LIVRE SOIXANTE-ONZIEME
en sùrete et poursuivre son appel au pape ; puis il ajoute : Si ma sortie a produit du trouble , c'est à celui qui en a été cause à se l'imputer (1). Au reste, je me suis présenté à la cour du pape, j'y ai exposé le tort que j'ai souffert avec mon église , et les causes de mon appel , personne n'a paru pour me répondre , pour rien proposer contre moi. Pendant que j'attendois en cette cour, on est venu de la part du roi défendre à mes officiers de m'obéir en rien pour le temporel , et de rien fournir à moi ni aux miens à l'insu du roi. Sans jugement prononcé , sans raison, au préjudice de mon appel, on m'a dépouillé et mon église, on a proscrit les clercs, les laïques, les femmes et les enfants au berceau. On a confisqué les biens de l'Eglise, une partie de l'argent a tourné au profit du roi , une partie à votre profit , mon frère , Tévéque de Londres , et de votre église , si ce que j'en ai oui-dire est véritable. Auquel cas je vous ordonne, en vertu de lobéissance, de le restituer dans quarante jours après la réception de cette lettre. De quel droit peut-on soutenir de telles usurpalions? Esl-ce par le prétexte d'un appel? Voyez à quoi vous vous exposez , vous et vos églises , si ceux qui les auront pillées se mettent à couvert par ce moyen.
El ensuite (2) -. Vous dites que ma promotion s'est faite malgré les murmures du royaume et les gémissements de l'Eglise : consultez votre conscience. Voyez la forme de l'élection , le consentement de tous ceux qui y avoient droit, l'agrément du roi donné par son fils et ses commissaires. Si quelqu'un s*y est opposé , que celui qui en a connoissance le dise. Voyez aussi les lettres du roi et les vôtres pour* demander mon pallium. Que si quelqu'un a été affligé de ma promotion par envie et par ambition , Dieu lui pardonne , comme je fais , ce péché qu'il n'a pas honte de rendre public (c'est Févéque de Londres dont il veut parler). Il continue : Vous dites que le roi m'a élevé d'une fortune médiocre ; je ne suis pas né de sang royal, mais j'aime mieux ne pas dégénérer de ma noblesse. Je suis peut-élre né dans une pauvre cabane; mais dans ma médiocrité , avant que je vinsse au service du roi , je ne laissois pas de vivre , comme vous savez , honorablement. Saint Pierre a été tiré de la pèche : nous sommes ses successeurs , el non pas d'Auguste. Vous m'accusez d'ingratitude ; mais c'est l'intention qui fait le péché, et je prétends rendre service au roi , quoique malgré lui , en le détournant de pécher par la sévérité des censures, puisqu'il n'a pas écouté nos avertissements paltrnels. Enfin , je crains encore plus d'être ingrat envers mon véritable maître, Jésus-Christ, qui me menace de son indignation si je n'emploie le pouvoir qu'il m'a donné pour corriger les pécheurs. Vous me proposez le péril de Teglise ro-
maine , et la menace que le roi ne s'en sépare (1). A Dieu ne plaise qu'il renonce à l'unité pour un intérêt temporel, lui dont le crime seroit d'autant plus grand, qu'il entralneroit plus de monde après lui. A Dieu ne plaise que cette pensée vienne à aucun de ses serviteurs, pour ne pas dire à un évéque. Prenez garde même que ce que vous en dites ne soit un poison mortel pour plusieurs âmes, et que vos pensées les plus secrètes ne se découvrent. Quant à l'Eglise, elle s'affermit par les persécutions, il n'y a rien à craindre pour elle, mais pour vous, qui travaillez à sa ruine. A l'égard de la suspense de Tévèque de Sarisbéry, et l'excommunication de Jean d Oxford, vous ne devez pas ignorer que , selon les canons, l'ordre judiciaire n'est pas requis dans les crimes notoires. Or, l'évoque a conféré le doyenné de son église à Jean d'Oxford après la défense du pape et la nôtre.
11 montre ensuite la nullité de leur appel, en ce qu'ils n'ont rien à craindre pour eux , et n'ont aucun intérêt d'appeler au nom du roi contre la liberté de l'Eglise. Enfin, il déclare qu'il ne peut les recoimoitre pour juges entre le roi et lui. Premièrement, dit-il (2) , parce que vous devez être ses parties aussi bien que moi , puisqu'il s'agit de l'intérêt commun de l'Eglise ; ensuite , parce que nous ne trouvons point qu'un supérieur puisse être jugé par ses inférieurs ; principalement un métropolitain par ses suffragants. Il insiste sur la restitution des biens et des droits de son église, el conclut en exhortant les évêques à faire rentrer le roi en lui-même et l'exciter à pénitence.
Saint Thomas écrivit sur le même sujet à l'évêquede Londres, qui lui avoit écrit en particulier. 11 lui reproche d'abord qu'il se contredit , commençant sa lettre par une protestation d'obéissance, et la finissant par un appel, qui tend qu'à ne lui pas obéir. Et le terme de cet appel , ajoute-t-il , est de près d'une année, afin de faire durer plus longtemps notre exil , les maux de l'Eglise et le piTil où est le roi pour son Ame. Au fond, il répond aux objections de l'évêque comme dans la lettre précédente ; et, sur ce que l'évêque disoit que le roi étoil prêt à satisfaire l'Eglise, l'archevêque répond : Comment l'entendez-vous? Vous voyez que l'on proscrit les veuves , les orphelins , les innocents , ceux qui ignorent absolument le sujet de notre différent; qu'on bannit les clercs, on les dépouille de leurs biens, on les traite indignement, on tient mes serviteurs dans les fers, on pille les biens de l'église de Canlorbéry, votre mère. Est-ce satisfaire que de ne pas réparer le mal et l'augmenter tous les jours? Il l'exhorte enfin à représenter au roi qu'il n'est point juge des évêques (3).