‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 2158 sur 2407 · XXXII. Conférence avec l'impératrice Mathilde · texte numérisé non relu

XXXII. Conférence avec l'impératrice Mathilde

A son retour, il passa chez l'impératrice Mathilde, mère du roi Henri ; et, pour l'aigrir contre l'archevêque de Cantorbéry, il lui dit que ce prélat n'agissoit que par hauteur et par ambition , et que les évêques de son parti ne soutenoient la liberté de l'Eglise que pour augmenter leurs richesses (3). Car, ajoutoil-il, les coupables que l'on accuse en Angleterre devant les évêques ne sont pas punis par des pénitences qu'on leur impose, mais par dos amendes pécuniaires. Vous pouvez connoître que Thomas n'agit pas par les vue de Dieu, en ce que, dés le commencement de son pontificat, il n'a pas assemblé autour de lui des hommes pieux, mais des nobles lettrés, et qu'il a donné les bénéfices pour récompense des services, même à des gens dont les infamies sont publiques.

Le troisième jour après que Jean d'Oxford eut rendu cette visite à l'impératrice , elle en reçut une des députés de Thomas (4). Ils lui apportoient une lettre, par laquelle il la prioit d'exhorter le roi, son fils, à rv.'ndre la paix à l'Eglise. 11 peut arriver , disoilil, que de son temps il rendra tolérable par sa sagesse leS'

^1) II,Ep. 21,32, 58; I, Ep. 164; II, Ep. 102.

(2) II, Ep. 7, et 103.

(3) l,Ep. 53.

(4) I, Ep. 52.

coutumes dont il s'agit : mais il est à craindre que ses successeurs n'en abusent à In ruine do l'Eglise. L'impératrice fit d'abord dilTiculté de recevoir cotte lettre, mais enfin elle la reçut on secret, et la fit lire, non par ses clercs, mais par ceux qui ravoientapp<»rtée. Après l'avoir ouïe, elle nia d'aviûr parlé duroinont contre l'archevêque, assurant que le roi , son (ils, lui avoit celé tout ce qu'il vouloit faire tou( liant les affaires ecclésiastiques, parce qu'il sa voit qu'elle étoit favorable à la liberté de l'Eglisiî. Elle ajouta que s'il lui en donnoil lieu, elle Iravailloroit à la paix de tout son pouvoir.

Dans une autre audioncej, elle se fit représenter les coutumes en question; et, ayant fait sortir tout le mondes de sa chambre, elle ordonna aux députés de les lire eu latin et do les expliquer en françois. Elle en approuvent quelques-unes, conmio celle de no point excommunier les ofliciers du roi sans sa pernnssion; mais elle désap[)rouvoit la p!u[)art dos autres, et surtout qu'on eût fait promottro aux évêques de les observer, ce que les autres rois n'avoient point fait. Elle excusoit le roi , son fils, par son zèle pour la justice et par la malice des évêques. Car, disoit-oUe, ils ordonnent des clercs sans choix et sans les attacher à aucune égfise, d'où il arrive que la pauvreté et l'oisiveté fait tomber cette multitude de clercs en des actions honteuses. Car ce clerc sans titre n'a point de bènèliceà perdre , il ne craint point la peine temporelle dont l'Eglise le défend, ni la prison de l'évêque, qui aime mieux le laisser impuni qued être chargé de le nourrir ou de le garder. Di' plus, on donne à un petit clerc cinq ou six bénéfices, ce qui produit quantité de difforeiits sur les présentations et les collations. Enlin, les évêques reçoivent beaucoup d'argent pour dissimuler les péchés qui leur sont déférés. Les députés ne trouvoient point de réponse à ces plaintes do l'impératrice, et reconnoissoiont entre eux que c'étoit la source de mal. La conclusion do leur conférence avec cette princesse fut qu'elle leur demanda quelle pourroit être l'ouverture de la paix, et ils diront • H faudroil que le roi s'en rapportât à votre conseil et à celui d'autres personnes raisonnables, et que l'ont convînt de supprimer la promesse dos évêques et l'écrit, et toutefois d'obs<Tver l(»s anciennes coutum<*s du royaume, avec ce tempérament , que les juges séculiers n'aboliroient point les libertés de l'Eglise, et que les évêques n'en abuseroient pf)int. Il no paroît pas que cette proposition ait eu de suite, et 1 impératrice ÎVlalhilde mourut l'année suivante, mil cent soixante-sept, le dixième de septembre (1).

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