‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 2150 sur 2407 · XXIV. Conférence de Chinon · texte numérisé non relu

XXIV. Conférence de Chinon

Toutefois, le roi d'Angleterre eut une conférence à Chinon en Touraine avec les seigneurs et ses conseillers les plus confidents , pour savoir ce qu'il devoit faire en cette occasion (1). Là il se plaignit amèrement de l'archevêque, disant , avec larmes et soupirs , qu'il lui enlevoit le corps et l'àme , et qu'ils étoient tous des traîtres, qui ne vouloient pas s'appfiquer à le délivrer de la persécution d'un seul homme. L'archevêque de Rouen , qui étoit présent , s'échauffa un peu contre le roi , et le reprit de cet emportement , mais avec douceur , selon son naturel. Ce qui aigrissoit le roi, c'étoient les lettres que Thomas lui avoit écrites , et à l'impératrice sa mère ; et il craignoit qu'il ne prononçât incessamment l'interdit sur son royaume et l'excommunication contre sa personne , par son autorité de légat. Pour le tirer d'embarras , Arnoul , évêque de Lisieux , dit que l'unique remède étoit de prévenir la sentence par une interpellation. Ainsi le roi , qui prétendoit que les appellations au pape étoient contraires à l'usage de son royaume , se trouvoit réduit à y avoir recours lui-même.

Suivant ce conseil , l'évêque de Lisieux et l'évêque de Séez partirent pour aller trouver l'archevêque de Cantorbéry, et lui signifier un appel qui suspendît sa sentence jusqu'à l'octave de Pâques de l'année suivante. L'archevêque (le Rouen alla aussi avec eux pour être, comme il disoit, le médiateur de la paix. Mais quand ils furent arrivés à Pontigny, ils n'y trouvèrent point Thomas , il était allé à Soissons pour implorer les suffrages de la Sainte-Vierge, de saint Drausin et de saint Grégoire, dont on croyoit y avoir des reliques. Il vouloit ainsi se fortifier pour le combat qu'il alloit livrer au roi d'Angleterre , en portant sa sentence contre lui , car saint Drausin étoit invoqué par les champions à la veille d'un combat. Ayant passé trois nuits en prières aux églises de ces saints, il partit le lendemain de l'Ascension pour aller à Yézelay, et y prononcer, le jour de la Pentencôte , l'excommunication contre le roi et les siens. Mais, le vendredi d'avant la fête, il apprit certainement que le roi d'Angleterre étoit grièvement malade, en sorte qu'il avoit envoyé s'excuser d'une conférence qu'il avoit demandée au roi de France. Cette nouvelle obligea Thomas à différer l'excommunication du roi d'Angleterre , comme on le lui avoit déjà conseillé.

XXV. Thomas excommunie Jean d'Oxford, etc. Le jour de la Pentecôte, qui, cette année

(I) î,Ep. 140.

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

Ui

mil cent soixante-six , étoit le douzième (le juin, Thomas, étant à Vézelay dans Teglise de la Madeleine, où il y avoil un grand concours de peuple de diverses nations, monta au jube et tit un sermon , en suite duquel il dénonça excommunié Jean d Oxford , pour être tombe dans le schisme en prêtant serment a 1 empereuren l'assemblée de Wirtzbourg, avoir communiqué avec Tarchevéque de Cologne , schismatique, et avoir usurpé le doyenné de Sarisbéry contre la défense du pape. Il excommunia aussi nommément Richard , archidiacre de Poitiers , avec cinq autres , et en général tous ceux qui , à l'avenir, mettroient la main sur les biens de l'église de Cantorbéry. Quant au roi après avoir déclaré comme il l'avoit averti de satisfaire à lEglise, il 1 invita encore à faire pénitence , menaçant de prononcer dans peu 1 excommunication contre lui. Enfin , il condamna publiquement l'écrit contenant les prétendues coutumes d'Angleterre, déclara excommuniés ceux qui, à l'avenir, emploieroient l'autorité de cet écrit, et déchargea les évéques de la promesse qu'ils a voient faite de l'observer. Il écrivit ensuite à tous les évéques de la province de Cantorbéry pour les instruire de ce qu'il venoit de faire, enjoignant à l'évéque de Londres de notifier sa lettre aux autres. Il en écrivit à l'ar.hevéque de Rouen , et il en donna avis au pape , lui en demandant la confirmation. Cependant le roi envoya le docteur Gautier de l'Isle en Angleterre porter une lettre de la conférence de Chinon , pour avertir les Anglois de l'appellation proposée, faire garder les ports , et défendre au clergé d'obéir à l'archevêque (1).

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