‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 2099 sur 2407 · LIVRE SOIXANTE-DIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SOIXANTE-DIXIEME

(t) Ep.65.

(2) To. \,Conc. p. 1406, ei Rob de Monte, an 1160.

(3i To. x,Conc. p. liOJ, ei Guill. Neubrig. lib. ii, c. 13.

ginairement de Gascogne, et s'étoient répandus en divers pays, car (m disoit qu'il y en avoit une multitude innombrable en lYance, en Espagne et en Allemagne. Or, l'Angleterre se vantoit de n'avoir été encore infectée d'aucune hérésie depuis la conversion de la nation sous saint Grégoire. Ceux qui y entrèrent alors étoient Allemands, au nombre d'un peu plus de trente, tant hommes que femmes , gens rustiques et sans lettres, excepté leur chef, nommé Gérard, qui étoit un peu lettré. Après qu'ils eurent été quelque temps cachés, on découvrit qu'ils étoient d'une secte étrangère, et on les mit en prison. Mais le roi, ne voulant ni les chasser ni les punir sans avoir été examinés , lit assembler à Oxfort un concile d'évtH^ues. On les interrogea publiquement touchant leur religion, et Gérard, parlant |)Ourtous, répondit qu'ilsétoient chrétiens etqu'ils suivoient la doctrine des apiUres. Mais, étant interrogés en détail sur les articles de foi, ils déclarèrent qu'ils détestoient le baptême, l'eucharistie et le mariage, et ne comptoient pour rien l'autorité de l'Eglise, (^omme on les pressoit par les passages de l'Ecriture , ils répondirent qu'ils croyoient ce qu'on leur avoit appris, et ne vouloient point disputer sur la foi. Ils se moquèrent des exhortations et des menaces, disan (1) : Heureux ceux qui souffrent persécution jX)ur la justice.

Alors les évêques, craignant que cette erreur ne fît du progrés , les déclarèrent hérétiques , et les abandonnèrent au prince pour les punir corporel lement. Le roi ordonna qu'on les marquât au front, et qu'après les avoir fustigés publiquement on les chassât de la ville, défendant étroitement que personne ne les logeât ni ne leur donnât aucune assistance. Leur sentence ayant été prononcée ils coururent gaiement au supplice, leur maître marchant à la tête et chantant (2) : Vous serez heureux quand les hommes vous haïront. Une femme angloise, la seule qu'ils avoient séduite, les quitta par la crainte du supplice, et rentra dans le sein de l'Eglise. On les marqua tous au front d'un fer chaud, afin qu'ils fussent connus pour hérétiques; et on marqua de plus au menton leur docteur. Ensuite on leur déchira leurs habits jusqu'à la ceinture, on les fouetta rudement et on les chassa de la ville. Comme c'étoit l'hiver, et que personne ne leur donnoit le moindre soulagement, ils périrent misérablement par la rigueur du froid. Cette sévérité garantit l'Angleterre de ces hérétiques, qui étoient des manichéens , comme il est aisé de remarquer.

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