V. Thomas refuse d'approuver les coutumes
L'acte en ayant été dressé , le roi demanda à l'archevêque et aux évêques d'y mettre leurs sceaux pour plus grande sûreté (1). L'archevêque, dissimulant sa douleur pour ne
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pas affliger le roi , dit qu'encore qu'ils fussent résolus à le faire, la chose étoit assez importante pour prendre un pelit délai , et la faire avec plus de décence, après y avoir un jh'u pensé. 11 prit toutefois un exemplaire de l'acte, farchevêque d'York en prit un autre, et le roi prit le troisième, pour le mettre dans les archives du royaume. Ainsi Thomas se retira pour aller à ^^ iiuhesler. Pendant le chemin, il s'émut une dispute entre ceux de sa suite, dont les uns disoient qu'il n'avoit pu fiiire autrement, vu la circonstance du temps; les autres témoignoient leur indignation de ce que la liberté ecclésiasiique périssoit par la fantaisie d'un seul homme. Un de ceux-ci, qui portoil la croix du prélat, parloit avec plus d'ardeur que les autres, se plaignant que la puissance séculière troubloit tout; que que l'on n'estimoit plus qu(^ ceux qui avoient pour les princes une complaisance sans bornes; et il conclut en disant : Que deviendra l'innocence? Qui combattra pour elle après que le chef est vaincu? Quelle vertu a gardée celui qui a perdu la constance? A qui en voulez-vous, mcm fils? dit l'archevêque. A vousmême, reprit le porte-croix, qui avez aujourd'hui perdu votre conscience et votre réputation, laissant un exemple odieux à la postérité, quand vous avez étendu vos mains sacrées pour promettre l'observation de ces coutumes détestables.
Le prélat dit en soupirant : Je m'en repens, j'ai horreur de ma faute, et je me juge désormais indii?ne des fonctions du sacerdoce et d'approcher de celui dont j'ai si lâchement trahi lEglise; je demeurerai dans la tristesse et le silence jusqu'à ce que j'aie reçu l'absolution de Dieu et du pape. Des lors il se suspi»ndit du service de l'autel, et s'imposa pour pénitence des jeûnes et des vêtements rudes; et peu de jours après il envoya au pap(» en diligence. Le pape, qui étoit à Sons, lui envoya par sa ré|K)nse l'absolution qu il demandoit, le consolant et l'exhortant à reprendre ses fonctions, et s'acquitttT courageusement des devoirs d'un b(m pasteur (1). Mais le roi d'Angleterre fut outré de colère quand il apprit que l'archevêque vouloit revenir contre la convention faite à Clarendon, et quand il vit lui-même qu'il refusoit en sa présence de sceller l'actequi y avoit été dressé. Le roi commença à le charger de grandes exactions, et il parut qu'il en vouloit même à sa vie.
L'archevêque, voyant qu'il ne pou voit plus faire aucun fruit dans son église, voulut passer en France pour aller trouver le pape, et s'embarqua secrètement ; mais il fut rejeté par le vent contraire , et le roi, ayant su qu'il avoit voulu sortir sans congé, en fut encore plus irrité contre lui (2). Cependant Rolrou, évêque d'Evreux, travailloit à réconcilier le roi et l'archevêque; et, comme le roi ne vou-
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loil rien écouler sans la confirmation des coutumes, rarcfievêflue envoya au pape, comme |)our le prier de les confirmer, mais en effet pour len faire juge, en décharger sa conscience sur son supérieur, et apaiser ainsi le roi. Le pape ne se laissa pas surprendre, et refusa de confirmer les coutumes; ainsi le roi, voyant qu'il n'avançoit rien de ce côtélà , entreprit par le conseil de gens mal intentionnés de faire passer la légation d' Anglelierre à Roger, archevêque d'ïork, de tout temps jaloux de Thomas. Le pape le refusa une première fois, ne voulant pas ùter à l'église de Canlorbéry cet ancien privilège; mais le roi lui ayant envoyé une seconde députation sur ce sujet, le pape craignit de le trop irriter en lui refusant tout, et que Thomas lui-même ne ressentit les effets de son indignation. C'est pourquoi, tenant ferme pour le refus des coutumes, il acc^orda à Roger le titre de légal, mais avec des restrictiims qui le rendoient presque inutile; car il ne soumettoit ni la personne de Thomas ni son dioœse à la personne du nouveau légat; et il avoit tiré parole que les lettres de légation ne seroient point rendues à Roger sans un nouveau consentement de sa part. C'est ce que l'on voit par ses lettres à Thomas, dont la première est datée du cinquième de mars, à Sens. Par cette lettre, et par une autre encore, il l'exhorte à se conduire envers le roi avec grande circonspection, et à faire tous ses efforts pour recouvrer les bonnes grâces de V4i prince, sans préjudice de la liberté de 1 Eglise. Gardez vous bien, ajoute-t-il, d'user d'aucune rigueur contre le roi ni son royaume jusqu'à Pâques prochain. Dieu nous donnera alors un meilleur temps , et nous pourrons , vous et moi , agir plus sûrement en cette affaire. Il semble qu'Alexandre prévoyoit la mort de l'antipape. Il écrivit aussi au roi d'Angleterre, l'exhortant à abandonner ses «)utumes contraires à la liberté de l'Eglise, par la considération du jugement de Dieu, et par les punitions que Dieu a exercées contre les rois qui ont entrepris sur le sacerdoce (1).