XVII. Assemblée de Wirlzbourg
En Allemagne, l'empereur Fridéric assembla une grande cour à Wirlzbourg en Franconie, le vingt-troisième de mai, jour de la Pentecôte , mil cent soixante-cinq. A celte assemblée se trouva entre autres lleinold , élu archevêque de Cologne, qui dit que l'empereur ne feroit rien contre Roland ( ainsi nommoitil 1(* pape Alexandre ) s il ne suivoit le conseil qu'il alloit donner (2). Car, ajouta-t-il, la meilleure partie de l'empire est pour lui, entre autres l'archevêque de Sallzbourg et celui de Mayence ; mais j'ai attiréà l'obéissance de notre pape Pascal un plus grand nombre d'évêques que nous sommes , savoir, ceux que le roi d Angleterre lui donnera , au nombre de plus de cinquante.
Pour preuve de ce qu'il avancoit, il présenta deux clercs, envoyés du roi d'Angleterre, Jean d'Oxford et Richard d'Ivelcester. Car ce prince , mal satisfait du pape Alexandre , avoit écrit à l'archevêque de Cologne une lettre (3), où il disoit que , par le conseil de tous les barons et du consentement du clergé, il avoit résolu d'envoyer à Rome l'archevêque d'York, l'évêque de Londres, l'archidiacre de Poitiers , Jean d'Oxford et Richard de Luci , pour dénoncer au pape Alexandre, et à ses cardinaux qu'ils ne donnassent plus de protection à Thomas, qu'ils laissassent au roi la liberté de mettre un autre archevêque à Cantorbéry , et qu'ils déclarassent nul tout ce que Thomas avoit fait; enfin , pour faire promettre au pape que lui et ses successeurs conserveroient les coutumes d'Angleterre telles qu'elles avoient
(2; To X, Conc. p. 1i38.
Ouill. Ncubr. il, c. lO.Chr.
ileicbersp. au. 110b. Lup.
I, Ep. 72.
(3) VitaS. Th. ir,c.20;
II, Ep. 00.
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HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[ An de J.-C. 1165
été du temps de Henri I , autrement que le roi Henri II abandonneroit l'obédience d'Alexandre. Pour cet effet , il prioit l'archevêque de Cologne de lui envoyer un chevalier hospitalier, afln de conduire ses envoyés par les terres de l'empereur. L'archevêque de Cologne, ayant reçu cette lettre, consulta l'empereur sur la réponse qu'il devoit faire , et l'empereur lui écrivit qu'il falloit satisfaire le roi d'Angleterre. On envoya donc un hospitalier, nommé frère Raoul , qui conduisit par les terres de l'empereur ceux que le roi d'Angleterre vouloit envoyer à Rome, c'est-à-dire Jean d'Oxford et Richard d'Ivelcester.
L'archevêque de Cologne les ayant présentés à l'assemblée de Wiilzbourg, l'empereur promit de suivre son avis , et le prélat le proposa ainsi (1) : Il faut que l'empereur jure en présence de toute sa cour que de sa vie il ne reconnoîlra pour pape Roland ni aucun de son parti , mais qu'il demeurera inviolablement attaché au pape Pascal ; que , si l'empereur vient à mourir , ses successeurs observeront le même serment. Il obligera les seigneurs à jurer de même, et à promettre qu'ils ne couronneront point de roi pour lui succéder qui ne le jure aussi. Les seigneurs, dans six semaines après qu'ils seront retournés chez eux , feront faire le même serment à tous les abbés, prévôts et autres supérieurs ecclésiastiques, aux chevaliers et à tous les autres qui ont des fiefs dans leur territoire, sous peine de confiscation , de dégradation , de privation de charges et de bannissement.
L'empereur approuva cet avis ; mais il fut trouvé bien dur par quelques prélats , et l'archevêque de Magdebourg déclara qu'il ne prêteroit point de serment que l'archevêque de Cologne ne se fît sacrer, pour montrer à tout le monde qu'il agissoit sincèrement. Comme il refusoit de le promettre, l'empereur, irrité, lui dit : Il paroît manifeste que vous avez été un traître et un trompeur, en me donnant un pape à mon insu avant la réception des lettres, par lesquelles je vous défendois de procéder à l'élection. Vous m'avez plus trahi que l'archevêque élu de Mayence, que vous en accusiez , et qui me donnoit un bon conseil, que, puisque Dieu m'avoit déUvré de Victor, je ne me soumisse point à son successeur. Il faut donc que vous tombiez dans le piège que vous avez préparé , et que vous fassiez le serment quand tous les autres le refuseroient.
L'archevêque de Cologne , ainsi pressé , ne put s'en dédire , et , fondant en larmes , il fit le premier le serment qu'il avoit proposé, et promit de recevoir les ordres et la consécration épiscopale. Il présenta aussi les envoyés d'Angleterre , qui jurèrent au nom de leur roi qu'il observeroit inviolablement tout ce que l'empereur auroit juré. L'empereur fit donc le serment , mais avec cette restriction, suggérée
(1) Ep. 72.
par l'archevêque de Magdebourg , que si les deux papes, Alexandre et Pascal, mouroient en même temps , que les cardinaux des deux obédiences s'accordassent sur un même sujet , il seroit libre à l'empereur de le recevoir, pourvu toutefois , ce que l'archevêque de Cologne fit ajouter, que l'élection fût faite du consentement de l'empereur. Ensuite quatre princes, qui étoient présents, firent le serment, savoir : le duc de Saxe, le marquis de Brandebourg , Albert le vieux , Conrad, comte palatin du Rhin , frère de l'empereur et son beau-frère, le landgrave Louis.
Quand ce vint aux évéques, tous, excepté celui de Verden, dirent qu'ils aimoient mieux abandonner les régales que de prêter un tel serment; mais on leur répondit qu'il falloit bon gré malgré faire le serment et garder les régales. Ils jurèrent donc, mais avec beaucoup de larmes et de gémissements. L'archevêque éo Magdebourg jura le premier, mais à ces conditions, que tous les autres qui étoient absents jureroient, et qu il seroit quitte de ce serment quand il cesseroit de posséder les régales. L'èvtHiue de Bamberg, après diverses excuses, jura que tant qu'il voudroit garder les régales il donneroit aide et conseil à l'empereur sur cette affaire. L'évêque de Verden, et celui qui étoit intrus à Halberstadt, jurèrent purement et simplement comme l'archevêque de Cologne. L'évcHîue de Verden et celui de Trisingue s'excusèrent sur l'absence de leurs archevêques, et obtinrent un délai jusqu'à la Saint-Pierre. Le patriarche d'Aquilée, l'archevêque de Saltzbourg ni celui de Trêves ne se trouvèrent point à cette assemblée, ni aucun de leurs suffragants (1). L'archevêque de Mayence étoit Conrad , frère d'Othon , comte palatin, qui s'étoit retiré secrètement de la cour de l'empereur , et cette même année mil cent soixante-cinq étoit venu en France trouver le pape Alexandre, avec lequel il passa en Italie ; et le pape le fit cardinal et évêqm; de Sabine. A sa place, l'empereur mit à Mayence Christien , son c hancelier , qu'il avoit fait élire dès l'année mil cent soixante-un.
Or, quoiqu'il y eût si peu d'évêques à l'assemblée de Wirtzbourg , l'empereur ne laissa pas de dire, dans la lettre qu'il écrivit sur ce sujet, que les archevêques et évéques qui avoient fait ce serment étoient au nombre de quarante. 11 est vrai qu'il y comprend ceux qui n'étoient qu'élus; et il ajoute que, le samedi des quatre-temps, ils reçurent tous les ordres sacrés. Il dit aussi que tous les princes séculiers ont fait le serment, mais il ne nomme que les quatre qui ont été marqués. Enfin , il dit qu'il a promis de ne jamais recevoir l'absolution de ce serment. Cette lettre est adressée à tous les peuples de l'empire , et datée de Wirtzbourg, le premier jour de juillet. L'empereur écrivit de même aux seigneurs de l'em-
(1) Chr. Kcichersp. V.Pagi. an. 1603, u. 16, i,i:i» 70.
An de J -C. 1105. ]
pire en particulier, comme on voit par la lettre adressée à l'abbé de Stavelo.