser l'un ou l'autre. Dans le concile donc, les uns disoient qu'il (iilloit reconnoltre Alexandre et receveur scm légat, et Pierre, archevêque de Tyr, étoit à leur tête ; les autres préféroient Victor, disant qu il avoit toujours été ami et protecteur du royaume de Jérusalem , et ne vouloient point absolument que le légat fût re( u.

Le roi prenoit un avis moyen avec les seigneurs et quelques prélats; et, de peur de faire un schisme dans l'église d'Orient, il proposait de ne prendre parti, ni pour Ton, ni pjiur l'aulre. D'accorderau légal la liberté de visiter les lieux saints comme pèlerin, sans marques de légation, e( de demeurer dans le royaume jusqu'à la première occasion de repasser, à liquelle il seroil obligé de partir. Le roi disoit pour son avis : Le schisme est nouveau, et le monde ne connoît pas encore quelle est la meilleure cause; il est dangereux d(» se déterminer dans une aflaire douteuse. D'ailleurs on n'a pas besoin d'un légat dansée royaume, pour être a charge par sa dépense aux églises et aux monastères, et les appauvrir par ses exactions. L etoit l'avis du roi , et quoiqu'il parût plus utile, l'avis de ceux qui vouloient que le légat fût reçu prévalut. Il fut donc appelé et vint dans le royaume , où dans la suite il fut incommode à plusieurs qui s'étoient réjouis de son arrivée. Ce sont les paroles de Guillaume, archevêque de Tyr.

Le patriarche Amaury écrivit en son nom et au nom de ses sufTragants la lettre synodale adressée au pape Alexandre, où il dit : i\ous avons reçu votre lettre avec le respect convenable , et l'avons lue en présence des archevêques de Nazareth et de Tyr et de nos autres Ireres. Et, voyant que votre élection a été faite par la volonté unanime des évêques et des au-

et Guy et leurs fauteurs , et nous tous avons élu et reru unanimement pour seigneur temporel et père spirituel. Ce titre de seigneur temporel donné au pape est d'autant plus remarquable , que le roi de Jérusalem et les seigneurs eloient présents à ce concile.

LL Amaury, patriarche de Jérusalem.

II y avoit trois ans qu'Amaury étoit patriarche de Jérusalem , car Foucher, son prédécesseur, mourut le vingtième novembre mil cent cinquante-sept , la douzième année de son pontilicat (1 }. Les prélats s'étanl assemblés à Jérusalem pour lui donner un successeur, on élut Amaury contre les règles, parle crédit de deux princesses, sœurs du roi Mélisende, et Sibile, comtesse de Flandre. Il étoit François nalii de JSêle, dans le diocèse de Aoyon eî alors prieur du Saint-Sépulcre; c'étoit un .iomme assez lettré, mais trop simple et peu capable de remplir une si grande place ; et il y lut mis, nonobstant l'opposition d llernèse archevêque de Césarée , et de Raoul , évêque ( e Lethleem,qui même en appelèrent à Rome Amaury y envoya Fridéric , évêque d'Acre qui, en l'absence de ses adversaires, obtint du pape Adrien, et, à ce que l'on disoit, par de grands présents, la contirmation du patriarche, et lui apporta le pallium. Amaury fut le huitième patriarche latin de Jérusalem , et en tint le siège vingt-deux ans. De son temps, le royaume changea de maître. Le roi Baudouin 111 mourut le onzième de février mil cent soixante-deux, la vingtième année de son règne et la trente-troisième de son âge (2) Comme il ne laissoit point d'enfants, son frère Amaury lui succéda. Il fut couronné dans 1 église du Saint-Sépulcre huit jours après la mort de Baudouin, et régna douze ans et demi.

de

LU. Milon II, évoque de Térouane.

En France , le bienheureux Milon , évêque Térouane , mourut le seizième de juillet mil

cent cuKiuante-huit, après avoir tenu ce siège vingt-sept ans (:J). Son neveu, nommé Milon comme lui , chanoine régulier et archidiacre de la même église, fut élu pour lui succéder; mais comme Samson, archevêque de lleims, le vouloit sacrer, le clergé de Bologne s'y opposa, et appela au saint^siége, prétendant qu'ils dévoient avoir un évêque particulier, comme ils en avoient autrefois, et que Milon ne deyoit être sacré que pour Térouane. En cflet, llincmar nommoit Bologne entre les villes épiscopales de la province de lleims.

Tes cardinaux, avec le consentement du clorsé II-, «P'^copales de la province fl du peuple, nous l'avons louée et approuvée: „,','," '^'\f rebuta point pour cotte opposition, ivons excommunié les schisn aiin.ies ''} ""'■» ■■> ^""'« ««'«"'.r son droit,

nous avons excommunié les schismatiques , savoir, Octavien avec les deux cardinaux, Jean

(1) Mallh. V, 10.

(2) Luc. VI, 22.

(tj Gu. Tyr. wiii, c. 29, to. x, Conc. p. liOJ TOMB IV.

j. - —M qui fut recommande; au pape Alexandre par Jean de

(1) Tyr. XVII, c. 10, 10.

(2) G. Tyr. xviii, c. ult.

et XIX, c. 1.

Çè) Bibl.Prœraons.p.iôO.

MJ

Ml

HISTOIRE DlJ CHRISTIANISME.

[An deJ -C. 1101.

iSarisbéry, et il trailoit d'ambition la prétention du clergé de Bologne. Ce clergé envoya aussi à Rome ; et le pape, ayant ouï les deux parties, îu^ea que l'église de Bologne devoit demeurer enl'état où elle avoit été jusqu'alors, et sacra Milon II , évéque de Térouane , sauf le droit de la métropole. C'est ce qui paroit par la bulle d'Alexandre, adressée à Samson, archevêque de Reims, et datée d'Anagni le dix-septieme de janvier mil cent soixante-un. Bologne n a été érigée en évéché que quatre cents ans après, lorsque Térouane eut été ruinée ( 1 ) .

Samson, archevêque de Reims, mourut la même année mil cent soixante-un , le vingtunième de septembre , après avoir pris 1 habit monastique à Igni, abbaye de Cîteaux, fondée par son prédécesseur, et il y fut enterre. Son successeur fut Henri , frère du roi Louis le jeune , déjà évéque de Beauvais , après avoir été moine de Citeaux (2). H fut élu unanimement par le clergé et le peuple de Reims pour remplir ce siège , où il fut transfère le quatorzième de janvier mil cent soixante-deux , et le tint treize ans.

Peu de temps après la confirmation de l evôque de Térouane , le pape Alexandre accorda à la prière du roi et de l'église d'Angleterre la canonisation du roi saint Edouard , mort quatre-vingt-quinze ans auparavant.

C'est ce qui paroit par la bulle adressée aux évêques et aux autres prélats d'Angleterre, et datée d'Agnani le septième de février mil cent soixante-un, où le pape remarque que les affaires de cette importance ne se decidoient ordinairement que dans les conciles solennels. Saint Edouard est honore comme confesseur le cinquième de janvier (3).

LUI. Saint Pierre de Tarantaise pour Alexandre.

Le pape Alexandre , étant informé du zèle avec lequel saint Pierre , archevêque de Tarantaise, s'étoit déclaré contre les schismatiques le fit venir auprès de lui. Mais , avant aue de passer outre , il faut reprendre la suite des actions du saint prélat (4). Affligé et épouvanté de la vénération que lui atliroit la multitude de ses miracles, il se retira secrètement et de nuit avec un seul compagnon , par des chemins difficiles et des lieux inaccessibles , et après avoir changé plusieurs fois de guides il arriva seul dans un monastère de l'ordre de Ctleaux en Allemagne, où il étoit inconnu, n'enlendoit point la langue et n'étoit point entendu. 11 y fut reçu comme simple moine , et y goûta quelque temps le

(1) Guill. Chr. to. 2, fol.

Page 1