XVI. Thomas a Pontigny
Thomas , de son côté , touché de ce que les siens souffroient à cause de lui , commença à Pontigny de mener une vie plus pénitente (3). Outre le ciliée qu il portoit continuellement , et les disciplines qu'il se faisoit souvent donner en secret , il ordonna au moine qui le servoit à table de lui donner tous les jours , sans que l'on s'en aperçût, avec les mets l(»s plus délicats qu'on lui servoit, la portion de la communauté , ayant résolu d en faire sa seuhi nourriture. Ainsi, pendant quelques jours , il ne vécut que de légumes secs et insipides , suivant qu'on l'observoit alors dans 1 ordre de
vl) Vita(jill>. Mcn. Ang.
(2; Monasl p. 01) 1.
;3) Vila U, c. 15.
Angl. to. 3
Citeaux. Mais cette nourriture, si différente de celle à laquelle il étoit accoutumé de jeunesse, lui causa une griève maladie , et il fut obligé de revenir à des aliments plus ccmvenables.
Cependant on portoit des paroles entre le pape et le roi d'Angleterre pour tenir une conférence où l'on traitât de la paix (1). Le roi dit qu'il s'y trouveroit, mais à condition que Thomas n'y seroit pas, autrement qu'il ne verroit pas le pape même. Thomas, au contraire , manda au pape de ne point entrer sans lui en conférence avec le roi. Je connois , disoit-il , ses manières , il lui sera plus facile de vous surprendre , s'il n'y a un interprète exact qui puisse pénétrer ses sentiments. Sur celte réponse , le pape manda au roi : Il est inoui [que l'Eglise romaine ait éloigné quelqu'un de sa compagnie au gré du prince , particulièrement un homme exilé pour sa justice ; au contraire , le saint-siège est en droit de protéger les opprimés, même contre 1 indignation des princes. Ainsi la conférence fut rompue.