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LVII. Le pape Alexandre en France

Dès Tannée précédente, mil cent soixante-un, qui étoit la seconde du pontificat d'Alexandre, il revint à Rome , mais il ne put y demeurer long-temps en repos à cause des schismatiques (!2), car la famille d'Octavien y étoit puissante, et l'empereur, en le protégeant, vouloit s'attirer les Romains. Alexandre donc, cédant aux prières du peuple, retourna en Campanie sous la protection du roi de Sicile ; et, comme les Allemands occupoient la plus grande partie du patrimoine de Saint-Pierre, il résolut de passer en France par mer. Joint que les schismatiques étoient maîtres des chemins, en sorte que ceux qui alloient trouver Alexandre s'exposoient à être pris , dépouillés et emprisonnés , et qu'il ne pouvoit demeurer en Italie avec dignité. Ainsi , ayant établi pour vicaire à Rome Jules, cardinal-évêque de Préneste, et réglé la conduite de l'Eglise, il se rendit avec les cardinaux à Terracine, où il trouva quatre galères du roi de Sicile, bien préparées. S'y étant embarqué avec toute sa suite, il arriva à Gênes le jour de Sainte- Agnès, vingt-unième de janvier rail cent soixante-deux. Il y fut reçu et traité avec honneur contre la défense de Ferapereur Fridèric , et en sortit le dimanche de la Passion, qui étoit le vingt-cinquième de mars. Le samedi suivant, il fut obligé par la tempête de s'arrêter dans une île où il célébra la fête de Pâques, et le mercredi, onzième d'avril, il arriva à Maguelone. Mais parce que cette ville, située dans une île, étoit trop petite pour recevoir les survenants, et que le pape étoit attendu hors de Fîle avec impafience par une grande multitude de prélats, il crut à propos de passer à MontpeUier, ville voisine, et dès lors très-peuplée.

Il y entra sur un cheval blanc , et revêtu dos ornements pontificaux , mais à peine put-il monter à cheval, tant étoit grande la foule de ceux qui s'empressoient à lui baiser les pieds. Le seigneur de Montpellier vint au devant avec les barons du pays, et lui servit d ecuyer pendant mille pas. Le pape entra dans la ville

(1) Boll. t. l,Maj. Eph.

p. VIII, to.x, p. 1180. Hisl.

Evang. c. 8. Helm. Chr.

Slau. I, c. 91.

(2) Aclaap. Bar. p.ll62.

en procession; et, avec la noblesse qui venoit à ses pieds , se présenta un seigneur sarrasin bien accompagné, qui serait aussitôt à genoux, lui baisa les pieds et l'adora comme si c'eût été le dieu des chrétiens. Puis, parlant par interprète, il le harangua en sa langue au nom du roi , son maître, à quoi le pape répondit avec bonté, rendit beaucoup d'honneur à l'ambassadeur, et le fit asseoir à ses pieds entre les personnes de distinction. Tous les assistants le regardoient avec étonnement, et se disoient l'un à Fautre cette parole du psaume (1) : Tous les rois delà terre l'adoreront, toutes les nations lui seront soumises. Le comte de Saint-Gilles et la vicomtesse de Narbonne se rendirent aussi auprès du pape.

Quatre archevêques se trouvèrent à Montpellier, savoir : ceux de Sens, de Tours, d'Aix et de INarbonne, et ce dernier y fut sacré de la main du pape. Il s'y trouva aussi six évêques , savoir : ceux d' Auxerre , de Saint- Malo , de ]\ cvers , de Térouane , de Maguelone et de Toulon. Avec ces dix prélats , Alexandre réitéra publiquement Fexcommunication contre Octavien et ses complices le jour de l'Ascension, qui étoit le dix-septième de raai (2). C'est ce qu'il téraoigne dans une lettre à Omnibon, évêque de Vérone, datée du même jour, où il ajoute : Nous attendons les cardinaux Henri et Guillaume, nos légats, avec les évêques d'Evreux et de Bayeux , envoyés du roi d'Angleterre, et les archevêques de Bourges et de Reims , espérant que Dieu rendra bientôt la paix à son Eglise.

Dès que le roi Louis le jeune eut appris que le pape Alexandre étoit arrivé à Montpellier, il lui envoya Thibaut, abbé de Saint- Germain-des-Prés, et un de ses clercs ; raais le pape les reçut froideraent. De quoi le roi, irrité, se repentit d'avoir reconnu Alexandre, et le manda par Manassès, évêque d Orléans, à Henri, comte de Troyes, qui alloit trouver l'empereur Fridèric. Quelque temps après , le pape envoya au roi Louis Henri, arche> êque de Reims, frère de ce prince, avec les évêques de Langres et de Senlis , et Fabbé de Grand- Selve, de Fordre de Citeaux, comme il paroit par ses lettres du dernier jour d'avril (3).

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