‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 2149 sur 2407 · XXIII. Thomas, légat en Angleterre · texte numérisé non relu

XXIII. Thomas, légat en Angleterre

Après que le pape Alexandre fut arrivé à Rome , voulant donner plus d'autorité à l'archevêque de Cantorbéry , il le déclara son légat dans toute l'Angleterre, excepté le diocèse d'York (3). La lettre est datée d'Anagni, le septième décembre mil cent soixante-cinq; et Thomas , l'ayant reçue , chargea les évêques d'IIerford et de Worchester de notifier sa légation. L'évêque de Londres en reçut la signification le jour de la Conversion de saint Paul , patron de sa cathédrale, c'est-à-dire le vingtcinquième de janvier mil cent soixante-six. Il en fut extrêmement alarmé , et en écrivit au roi en ces termes (4) : Quand le pape com-

(1) Ap. Bol. 27 jan. tom.

2, p. 888. Chr. Gaufr. Vosiens, p. 31 i. Chr. Aderaari, p. loy.

(2) Sup. liv. LVii, n.

dern. Sup. liv. xlvi , n. 9.

(3) I, Kp. 115, 116, 117.

(4) V. Pagl.an. 116G, n.

13,1107,11. Uil,Kp. 131.

mande , il n'y a ni appellation ni autre remède, il faut obéir. Le jour de Saint-Paul, comme j'étois à l'autel dans Londres, je reçus, de la main d'un homme qui m'est entièrement incx)nnu , une lettre du pape , par laquelle il accorde et confirme au seigneur archevêque de Cantorbéry la légation par toute l'Angleterre , excepté le diocèse d'York. 11 nous est ordonné de lui obéir en cette qualité, et d'obliger ceux qui , par votre ordre , ont reçu en son absence les fruits des bénéfices de ses clercs , à les restituer dans deux mois, sous peine d'excommunication. Il m'est aussi ordonné d'exiger de mes confrères le denier Saint- Pierre, et de leur faire tenir les lettres de l'archevêque, sous peine de déposition. Nous nous jetons donc à vos pieds pour vous supplier d'empêcher que nous ne soyons honteusement réduits au néant, et de nous permettre d'obéir aux ordres du pape ; de faire rendre le denier à saint Pierre et les revenus aux clercs , et de demander à tous les évêques que , s'ils trouvent dans les lettres de l'archevêque quelque grief contre l'usage du royaume, ils en appellent au pape ou aux légats qu'on nous envoie.

Le roi d'Angleterre vint en Normandie l'an mil cent soixante-six ; puis, la troisième ou la quatrième semaine d'après Pâques , il tint au Mans des assemblées des prélats et des barons, où il ordonna une collecte de deniers pour le secours de la terre sainte à la prière , et suivant l'exemple du roi de France , en exécution de ce que le pape Alexandre avoit ordonné en un concile qu'il tint à Reims en mil cent soixante-quatre , après celui de Tours (1). Cette collecte comprenoit tout le monde, le clergé , la noblesse , le peuple, et devoit durer cinq ans ; et c'est le premier exemple que je sache de ces levées pour la terre sainte.

Saint Thomas étoit cependant à Pontigny , où , profitant de la solitude, il s'appliquoit entièrement aux exercices spirituels ; en sorte qu'après l'ofiice divin, à peine l'Ecriture sainte sortoit de ses mains, il ne laissoit pas de sortir avec les moines pour le travail , de moissonner et amasser le foin comme les autres , tout foible qu'il étoit. Cependant, pour ne pas abandonner l'intérêt de l'Eglise, la seconde année de son exil , c'est-à-dire en mil cent soixante-six, il envoya au roi d'Angleterre , par un abbé de l'ordre de Citeaux, une lettre remplie de douceur pour servir de premier monitoire, où il représente que son devoir ne lui permet pas de garder le silence , et exhorte le roi à rendre la liberté à l'église d'Angleterre. Quoique cette lettre n'eût fait qu'aigrir le roi , l'archevêque lui en écrivit une autre plus dure, où, sans entrer dans le fond de la question , il relève la dignité sacerdotale , et menace le roi de la colère de Dieu (2). Mais cette seconde lettre

(1) Gervas. Chr. ItÔO. (2) Vlta n, 16. Gervas. Pagl. I16i, n.23. it)id ap.Boger.503; i,Ep.05.

Jour IV.

en

n'attira que des injures aut religieux qui furent les porteurs.

Page 1