‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 218 sur 2407 · XXXII. Persécution en Orient. Saint Etienne d'Auxence · texte numérisé non relu

XXXII. Persécution en Orient. Saint Etienne d'Auxence

L'empereur Constantin continuoit de persécuter les catholiques à cause des saintes images, particulièrement les moines, qui! nommoit amnemoneutous, c'est-à-dire des abominables, dont on ne doit pas même se souvenir (2). La vingt-unième année de son règne sept cent soixante-un de J.-C. , il fit mourir à coups de fouet André, moine célèbre, surnommé le Calybite ou de Crète , qui lui reprochoit son impiété, et le nommoit nouveau Yalens et nouveau Julien. Il souffrit le martyre dans le cirque de Saint-Mamas hors la ville, et l'empereur ordonna qu'on le jetât dans la mer (3) , mais ses sœurs l'enlevèrent et l'enterrèrent dans un lieu nommé Chrysis, dont on lui a aussi donné le nom. L'Eglise honore sa mémoire le dixseptième d'octobre (4).

Vers le même temps, l'empereur, ayant ouï parler de saint Etienne abbé du mont Saint- Auxence , envoya vers lui un patrice nommé Calliste, parfaitement instruit de son hérésie, et lui dit (5) : Dites-lui que, touché de sa piété, je lui ordonne de souscrire la définition de notre concile , et portez-lui des dattes , des figues et quelque autre nourriture convenable à sa profession. Calliste s'étant acquitté de sa commission , Etienne lui répondit : Seigneur patrice , je ne puis souscrire à la définition de ce faux concile, qui contient une doctrine hérétique. Je ne veux pas attirer sur moi la malédiction du prophète (6) , en nommant doux ce qui est amer. Je suis prêt à mourir pour l'adoration des sain tes images, sans mesoucierde l'empereur hérésiarque, qui a bien osé les rejeter. Puis, creusant la main, il dit : Quand je n'aurois que cela de sang, je veux bien le répandre pour l'image de Jésus-Christ. Au reste, reportez la nourriture qu'il m'envoie ? l'huile du pécheur ne parfumera point ma tête (7).

L'empereur, irrité de cette réponse, renvoya le patrice et des soldats , avec ordre de tirer Etienne de sa cellule , l'amener au monastère d'en bas et l'y garder jusqu'à ce que l'empereur eût résolu ce qu'il en feroit. La cellule de saint Etienne étoit un trou dans le sommet de la roche , d'environ une coudée et demie de

(1; Cod.CaroI.Eplst.25, Embol.

C2j Theoph.an.21,p.363.

(8) Cang.C.P.l.ii,p.l07, n.O.

(4) Martyr. R, 17oct.

(5) Vil.S.Sleph.tl.An.

gr. p. 457.

(6) P 458. Isa. V, 20.

(7) Ps. CXL, 5.

large et de deux de haut. A Torient, il avoit creusé une petite niche, pour faire sa prière, mais si basse qu'il n'y pouvoit tenir que courbé : le reste de la grotte étoit découvert. C'étoit plutôt un tombeau qu'une cellule (1). Ses disciples lui ayant demandé pourquoi il s'étoit mis si à létroit : C'est , dit-il , que la voie qui mène à la vie est étroite. (2). 11 demeuroit donc là, exposé aux ardeurs de Tété et aux rigueurs de l'hiver. Son habit n'étoit qu'une tunique de peau, et il portoit par dessus une chaîne de fer en croix depuis les épaules jusqu'aux reins , où elle étoit clouée à une cemture de fer et à une autre sous les aisselles.

Les soldats étant arrivés à cette cellule , en tirèrent le saint homme , et furent obligés à le porter (3). Car à force d'être dans ce trou, sc»s jambes étoient pliées, et il ne pouvoit ni les dresser, ni les remuer , joint la foiblesse causée par son extrême abstinence. Les soldats, surpris de ce spectacle , et touchés de compassion , le prirent à deux , lui faisant mettre les mains sur leurs épaules et lui tenant les genoux. Ils le portèrent au cimetière de Sa int-Auxence, où ils l'enfermèrent avec ses moines, et, s'étant assis à la porte, ils attendoient l'ordre de l'empereur. Cependant saint Etienne chantoit avec ses moines une prière qui commence : Nous adorons , Seigneur, votre sainte image ; et ensuite une autre qui dit : J'ai rencontré les voleurs de mes pensées qui m'ont dépouillé. Il vouloit marquer qu'on l'avoit tiré de sa retraite et de sa contemplation. Mais les soldats qui l'entendoient branloient la tète , et se disoient l'un à l'autre : Hélas! ces moines que l'on maltraite ainsi sans sujet, ont bien raison de nous appeler des voleurs. Saint Ktienne et ceux qui l'accompagnoient demeurèrent ainsi enfermés sans manger pendant six jours ; le septième , l'empereur envoya un autre officier, qui remit le saint homme dans sa cellule. Car il étoit obligé de partir pour la guerre contre les Scythes, c'est-à-dire des Bulgares, qui attaquèrent les Romains au mois de juin , la vingt-deuxième année de Constantin, indiction première, c'està-dire l'an sept cent soixante-trois (4). Les soldats, avant que de partir, se recommandèrent aux prières de saint Etienne.

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