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LXIV. Suite de la vie de saint Thomas de Canlorbéry

Thomas, archevêque de Cantorbéry, partit exprès d'Angleterre pour venir au concile de Tours ; et , comme il éloit dans sa plus grande faveur, il fut reçu en Normandie , et partout où il passa , comme si c'eût été le roi même (3). Quand il arriva à Tours, les prélatsqui y étoient déjà pour la plupart vinrent au devant de lui ; et, contre la coutume de l'église romaine, tous les cardinaux s'avancèrent pour le recevoir assez loin hors de la ville ; il n'y en eut que deux qui demeurèrent auprès du pape. Le pape, qui, sur sa réputation, désiroit de le voir depuis long- temps, le reçut avec beaucoup d'amitié. Il demeura quelques jours après le concile, fit renouveler quelques privilèges de son oglise, et se retira avec la bénédiction et les bonnes grâces du pape. Il repassa en Angleterre, où il fut reçu par le roi comme un père par son fils : c'étoit la seconde année de son

(1) C. 9, i. Pcl.Vivi, t. 2, Spicil. p.777.

(2; Acla Alex. Chr, S. (3; Vita quadrip. c U.

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épîsropat, c'est-à dire mil cent soixante-tro^^- Il y avoit alors deux évêchés vacants, Wor" chester et Hertbrd. Car une coutume profane s'éloit déjà établie dans plusieurs royaumes, que les rois retenoient à leur volonté les évêchés et les monastères vacants pendant des années entières, et appliquoient au fisc le patrimoine de Jésus Christ et les biens des pauvres. C'est ainsi qu'en parle Hébert de Boscham, qui éloit auprès de l'archevêque Thomas. Ce prélat crut qu'il étoit de son devoir de ne pas souffrir un tel abus; et il fit tant par ses prières et ses exhortations , qu'il persuada au roi de remplir ces deux sièges, lui représentant les mauvais effets de la longue vacance, tant pour le temporel que pour le spirituel. L'évêque de Worchester fut Roger , fils du comte de Glavor, jeune homme, mais d'un mérite singulier pour la pureté de ses mœurs, sa fermeté pour la justice et son attachement au saint archevêque. L'évêché d'Herford vaquoit par la translation de Gilbert Folioth à l'évêché de Londres. On mit à sa place Robert de Melun , docteur fameux , dont j'ai déjà parlé , mais plus recommandable encore par sa vertu que par sa doctnne (1). Ce furent les premiers que sacra l'archevêque Thomas, suivant la résolution qu'il avoit prise de n'imposer les mains qu'à de dignes sujets , principah'ment pour l'épiscopat.

Depuis son sacre , il étoit devenu un autre homme, et menoit une vie tout édifiante (2). La première année, il porta encore un habit précieux, à son ordinaire, par-dessus le cilice et l'habit monasli(|ue; mais depuis il ne porta qu'un habit modeste, suivant 1 usage du clergé, hmg jusqu'aux talons, d'étoffe brune, et fourré seulement d'agneau. Il disoit matines avant le jour , et aussitôt on faisoit entrer treize pauvres, à qui il la voit les pieds, servoit à manger, et donnoità chacun quatre pièces d'argent. Il faisoit celte action très-secrètement; et , le jour étant venu , enlroienl douze autres pauvres à qui son aumônier lavoit les pieds et donnoit à manger. Enfin, à l'heure de tierce, deux aumôniers servoient eni ore cent pauvres de ceux qu'on nommoit prébendiers. Ces trois aumônes se faisoient tous les matins ; mais le saint archevêque en faisoit grand nombre d'autres , et il doubla les aumônes réglées de l'archevêqueThibaud , qui avoit déjà doublé celles de ses prédécesseurs (3).

L'archevêque Thomas, après son aumône, prenoit un peu de repos ; puis il se mettoil à la lecture de l'Ecriture sainte avec le docteur Hébert de Boscham Lombard , né à Plaisance , qui fut toujours atlaehé à lui inséparablement, et devint enfin cardinal et évêque de Bénévent. Il expliquoit à l'archevêque les sens mystiques de l'Ecriture , car c'étoient ceux que l'on y cherchoit alors principalement. Ensuite

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(1) C. 15, 16. Sup. n.

(3) C. 10, 11, in fin.

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

AndeJ.-C. 1103.]

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