‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 2173 sur 2407 · XLVI. Appel contre Tliomas · texte numérisé non relu

XLVI. Appel contre Tliomas

Alors Gilbr^rt, évéque de Londres, se leva, et adressant la parole aux légats, il dit : Vous avez oui-dire que nous avons reçu des lettres du pape, et nous les avons en main; elles portent que, quand vous nous appellerez, nous allions vous trouver, et que vous avez plein pouvoir de terminer l'affaire qui est entre le roi et l'archevêque de Cantorbéry, et entre nous et ce même prélat. C'est pourquoi, ayant appris votre arrivée en ces quartiers, nous sommes venus vers vous prêts à intenter action ou à répondre, et à nous en tenir à votre jugement. Le roi offre la même chose, c'est-àdire d'approuver la sentence que vous prononcerez entre lui et larchevêque, quelle qu'elle soit. Puis donc <|u'il ne tient ni au roi, ni à vous, ni à nous que l'ordre du pape ne s'exécute, on l'imputera à qui il appartient. Mais parce que 1 archevêque fait tout précipitamment, suspend et excommunie avant que d'admonester, nous prévenons par un appel sa sentence prématurée. Nous ravonsdéjà interjetée ; nous le renouvelons, et cet appel comprend toute l'Aniileterre.

Ensuite l'évêque de Londres expliqua ainsi le différent entre le roi et l'archevêque. Le roi lui demande quarante mille marcs d'argent, à cause des revenus dont il avoit la recelte quand il étoit chancelier; à quoi il répond qu'il n'éloil obligé à aucun compte quand il fut promu à l'archevêché; et quand il y auroit été obligé, il en auroit été rendu quitte par sa promolion ; car il croit que l'ordination acquille les dettes comme le baptême remet les péchés. L'évêque rapporta ensuite les causes de lappel que lui et les autres évéques d'Angleterre a voient interjeté, savoir leur o;)[)r(»ssion et le péril du schisme, que le roi auroit peul-être embrassé s'ils avoient obéi à l interdit de l'archevêque. 11 dit aussi que l'archevêque décrioit le roi à cause de ses ordonnances, et là il déclara publiquement que le roi levoit la défense d'appeler à Rome, qu'il l'avoit fait en faveur des pauvres clercs, mais quil la levoit à cause de leur ingratitude; qu'en matière profane ils plaidassent devant le juge laïque ; en matière ecclésiastique, ils demandassent leur renvoi. L'év(V|ue de Londres proposa enfin ses griefs particuliers contre larchevêque, et dit : 11 veut me soumettre à une servitude nouvelle, m'obligeant à envoyer ses lettres par toute l'Angleterre, à quoi quarante courriers ne suffîroient pas. 11 a exempté de ma juridiction environ quarante églises, et il a son doyen à Londres devant qui il prétend que leurs causes doivent être portées. Ainsi je souffre plus de vexation de sa part qu'aucun autre cvéque.

L'évêque de Sarisbéry adhéra à cet appel ] tant pour lui que pour lévêque deWinchester. L'archidiacre de Cantorbéry et un moine de la même église appelèrent aussi, et tous demandèrent aux légats des /ipùires ou lettres d appel, qui leur turent accordées. Les légats quillèrenl le roi le mardi d après le premier dimanche de l'a vent , c'est-à-dire le cinquième dimanche de décembre; et en cette séparation le roi pria les légals avec grande humilité d'intercéder auprès du pape pour le délivrer absolument de l'archevêque; il répandit même des larmes, et le légat Guillaume parut en répandre. Mais le légat Othon eut peine à s'empM her de rire, jugeant apparemment que ces larmes n'éloient pas sérieuses. Le légat Guillaume envoya un de ses clercs porter en dili gence au pap(^ les nouvelles de ce qui s'étoit passé, et le roi lui envoya aussi deux députés. Le samedi neuvième de décembre, les Icgats étant à Evreux, envovèrenl encore deux dépûtes au pape pour lui dénoncer l'appel des prélats d'Angleterre. C est ce que contient la relation qui fut envoyée aussitôt à saint Thomas par un de ses confidents.

On voit quelques autres circonstances dans unelettre deJeandeSarisbéry à lévêque de Poitiers, où il dit (1 ) qu'après la conférence de Gisors les légats trouvèrent le roi si troublé, qu'il se plaignoit publiquement d'être trahi par le pape, et menaçoit de le quitter s'il ne lui h\\soit justice de l'archevêque de Cantorbéry. Après plusieurs conseils tenus de part et d'autre, où le roi consultoit, tantôt les seigneurs, tantôt les évéques et les abbés, tantôt s<'S confidents, tantôt les légats, tous deux ensemble ou séparément ; entin il déclara qu il se soumettoit à leur jugement sur tous les différents qu'il avoit avec l'archevêque , promettant de donner d'entrée telle sûreté qu'ils voudroient ; quil observeroit ponctuellement tout ce qu'ilsordonneroient, pourvu qu'ils lui rendissent justice comme au moindre particulier. Les légals répondirent qu ils n'avoient pas recule pouvoir de juger l'archevêque, mais seulement de composer à l'amiable ; et h; roi les pria d instruire le pape de sa soumission et de la justice de sa cause, suivant ce qu'ils en avoient appris de l'archevêque d'York, des évéques de Londres, de Chi( hester et de Worchester ; de l'archevêque de Rouen , des évéques de Lisieux et de liayeux.

Ensuite 1 évêque de Londres proposa une appellation au nom du royaume et du clergé, demandant qu il fut défendu à l'archevêque de rien innover contre l'un ni contre l'autre, et les mettant sous la protection du pape jusqu'au terme de lappel, q.ii étoit la Saint- Martin de l'aimée suivante, mil cent soixantehuit. Après quoi les légals envoyèrent à l'archevêque deux députés qui, le lendemain de la Sainte-Luce, quatorzième de décembre, lui

(1 II, Ep. 26.

présentèrent une lettre par laquelle ils lui ordonnoienl de déférer à cet appel, et lui défendoient, de la part du pape, de jeter en Angleterre aucun inlerdit ou excommunication, jusqu'à ce qu on allât en la présence du pape, et que l'on connût sa volonté (1). Les évéques envoyèrent aussi deux députés à 1 archevêque, pour lui dénoncer leur appel ; mais il ne voulut point leur parler, parce qu'ils avoient communiqué avec ceux qu il avoit excommuniés, entre autres l'évêque de Londres. Quant aux légats, Thomas leur écrivit qu'il savoit bien et eux aussi jusqu'à quel point il devoit leur obéir, et qu'il feroit ce qui seroit expédient à l'Eglise.

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